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Laetitia Nonone

Professionnelle de l’action publique et de la justice des mineurs

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Tribune 5 janvier 2026

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À Villepinte, la dignité doit dépasser les slogans de campagne

À Villepinte, comme ailleurs, la campagne municipale révèle une dérive préoccupante : la tentation permanente de sous-estimer l’intelligence et le discernement des habitants, en particulier des parents. Ce texte est une invitation à relever le niveau du débat local. À rappeler que la politique municipale engage des vies, des familles, des enfants. Par Laëtitia Nonone, habitante de Villepinte, professionnelle de l’action publique et de la justice des mineurs. 

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Villepinte, le vendredi 2 janvier 2026.

Il y a des moments où il faut parler clairement, sans détour, sans manipulation. À Villepinte, comme ailleurs, la campagne municipale révèle une dérive préoccupante : la tentation permanente de sous-estimer l’intelligence et le discernement des habitants, en particulier des parents.

Oui, la pauvreté existe, oui, la vulnérabilité sociale traverse aujourd’hui de nombreuses familles, à des degrés différents. Mais nos valeurs ne se négocient pas contre un appartement, une promesse d’embauche ou une place sur une liste électorale. Avant de s’unir avec un candidat, il est indispensable de regarder les parcours, les trajectoires, les actes, le positionnement politique réel. Et de se poser une question simple : défendons-nous réellement les valeurs que nous voulons transmettre à nos enfants ?

Aujourd’hui, certains se présentent sous des labels variés,  partis citoyens, mouvements citoyens, listes dites citoyennes ou listes sans étiquette en laissant croire à une neutralité ou à une indépendance qui, dans les faits, n’existent pas toujours. Derrière les discours, il y a parfois des appartenances politiques assumées, parfois un flou entretenu, souvent des stratégies. La politique locale mérite mieux que ces ambiguïtés. Les habitants méritent de la cohérence, de la sincérité et du respect.

La vie nous forge, quels que soient nos parcours. Elle nous apprend des valeurs solides : l’amour, la solidarité, l’entraide. Pas comme des slogans, mais comme des principes vécus, incarnés, transmis au quotidien. Ces valeurs ne surgissent pas au moment des campagnes électorales. Elles se vivent dans les familles, dans les quartiers, dans les choix que l’on fait quand personne ne regarde.

Beaucoup d’entre nous ont connu des parcours heurtés. Certains ont quitté l’école tôt, puis sont revenus se former plus tard. D’autres ont construit leurs compétences par l’expérience, le terrain, l’engagement. Les diplômes sont importants, mais ils ne font pas tout. L’expérience réelle, éprouvée et structurée, est une richesse qui doit être reconnue. Je ne parle pas d’un idéal abstrait, je parle d’un vécu.

Créer une association, c’est souvent se battre avec peu de moyens, recevoir de plein fouet la misère sociale, accompagner des parents épuisés, des enfants en difficulté, et continuer malgré les obstacles. C’est aussi parfois subir des logiques d’instrumentalisation : des soutiens conditionnés, des engagements à géométrie variable. En 2008, à Villepinte, j’ai contribué à créer l’association ZONZON93. J’ai vu naître des projets fédérateurs, comme le festival Kiwitas, rassemblant plusieurs milliers de personnes autour de la culture et du devoir de mémoire. J’ai aussi vu ces projets s’arrêter, non par manque de sérieux ou d’engagement, mais pour des raisons politiques.

Il y a quelques années, j’ai eu l’opportunité de me former au community organizing et de bénéficier d’un voyage d’étude aux États-Unis. J’y ai appris comment se construisent les rapports de force politiques, mais aussi comment l’aide, l’empathie et la proximité peuvent être instrumentalisées pour créer une forme de dette morale. Cette expérience m’a appris une chose essentielle : la naïveté n’est pas une vertu en politique.

Je le dis clairement : personne n’est parfait, moi non plus. Mais refuser le déni, accepter de se remettre en question, vouloir progresser collectivement, c’est cela, la responsabilité. Une liste municipale n’est pas une addition de noms. Elle devrait d’abord être construite sur les compétences, l’expérience, la complémentarité des profils et l’utilité réelle pour les habitants.

Je ne suis pas là pour attaquer une ville. Je suis là pour poser des questions essentielles. Parents, écoutons nos enfants. Demandons-leur comment ils vivent leur ville, s’ils se sentent accompagnés ou délaissés, s’ils ont accès à des structures qui les élèvent réellement. En 2025, nous ne pouvons plus nous contenter de l’occupationnel. Nous devons viser la montée en compétences, la formation, la reconnaissance des parcours de vie. Les solutions ne viendront pas uniquement d’en haut. La dignité, la cohérence et l’exigence commencent par nous.

Cette tribune n’est ni un règlement de comptes, ni une posture. Elle est une invitation à relever le niveau du débat local. À rappeler que la politique municipale engage des vies, des familles, des enfants. Et qu’elle mérite mieux que des slogans, des arrangements ou des promesses à court terme.

À Villepinte comme ailleurs, la dignité n’est pas une stratégie. C’est une responsabilité collective.

Laetitia Nonone