Entretien avec un Educateur spécialisé, Association La Montagne Vivra, Cormeilles- en Parisis (95), le 16 novembre 2011.

Dans le cadre de mes recherches sur l'observation du territoire de la ville de Cormeilles- en- Parisis, dans le département du Val d'Oise (95), j'ai découvert l'existence de l'Association La Montagne Vivra

Dans le cadre de mes recherches sur l'observation du territoire de la ville de Cormeilles- en- Parisis, dans le département du Val d'Oise (95), j'ai découvert l'existence de l'Association La Montagne Vivra, créée à la suite de la fermeture de l'Institut médico-pédagogique (IMP) La Montagne, en 1980. Les salariés de l'IMP, désireux de retrouver un emploi, décident de monter une association en proposant de faire des anciens locaux un lieu utile aux jeunes du département. Le Service d'accueil d'urgence (SAU) ouvre ses portes dès 1981. L'association, qui s'est largement développée depuis, est actuellement composée de quatre pôles distincts - Atelier pédagogique personnalisé, Espace et centre de bilan, Service d'accueil d'urgence et Dispositif interactif de remobilisation - et concours à l'insertion professionnelle des jeunes. Par la mise en place d'actions visant à assurer des bilans de compétences, des remises à niveau pour les jeunes en situation d'échec scolaire, voire déscolarisés, La Montagne Vivra propose des solutions temporaires en termes d'hébergement, des ateliers à visée pédagogique, ainsi qu'un soutien quotidien dans les démarches de recherches d'emploi ou de stage. L'association travaille en partenariat avec diverses structures sociales, avec l'ASE (Aide sociale à l'enfance) mais également avec des entreprises locales qui accueillent les jeunes en stage.

 

J'y ai rencontré Patrice, Educateur spécialisé, qui intervient en tant que formateur de remise à niveau au Service d'Accueil d'Urgence (SAU), depuis 1998. Ce dernier a bien voulu répondre à mes questions à l'occasion d'un entretien.

 

Le SAU accueille une quinzaine de jeunes, filles et garçons, de 13 à 21 ans. Ces derniers sont orientés par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) et les Tribunaux pour enfants, dans le cadre de la protection ou de la délinquance, nous explique-t-il.

Une équipe de 10 travailleurs sociaux de formation différentes (Educateurs spécialisés, Assistantes sociales, Conseillers en économie sociale et familiale, Psychologues...) prennent alors en charge les jeunes, en journée, nuit et week-end, dans le but d'évaluer et de leur proposer une orientation en deux mois maximum. Dès l'admission du jeune, un contrat est établit et signé par l'intéressé, le service et les partenaires. Ce contrat est modulable en fonction du rythme de travail. Il s'agit de travailler avec l'environnement social du jeune, prenant en compte son histoire personnelle et son vécu afin de l'inscrire dans un projet de vie réalisable. Le SAU peut ainsi proposer des stages avec les partenaires employeurs ainsi qu'un soutien méthodologique dans recherche d'un emploi.

Cependant, il faut bien garder à l'esprit que le SAU n'est qu'un tremplin : « Le but est d'orienter le jeune le plus rapidement possible. Les jeunes sont de passage. Il n'y aucun suivi après leur séjour au SAU ». Ce temps de prise en charge très court est voulu par l'association. « C'est un métier épuisant physiquement et psychologiquement. Mais c'est très formateur. Il y a une polyvalence du personnel et les rôles tournent. Il peut y avoir ainsi des idées novatrices permettant de régler un conflit familial, par exemple. » La spécificité de la structure est qu'effectivement, le personnel encadrant devient à tour de rôle chef de service sur une période de six semaines. D'autre part, le service assure à la fois un travail individualisé avec le jeune, des visites à domicile et entretiens avec les familles, mais travaille également en partenariat étroit avec les structures et institutions.

 

Durant ces deux mois, le SAU propose des hébergements diversifiés, tels qu'en chambre d'hôte, chambre d'hôtel et l'internat du service. Le type d'hébergement est défini en fonction de la situation du jeune et n'est absolument pas définitif. Il peut changer au cours de l'évolution du travail effectué avec le jeune. Par exemple, les jeunes tournent dans les chambres d'hôte, pour « éviter de s'attacher ».

 

Au terme du contrat entre les intéressés et le Service d'Accueil d'Urgence, environs 30% des jeunes retournent dans leur famille, ce qui est l'idéal, selon Patrice. D'autres sont orientés vers des foyers traditionnels, lieux de vie en Province, ou placés en famille d'accueil (concerne principalement les très jeunes, 13-14 ans). Dans tous les cas, la décision finale appartient au Juge pour enfant, qui statuera en fonction de la situation du jeune.

 

Lorsque l'on évoque les difficultés que Patrice rencontre dans ses fonctions, il nous répond que ces dernières sont propres à chaque personnalité. « Il peut y avoir de la violence physique, bien que rare, à hauteur de deux fois par an ». Il nous confie qu'il lui est déjà arrivé d'avoir très peur face aux comportements irrationnels et violents de certains jeunes. Heureusement, « les violences verbales sont beaucoup plus récurrentes ». Il devient alors primordial de « dédramatiser la situation », en faisant preuve d'humour par exemple. Ne surtout pas tomber dans la combine.

Lors d'entretiens avec les familles, Patrice insiste sur l'importance de respecter la vision du monde de l'Autre, les personnes rencontrées n'ont pas forcément la même culture, les mêmes pratiques, les mêmes idées et idéaux. Il convient de faire preuve d'humilité, d'instaurer une relation de confiance avec les parents pour mieux travailler et de définir avec clarté la source du problème. Tous ces éléments réunis permettent à l'intervenant de diriger l'entretien et d'agir pleinement dans son rôle de médiateur familial.

 

Ainsi se sont dessinées, au fil du temps, les pratiques actuelles de la structure : travailler au plus près de la rupture sans construire de système à priori autour de l'usager, prendre en compte son contexte social et familial, et enfin, contractualiser avec lui de façon la plus individualisée possible.

 

Patrice conclut l'entretien en nous confiant que le SAU accueille de plus en plus de mineurs isolés en raison d'un manque de prise en charge de ce public.

 

 

 

Laetitia CRETEUR

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