ISLAMOPHOBIE ? VOUS AVEZ DIT ISLAMOPHOBIE?

ISLAMOPHOBIE ? VOUS AVEZ DIT ISLAMOPHOBIE?

Où allait le Secrétaire Général de la CGT, le 10 novembre 2019 quand il suivait la manifestation contre l’islamophobie ? 

Pour répondre à la question : le secrétaire général de la CGT devait-il appeler à participer, puis participer en personne, à la manifestation qui dit « Stop à l’Islamophobie » (sic) ? il est impératif de procéder à une exégèse, non du Coran, que tous les camarades CGTistes se rassurent, mais des termes que cette question met en jeu pour confronter, ensuite, ces termes ainsi éclaircis une fois pour toutes aux fondements mêmes de notre syndicat, la CGT. 

En effet, afin de se maintenir au pouvoir, et pour ne rien lâcher, après avoir réussi à anéantir l’URSS, le Capitalisme se plaît et se complaît actuellement à utiliser l’une de ses dernières armes, la plus redoutable et la plus efficace qui soit, une arme capable d’anéantir les plus petites velléités de révolte, d’étouffer dans l’œuf les moindres soubresauts de désir de Communisme qui sommeille en chaque être humain face à la menace climatique, cette arme nous l’appellerons la «perversion sémantique». Pour la rendre vraiment infaillible, le Capitalisme aura dû abolir l’esprit critique auquel formait l’enseignement supérieur et qui inspirait, il y a bien longtemps, les programmes du secondaire. 

Pour commencer, lorsqu’il s’agit de mots, il est indispensable d’interroger leurs origines ; les linguistes sont, entre autres, des historiens des mots. Ce cheminement est absolument nécessaire pour RESISTER à la perversion sémantique. Il est l’antidote au poison que diffuse quotidiennement, dans les médias, dans les ouvrages de pseudo-chercheurs, la perversion sémantique, cette arme fatale du Capitalisme. Sans cette anamnèse, nous sommes voués à être mangés crus par les ogres du Nouveau Monde dessiné par Macron & Co, id est par les exploiteurs de l’Ancien Monde à peine lifté... 

D’où vient donc le terme « d’Islamophobie » ? 

En tout premier lieu, l’étymologie nous apprend que ce néologisme, datant du XIXe siècle, est formé d’Islam et de phobie. En Grec ancien, phobos signifie «peur, effroi, crainte, répulsion ». Par conséquent, l’Islamophobie signifie et ne signifie RIEN d’autre que « la crainte, la peur, la répulsion » de l’Islam. Donc, le glissement lexémique contemporain qui consiste à définir « l’Islamophobie » comme la haine des musulmans est impropre et même agrammatical ; mais, en revanche, il est un fort bon exemple de ce que nous avons appelé la « perversion sémantique ». Par ailleurs, l’Islam étant une religion qui, comme TOUTES les autres religions, a provoqué et provoque encore des guerres et des violences, est-il besoin de rappeler les guerres de religions du XVIème, l’Inquisition catholique, le massacre des protestants par les catholiques (Saint-Barthélémy) au XVIIème, l’abrogation de l’Edit de Nantes, les massacres et les conversions forcées au nom de l’Islam etc etc, définir comme un délit voire un crime la crainte d’une religion serait un procédé qui remettrait en question notre République laïque. Car la République laïque ne reconnaissant aucune religion, la Révolution de 1789, puis la Constituante en 1791, ayant aboli, fort heureusement, le délit de blasphème qui, avec le retour de la monarchie, est momentanément réapparu au XIXe siècle, il serait impensable, sauf à instaurer un régime théocratique, d’exiger de tous nos concitoyens qu’ils n’éprouvent aucune crainte à l’égard d’une religion, de toutes les religions, voire du concept même de religion.


Avant de continuer à interroger l’histoire du vocable « Islamophobie », nous rappellerons ce que disait Annie Lacroix-Riz à propos des origines du terme « populisme ». Lors d’une conférence sur l’extrême droite en France, Annie Lacroix-Riz nous rappelait que « populiste » aujourd’hui est employé à mauvais escient. A l’origine, précisait-elle, le « populisme » est apparu aux USA à la fin du XIXe siècle. Il s’agissait d’un mouvement très progressiste qui s’élevait contre « les barons voleurs » (sic), id est le Grand Capital. Ce mouvement a échoué, mais le mot a survécu... Et, ô surprise, aujourd’hui, comme le souligne ALR, il désigne sournoisement1 le « totalitarisme » en général, aussi bien Hitlérien que Stalinien ou que Mussolinien. Autrement dit, aujourd’hui, le terme « populisme » désigne aussi bien l’extrême droite que les mouvements progressistes. D’ailleurs, les manuels scolaires de l’enseignement secondaire apprennent aux lycéens qu’Hitler, Staline ou Mussolini, c’est du pareil au même. Le Capital est bien le grand vainqueur de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. 

Ce détour n’en est pas un car, à sa manière, le terme « Islamophobie » a lui aussi une histoire capable de nous surprendre. « Islamophobie » apparaît au XIXème siècle sous la plume de fonctionnaires coloniaux. Certains d’entre eux dénoncent « l’Islamophobie » de leurs collègues, c’est-à-dire leur méfiance à l’égard de la religion islamique, alors qu’eux pensent que cette religion, très concrète, contient des préceptes qui étouffent tout désir de révolte chez les « indigènes » (sic) et, donc, qui garantissent la paix de l’Empire (il s’agit alors du 2nd Empire). 

C’est avec la Révolution islamique de l’Ayatohllah Khomeini que le substantif « Islamophobie » connaît une nouvelle signification, tout à fait erronée mais capable de devenir une arme de propagande de la religion islamique. Désormais, quiconque critique les préceptes de l’Islam est « islamophobe »= il hait les musulmans, c’est donc un ennemi qui doit mourir : « Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles: l’islamophobie. Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme. » Joseph Anton, Salman Rushdie, Plon, 2012, p 400. Chahdortt Djavann, étudiante en médecine en Iran, au moment de l’arrivée de Khomeini au pouvoir, et sa famille marxiste s’en souviennent encore. Cette dernière, après avoir subi les pires sévices dans son pays, a pu immigrer en France où elle est devenue sociologue. Depuis, telle Cassandre 2, elle n’a cessé, dans ses livres , de mettre en garde les occidentaux contre l’idéologie islamique, sans grand succès...
Ainsi, les religieux musulmans iraniens, puis les Frères musulmans, s’échineront à diffuser en occident la confusion de deux ordres, celui des faits et celui de la foi. Cette confusion se répandra, telle une traînée de poudre, au sein de nos sociétés occidentales démarxisées et déculturées grâce à la propagande d’un nouveau Libéralisme forcené (plus les exploités sont ignares plus les exploiteurs les dominent). De plus en plus, sous l’influence des Frères musulmans, mis en orbite en France par Nicolas Sarkozy au sein de la création du Conseil Français du Culte Musulman, alors que nombre d’écrivains, souvent nés dans des familles de culture musulmane (Djemila Benhabib, Boualem Sansal, Hamed Abdel-Samad...), osent critiquer, voire remettre en question, le prophète, l’Islam, la place de la femme dans l’Islam etc, nombre de croyants musulmans, jeunes ou moins jeunes, considèrent comme une injustice le fait de ne pouvoir remettre en question la Shoah. De fait, un tel comportement met en place le terreau favorable à la 3ème étape de cette guerre menée contre Les Lumières par un fanatisme religieux, deux termes « fanatisme » et « religieux » qui sont quasiment pléonastiques..

 

1- L’ adverbe est de nous
2 Bas les voiles (2003) ou Comment lutter efficacement contre l’idéologie islamique (2016) 

 

 

 

Le dernier scud sémantique, nous le devons à un anglo-saxon. Mais est-ce vraiment surprenant ? L’impérialisme étasunien, chantre du capitalisme, depuis la Révolution russe de 1917, n’a cessé, dans le monde, de déclarer la guerre à tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à du Communisme. Et, qui plus est, avec succès, puisque, avec ses alliés, il a fait tomber l’URSS. Aujourd’hui, comme hier sous l’Ancien Régime, la religion est la meilleure arme du Capitalisme... Mais aujourd’hui, à l’inverse d’hier, le tour de force du Capitalisme aura été de contaminer une grande partie de la gauche... Donc, Chris Harman, à la tête du « Socialist Worker Party », trotskiste de conviction (un menchevique !) a eu l’idée lumineuse de plaider en faveur d’une alliance entre les militants de gauche et les associations musulmanes radicales. Derrière les belles intentions affichées : volonté de ramener à la politique progressiste des citoyens égarés dans le radicalisme religieux, comme moult ouvriers du XIXème se noyaient dans l’alcool pour supporter leur vie d’esclaves, se cachent sans nul doute des intentions plus politiciennes. La gauche socialiste qui s’est convertie au Libéralisme a perdu l’immense majorité du peuple ; il lui faut donc regonfler ses troupes. De là, le radicalisme musulman qui, sous les traits onctueux d’un Tariq Ramadan3 , professeur à la prestigieuse université d’Oxford, mêle de plus en plus dans ses « conférences » injustices sociales et inégalité du statut des religions entre elles, se voit pousser des ailes, pas vraiment angéliques.
Ainsi, par un tour de passe passe digne d’un grand magicien, l’Islam, à l’inverse de ses sœurs aînées, le Judaïsme et le Christianisme, serait une alliée de la destruction du Capitalisme. Bravo l’artiste ! pourrions-nous nous exclamer si les conséquences d’une telle perversion des concepts n’étaient si dramatiques pour l’Humanité et pour le progrès social. Mais après tout, Michel Foucault, ancien élève de l’ENS, avant Harman, n’avait-il pas fait l’apologie de l’Ayatollah Khomeini pour renverser le Shah, l’obscurantisme pour vaincre le Capitalisme, il fallait y penser ! Le pauvre Foucault, homosexuel, n’aurait pas fait long feu, si l’on peut dire, sous le régime de Khoméini. 

Dès lors, en France, comme ailleurs, le terme « Islamophobie » connaît un franc succès et poursuit sa course effrénée, malgré les attentats islamistes, pratiquement tous les organismes officiels le reprennent (le CNDH, par exemple, qui parle lui aussi de « racisme » si l’on ne tombe pas en pamoison devant l’Islam). Il n’est donc pas étonnant que nombre de lycéens musulmans ne comprennent pas que la justice poursuive Dieudonné, lorsqu’il nie l’existence de la Shoah, alors que Charlie Hebdo se permet, sans la moindre sanction de l’Etat, de se moquer du prophète. 

3 Lire l’ouvrage de Caroline Fourest, Frère Tariq (2004). Pour la petite histoire, non sans importance, Tarik a épousé une catholique intégriste, convertie à l’Islam, sa femme, que l’on ne voit jamais est bien entendu voilée, comme ses filles.

 

 

 

D’ailleurs, Besancenot a lui aussi saisi au vol la tendance qui fait fureur et parle de « racisme anti-musulman », expression qu’il a, une fois de plus, hurlée dans la manifestation « Stop à l’Islamophobie » du 10 novembre 2019, sans crainte du ridicule. Besancenot, par cette association de termes prouve, au minimum, qu’il est un dangereux inculte, comme il l’avait déjà prouvé en affichant sur une liste électorale une femme voilée, tel un trophée de l’anti-capitalisme ! Au moins, les marxistes-léninistes qui auraient survécu dans notre pays n’auront plus aucun doute : ce n’est pas avec Besancenot qu’ils vaincront le Capitalisme ! En revanche, il peut être fier d’avoir contribué à la diffusion d’une nouvelle religion et, qui sait, dans quelques années, d’avoir indirectement mais sûrement participé à la persécution des athées en France. 

 

 

Disons-le enfin, parler de « racisme » à l’égard d’une religion est purement et simplement soit une aberration sémantique si le locuteur ne maîtrise pas notre langue, soit le résultat d’une perversion sémantique. Le racisme comme l’anti-sémitisme sont des délits ou des crimes qui font des VICTIMES HUMAINES. Une religion est une idéologie fondée sur l’irréel. En tant que telle, et comme toute idéologie, elle doit se prêter à la critique et au refus, c’est-à-dire à la volonté de ne pas y adhérer. Or, qualifier de « raciste » l’attitude qui consiste à critiquer l’Islam c’est tout simplement et implicitement rétablir l’interdiction de blasphème qui a fait la fortune de l’Ancien Régime et que la Révolution de 1789 avait abolie. Car il faut bien le dire une fois pour toutes, l’Islam est une religion qui dans l’Histoire a eu et a une fonction politique, comme les deux précédents monothéismes. Dans la mesure où les religions comportent des préceptes définissant le comportement que doivent adopter leurs croyants à l’égard des autres, elles s’occupent TOUTES de politique, c’est-à-dire de l’organisation de la Cité. Deux exemples contemporains : lors du vote de la loi légalisant l’IVG, Simone Veil, ministre de la santé, est lynchée, menacée de mort, victime des pires insultes anti-sémites de la part de croyants essentiellement, à cette époque, catholiques ; plus tard, la « Manif pour tous» contre le mariage pour tous a rassemblé des croyants et des religieux des 3 monothéismes... 

L’Histoire, c’est-à-dire des faits et non des fantasmagories d’illuminés, nous le prouve : les religions loin d’être les ennemis du Capitalisme en sont les plus fidèles alliées. TOUTES, SANS EXCEPTION, ont été utilisées pour asservir les peuples. Les théocraties contemporaines en sont les derniers et navrants exemples. Si l’Islam était capable de vaincre le Capitalisme, on se demande bien pourquoi les Etats-Unis, fleuron du Libéralisme économique, aurait abandonné le Shah au profit de l’Ayatohllah Khomeini. Car, l’impérialisme américain, lui, n’est pas atteint de schizophrénie ; tout ce qu’il fait vise toujours à servir ses intérêts capitalistes. Par conséquent, imaginer que l’on pourrait utiliser les religions, pas plus l’Islam que les autres, pour fomenter une révolution est aussi naïf ou incohérent que de croire que demain, sans lutte des classes, les riches, touchés par la grâce, partageront leurs biens avec les pauvres. 

Marx a très bien compris et décrit la fonction des religions dans la société capitaliste. Dans ses écrits 4 , en même temps qu’il décrit le fait religieux, il le dénonce et le combat. Par la construction de la société communiste, il veut établir le caractère « irréel » de la vie religieuse. Celle-ci est une illusion engendrée par les discordances du monde capitaliste et bourgeois. La classe dominante en fait un instrument d’oppression et d’exploitation des peuples. De fait, pour Marx, dont la pensée se fonde sur l’étude de faits historiques, la religion est une illusion nocive qui invente l’existence d’un autre monde pour annihiler toute velléité de révolte, d’où la célèbre formule, « l’opium du peuple » pour la désigner. Le peuple opprimé, accablé, trouve là un réconfort illusoire qui, comme celui d’une drogue, est d’autant plus néfaste qu’il l’empêche de prendre conscience de la réalité de son oppression et d’inventer, avec ses sœurs et frères de classe, les moyens de sa libération.

4 Notamment, in Critique de la philosophie hégélienne du droit 1844 

 

 

Quant à notre syndicat, par son histoire et à l’inverse de la CFDT qui plonge, elle, ses racines dans le syndicalisme chrétien, puisqu’elle a été créée en 1919 sous le nom de Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, il s’inscrit dans le mouvement de « lutte des classes », comme le rappelle, entre autres, la Charte d’Amiens qui reprend l’expression, en 1906. Ce sont encore les CGTistes persécutés par Vichy qui sont là, pendant la seconde guerre mondiale, aux côtés des Communistes pour Résister à l’envahisseur nazi 5 , qui trouve une oreille complaisante auprès des autorités religieuses de l’époque, catholiques. La CGT, toujours avec le PCF de l’époque, répond encore présente, à la fin de la guerre, pour soutenir la création du statut de la Fonction Publique par le ministre communiste Maurice Thorez, la création de la Sécurité Sociale par le syndicaliste et communiste, Ambroise Croizat. C’est encore un syndicaliste CGTiste (CGTU) et communiste, Marcel Paul, qui procède à la Nationalisation d’EDF-GDF, pour ne citer que quelques-unes des révolutions sociales sans précédent que nous devons aux efforts conjoints de notre syndicat et du PCF de l’époque. 

En un mot, notre syndicat, par ses origines et par son histoire, est plus proche de la pensée marxiste-léniniste que des idéologies religieuses.


Dès lors, la réponse à notre question de départ s’impose d’elle-même.
Le Secrétaire Général de la CGT n’avait rien à faire le 10 novembre 2019 au milieu de croyants et de religieux prétendant que critiquer l’Islam, le statut de la femme au sein de celui-ci, le port du voile, sont autant de positions « racistes »

Si le sieur Martinez avait un tant soit peu de dignité et éprouvait un tant soit peu de respect à l’égard de tous les héros CGTistes qui, dans l’Histoire de notre syndicat, ont sacrifié leur vie pour gagner des victoires contre le Capitalisme destructeur de vies et, pour finir, de la planète tout entière, il démissionnerait de lui-même de toutes ses fonctions, pour avoir bafoué toutes les conquêtes contre le Capitalisme en s’affichant aux côté d’un de ses alliés les plus fidèles au cours des siècles, une religion. 

 

5 Annie Lacroix-Riz Les élites françaises entre 1940 et 1944, de la collaboration avec l’Allemagne à l’Alliance américaine, 2016 

 

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