A propos d'un texte de Michel Onfray

Monsieur Onfray, qui écrit et parle bien, devrait se calmer, vérifier ses sources, et l'expression de sa pensée n'en sera qu'enrichie de modestie. s'il continue à jouer les bêtes de foire à la télé, il attirera surtout ceux qui se régalent aux uppercuts, du genre "Monsieur X, la pensée, ce n'est pas pour vous".
Il cite, à propos du voile, la sourate 34.31 qui légitimerait le voile. Il s'agit en fait de la 24.31 ( c'est pas d'une importance capitale de se tromper d'article, mais moi qui suis juriste si j'évoque l'article 1382 du Code civil, j'induis en erreur mon auditoire si à la place j'indique l'article 1384, et si je suis chargé de cours et que je commets une telle erreur, je cours le risque d'être viré pour incompétence.
Voici une traduction (elles sont troutes différentes à quelques mots près):
Sourate XXIV, verset 31
"- Dis aux croyantes de baisser les yeux et de contenir leur sexe ; de ne pas faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge, de rabattre leur fichu sur les échancrures de leur vêtement. Elle ne laisseront voit leurs agréments qu'à leur mari, à leurs enfants, à leurs pères, beaux-pères, fils, beaux-fils, frères, neveux de frères ou de sœurs, aux femmes (de leur communauté), à leurs captives, à leurs dépendants hommes incapables de l'acte, ou garçons encore ignorants de l'intimité des femmes. Qu'elles ne piaffent pas pour révéler ce qu'elles cachent de leurs agréments.*
- Par-dessus tout, repentez-vous envers Dieu, vous tous les croyants, dans l'espoir d'être des triomphants…
Note du traducteur : "leurs agréments" : le mot est à entendre non seulement des parures mais des appas corporels. On a renoncé à traduire une suite de 25 pronoms au féminin pluriel. A qui note dans le Coran le caractère personnaliste de ce pronom affixe la répétition s'avère significative. Le législateur paraît ici soucieux de ménager à la femme ce qui fait partie de sa personnalité, en évitant seulement l'exhibition provocante. Si cela est vrai, on est loin des interprétations extensibles de la coutume juridique."
La traduction est de Jacques Berque.
Autrement dit, simple appel à la pudeur.
Je n'ai rien de spécial contre Michel Onfray, j'apprécie sa démarche de diffusion du savoir. Il est dommage que sa production soit empreinte d'approximations et de raccourcis contestables, qu'il parle de religion ou de psychanalyse. Je suis circonspect par rapport à ce texte, en ce qu'il compare des idéologies historiquement datées, laissant de côté me semble t-il leur temporalité.
Cela dit, il s'y connait en pure philosophie et m'a fait approfondir Nietzsche, quasiment découvrir Diogène, et sa contre-histoire de la philosophie m'apparaît succulente et instructive. Dommage qu'il glisse vers la prétention à tout savoir à part peut être la physique quantique.

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