Gilets Jaunes, quel avenir politique ?

Gilets Jaunes, quel avenir politique ?

  Gilets Jaunes, quel avenir politique ?

 

Si jusqu’à présent, les Gilets Jaunes, qui ont des revendications de gauche (hausse du SMIC et des salaires, hausse des petites retraites et réindexation des retraites sur le coût de la vie, réforme de la fiscalité dans le sens d’une justice sociale, rétablissement de l’ISF …) n’ont pas obtenu gain de cause et ont été bernés par Macron-le-serviteur-du-MEDEF, c’est qu’ils s’entêtent à déclarer leur mouvement « apolitique »… La raison du choix de cette caractérisation, « apolitique », tient peut-être, voire certainement, au fait que ce mouvement lui-même abrite en son sein une contradiction dont nous avons déjà parlé dans un précédent article. En effet, comme c’est souvent le cas lorsqu’un mouvement populaire légitime voit le jour, celui-ci est très vite récupéré ou manipulé habilement par des personnes qui ne sont ni pauvres ni désespérées et qui entendent en profiter pour défendre leurs intérêts : artisans, entrepreneurs, commerçants. Voilà un extrait révélateur d’une « allocution » publiée sur internet par l’un des référents des GJ, « Priscillia Ludosky »  et destinée aux journalistes et au président de la République : « Nous sommes épuisés par une pression fiscale qui ôte à notre pays, à nos entrepreneurs, à nos artisans, à nos petits commerçants, à nos créateurs et nos travailleurs toute énergie pendant qu’une petite élite échappe complètement à l’impôt. Les prélèvements obligatoires représentent désormais 46% du PIB et les aides sociales 1/3 du PIB annuel[1]. Pourtant, malgré cela, vous n’arrivez pas à payer décemment les infirmières, les personnes handicapées, les militaires, les professeurs et nous en oublions tant la liste est longue. » (sic)

Tout d’abord, il faudrait indiquer la source de ces chiffres car Wikipédia n’est pas forcément économiste et encore moins chercheur en économie… Ensuite, le contenu de cette citation est très éloquent et illustre parfaitement la contradiction dont nous parlons. Manifestement, le/les scripteurs doit/doivent appartenir au lot de « nos entrepreneurs, (de) nos artisans, (de) nos petits commerçants », cités en 1erbien avant « nos travailleurs » qu’il faut bien citer sinon ce serait louche…Sans compter que les « aides sociales » sont présentées comme une charge qu’il conviendrait, sans doute, selon les auteurs de « l’allocution », de se débarrasser, puisque celle-ci serait d’une lourdeur insupportable ! Les pauvres, les détenteurs du RSA, de l'allocation vieillesse ou invalidité, les chômeurs remercieront les scripteurs de ce texte mémorable. Faut-il rappeler aux auteurs de cette remarquable « allocution » que les prélèvements obligatoires, que paient conjointement l’employeur et le salarié, servent à financer la Santé (ce qui évite de payer des sommes astronomiques, comme dans le système américain et même anglo-saxon-un copain a payé 500 € la consultation d’un médecin privé à Londres, il y a 3 ans, sinon il fallait attendre et attendre, même lorsque c’est grave), la Justice, l’Education nationale, les retraites, les allocations familiales et diverses, l’Armée, la police, les routes, les bâtiments publiques, l’environnement, etc. Faut-il rappeler que l’état actuel de la Grèce est dû à l’incivisme fatal des « entrepreneurs, des artisans, des commerçants » et des riches qui s’arrangeaient pour ne pas payer les cotisations et l’impôt, les fonctionnaires seuls les payaient, même Christine Lagarde (FMI) l’a reconnu, alors qu’elle n’est pas du tout de gauche…Faut-il rappeler que le travail « au noir » auquel recourent bon nombre d’artisans et d’entrepreneurs, en France, grève le budget de l’Etat et explique en partie le cercle vicieux qui contraint à augmenter certains prélèvements obligatoires…Faut-il rappeler que la fraude fiscale en France s’élève chaque année à 80 à 100 milliards d’euros (chiffres du syndicat des Inspecteurs du Fisc), certes les grandes entreprises ont des conseillers fiscaux qui leur permettent « d’optimiser » leurs charges fiscales, mais elles ne sont pas les seules à frauder si l’on en croit les inspecteurs du fisc, certaines petites et moyennes entreprises, certains artisans, certains commerçants seraient dans ce cas là… Quant au fantasme selon lequel « une petite élite échappe complètement[2]à l’impôt », il demeure un fantasme. Certes, la Grande Bourgeoisie ne paie absolument pas ce qu ‘elle devrait payer comme impôt, néanmoins, elle n’échappe tout de même pas « complètement » à l’impôt ; les seuls qui ne paient pas l’impôt sont, et fort heureusement, ceux de nos concitoyens qui sont trop pauvres pour le payer.  Enfin, faut-il rappeler que durant les 24 années qui ont suivies la 2èmeguerre mondiale de 1945 à 1969, les cotisations maladie ont doublé, ce qui a permis d’investir dans les hôpitaux et la recherche médicale hospitalière pour le plus grand bénéfice de TOUS les citoyens, sans que les entreprises en soient affectées… C’est que les causes de la pauvreté envahissante actuelle, de la baisse des revenus qui s’étend jusqu’à la petite classe moyenne, sont à rechercher du côté du capitalisme ultra financiarisé et ultramondialisé qui n’a plus de limite (cf la citation de Warren Buffet in mon 1erarticle) depuis la chute de l’URSS, auquel s’ajoutent les traités européens ultra-libéraux, et non du côté des cotisations. Ce capitalisme organise le chômage et la baisse des salaires grâce au dumping social et fiscal afin de s’enrichir encore et encore. La hausse du chômage, attribuée aux chômeurs, alors qu’ils en sont les victimes, les baisses d’impôts notamment en faveur du grand capital et des revenus les plus aisés, les cadeaux fiscaux aux entreprises du type CICE, sans aucune création d’emploi en échange, la suppression de l’ISF, qui au demeurant depuis sa création n’a cessé de voir son plafond d’imposition s’élever, et tutti quanti, creusent la dette publique volontairement, oui volontairement, car ainsi, pendant que les marchés financiers s’engraissent, l’oligarchie au pouvoir peut justifier la casse du code du travail (même si les nouvelles mesures adoptées augmentent le chômage), des services publics : hôpital, sécurité sociale, éducation nationale, justice, du système des retraites.

Tout cela nous ramène au « apolitique » qui n’existe pas dans la vraie vie. Que ceux des GJ qui ont des revendications vraiment de gauche (cf supra) ne soient pas satisfaits par les partis paraît-il de « gauche » existants : le PS (il ferait mieux de rejoindre clairement la droite), le PC (il a renié ses origines marxistes, celles qui ont permis à un Ambroise Croizat de créer le Régime général de Sécurité Sociale, et à un Maurice Thorez de créer le statut de la fonction publique que Macron-et d’autres avant lui- s’emploie à démanteler pas à pas), la France Insoumise (dont certains députés ou certains membres connus nous ont montré récemment qu’ils ne détestaient pas le goût du luxe capitaliste…et dont les 17 députés gesticulent sans parvenir à mobiliser le peuple) nous pouvons le comprendre. Mais, dire que leur mouvement est « apolitique », c’était inexorablement se jeter dans la gueule du loup.

Les conséquences funestes n’auront pas tardé : seuls les chefs d’entreprises, GJ d’opérette, désireux de toujours « payer moins de cotisations sociales »  au lieu de comprendre que plus le pouvoir d’achat des français diminue moins les petites et moyennes entreprises feront des bénéfices permettant entre autres de payer les cotisations sociales (pourtant indispensables pour financer la Santé, la Sécu, la Justice, l’Education Nationale etc),et maintenant les policiers, ceux-là même qui n’ont pas su faire la différence entre les casseurs et de paisibles GJ qui ont été gravement blessés sans n’avoir commis la moindre infraction, ont obtenu gain de cause. Les premiers se voient exonérés des cotisations relatives aux heures supplémentaires payées à leurs salariés, les seconds obtiennent le paiement de leurs heures supplémentaires, revendication faite de manière convaincante au moment même où le gouvernement a annoncé la défiscalisation de celles-ci, comme c’est curieux, et une hausse de leur salaire, alors que les pauvres, une partie des smicards, les bas et les moyens salaires, les petits retraités, les RSA, les chômeurs, les handicapés pourront se brosser ! Ces cadeaux macroniens aux entrepreneurs vont augmenter le chômage et créer un déficit abyssal de la sécu et de la dette publique, cela fut le cas sous Sarkozy, donc nul doute que Macron, s’il reste et il compte rester, dans un second temps, va continuer et amplifier les coupes sombres dans tous les acquis sociaux (déremboursement des médicaments, de certains examens médicaux essentiels, jusqu’à une suppression progressive de la Sécu, réforme des retraites qui créera une quantité de vieux retraités très pauvres, suppression progressive de pans du secteur public-à ce propos les familles devraient aller voir ce que coûte l’enseignement privé, dans les pays anglo-saxons, le seul valable dans ces pays  etc etc). Les policiers, eux, profitent sans vergogne de ceux qu’ils ont tabassés pour obtenir en un jour ce que les GJ n’ont pas obtenu en un mois (les CRS avaient déjà une prime supplémentaire pour aller déloger les gilets jaunes…). Quant au MEDEF, il a utilisé les GJ pour se remplir les poches en un temps record, tandis que TOUTES les revendications sociales des GJ les plus modestes sont passées à la trappe…

C’est que les GJ aux revenus modestes, voire très modestes, devraient comprendre, et ce n’est pas faute de le leur avoir expliqué, quand nous avons parlé avec eux, que toute revendication qui touche à l’organisation de la société est nécessairement politique au sens étymologique du terme. En réalité, rien, dans notre vie sociale, n’échappe à la politique. Le système de santé régi par le régime général de sécurité sociale est un acquis obtenu par un ministre communiste en 1946, même si depuis il a subi certaines modifications capitalistes visant, comme toujours, à l’éloigner de sa substance communiste. Le choix d’un système de retraite ne sera pas le même si le gouvernement est de droite ou s’il est, par exemple, franchement communiste. Dans le premier cas, sera proposé un système par répartition avec allongement de l’âge de la retraite et une décote sévère ou un système à points qui créera une quantité astronomique de pauvres et incitera les plus aisés à se tourner vers la capitalisation, dans le second cas, l’âge de la retraite pourra être à 55 ou 57 ans (cas dans l’ex URSS, par ex), sans décote et celle-ci correspondra au salaire net qui était perçu, ce qui suppose que les moyens de productions seront la propriété des travailleurs et que, par conséquent, la fraude fiscale n’existera plus. Dans une optique capitaliste, et dans l’optique européenne, actuellement, le système éducatif doit devenir privé à terme, dans une optique communiste, il est gratuit et d’un excellent niveau. Ainsi, malgré ses défauts, faute d’avoir été suffisamment marxiste, l’URSS a compté de brillants intellectuels, des chercheurs, des artistes ; c’est dire que son système éducatif gratuit n’était pas nul…

En résumé, le problème des GJ, les plus modestes qui ont des revendications de gauche, c’est de se construire une conscience de classe qui leur permette de mettre leurs actions en cohérence avec leurs représentations. Ils ne doivent pas craindre de rechercher quel mouvement politique, quel syndicat, correspond le mieux à leurs souhaits. En effet, des communistes exigeants qui ne sont pas médiatisés ont créé des mouvements. Il suffit de se renseigner. Personnellement, je trouve le programme du PRCF intéressant.

Quoi qu’il en soit, seule une conscience politique peut transformer cette société pour que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » soit l’ouverture vers une autre République.

Enfin, attention au RN qui, malgré un discours fallacieux qui reprend des thèmes de gauche, est très à droite, comme l’a encore montré Louis AIiot, à la tribune de l’Assemblée, ce 20 décembre, où il a dénoncé la fraude médicale due à de fausses cartes vitale, cette fraude s’élèverait à 14 milliards, selon lui, mais pas un mot sur la fraude fiscale qui, elle, s’élève, comme nous l’avons déjà dit à 80 à 100 milliards par an, bizarre bizzarre…Ah mais c’est vrai que la famille Le Pen préfère ne pas parler de la fraude fiscale, n’est-ce pas ? Jugeons les gens en fonction de leurs actes et non de leurs discours !

GJ, sortez de votre « apolitique » qui n’a pas de sens, sinon, on dira bientôt : « Tout ça pour ça. »

 

[1]C’est nous qui soulignons.

[2]C’est nous qui soulignons.

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