En passant par l'Italie, récit footballistique, mars 2016

Dimanche 13 Mars, on joue la 87e minute au Stadio Comunale Artemio Franchi de Florence, corner pour les visiteurs, là-bas dans le coin opposé.Les nombreux supporteurs de la Curva Fiesole retiennent leur respiration, la Fiorentina avait jusqu’ici réussi à garder son maigre avantage d’un but acquis depuis la 40e minute grâce à Mauro Zarate.Pourtant,le ballon est bien parti,jusqu’au second poteau...

Mars 2016, en passant par l’Italie …

Dimanche 13 Mars, on joue la 87e minute au Stadio Comunale Artemio Franchi de Florence, corner pour les visiteurs, là-bas dans le coin opposé.

Les nombreux supporteurs de la Curva Fiesole retiennent leur respiration,  la Fiorentina avait jusqu’ici réussi à garder son maigre avantage d’un but acquis depuis la 40e minute grâce à Mauro Zarate.

Pourtant, le ballon est bien parti, jusqu’au second poteau où Eros Pisano ne se fait pas prier pour égaliser pour les gialloblu de l’Hellas Verona. L’explosion de joie qui retentit depuis le parcage du quart de virage de la Curva Ferrovia, contraste avec le silence assourdissant qui règne dans l’ensemble du stade.

Préambule,

Un voyage en Italie se prépare longtemps à l’avance. D’abord bien étudier la position géographique de l’endroit où vous rendez. Regardez les villes aux alentours, les autoroutes à proximité et les éventuelles liaisons en train. Ensuite regardés les calendriers. Non pas le calendrier. Mais bien les calendriers. Serie A, Serie B et les ligues Lega Pro … Et là, à moins que vous ne soyez en Italie en plein mois de Juillet, vous n’aurez plus qu’à faire votre choix, entre 2 à 3 matchs par week-end !

AS Roma – Fiorentina,

Pour moi, le périple a commencé au soir du vendredi 4 mars au Stadio Olimpico de Rome, où l’AS Roma (5e, 44 pts) accueille la Fiorentina (4e, 44 pts) en choc d’ouverture de la 28e journée de Serie A.

Arrivé au stade, je me mets en quête des guichets, je tombe par hasard sur un couple de hollandais également à la recherche des précieux Sésame. Le mari est supporteur d’ Heerenveen, équipe modeste de première division hollandaise. L’épouse, elle, suit son mari au tour du stade olympique. Quand elle apprend que j’ai fait 2h de route pour assister au match, elle demande, « What is so special whith this match ?», son mari et moi répondant à l’unisson, « nothing, this is just football ». « Just football », rien et presque tout à la fois. La preuve, son mari et moi, pourtant de parfait inconnu 5 minutes auparavant, avons pu discuter comme des amis de longue date.

Au guichet, on vous joue l’embrouille, place à 80€ minimum... Suffisant pour décourager le couple d’hollandais, mais moi je vais vous livrer un petit conseil. Traversez le Tibre par le pont Duca d’Aosta en direction de la piazza Mancini, vous trouverez un cyber café qui vous permet d’imprimer votre billet en Curva Nord pour 40€ tout compris !

M’y voilà donc, je sais par avance  que l’ambiance ne sera pas euphorique étant donné que les ultras romains de la Curva Sud sont en grève des encouragements suite à l’instauration de nouvelles normes de contrôle de l’intérieur du stade par la préfecture de Rome. Le stade est à moitié plein, 33 000 spectateurs assistent à une forte domination des giallorossi. A la mi-temps le score est déjà de 3-1, les romains marquant coup sur coup leurs 3 buts entre la 22e minute et la 38e minute par l’intermédiaire de Stephan El Shaarawy, Mohamed Salah et Diego Perotti. Les toscans, quant à eux, réduisant la marque dans le temps additionnel par Josip Ilic. Ce but permet cependant au bon millier de tifosi de la Viola de reprendre espoir et de se faire entendre pour accompagner les joueurs vers les vestiaires. Côté locaux, chaque but est célébré comme il se doit par le traditionnel chant « Forza Rom’ olé », seul moment d’intense poussée de la part des romains, mais qui laisse entrevoir un énorme potentiel quand le stade se met à l’unisson derrière son équipe.

Cependant, cette première mi-temps dans la partie basse de la Curva aura été l’occasion de constater qu’une bonne moitié de l’assistance est composée d’étudiants Erasmus plus intéressés par leurs iPhones que par le match, du traditionnel groupe de touristes Chinois et de leurs appareils photo et d’une armée de vendeurs d’Oreo et de Pepsi… La Curva nord, par certains côtés, ça craint !...

Je passerai la deuxième mi-temps, plus loin des touristes, au plus près de la petite centaine de romain qui assistent au match debout.

Sur le terrain, la bande à Tino Costa n’y arrive pas et la Fiorentina encaisse un 4e but qui clôture la marque par l’intermédiaire de l’intenable Mohamed Salah. Pourtant, l’événement marquant de cette seconde période restera sans conteste, la rentrée sur le terrain de Francesco Totti, au moins autant acclamé qu’un but de la Roma.

Bologna – Carpi,

Dimanche 6 mars, 15h, suite de la 28e journée au très beau stade Renato Dell’Ara de Bologne. La découverte d’un nouveau stade respecte un protocole bien précis. Elle commence à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu-dit, dès les premiers panneaux « stadio ». Il y a ensuite la première vue, souvent lointaine du stade, qui ne vous donne qu’un premier aperçu. Cela se poursuit par un premier tour du stade, juste comme ça, pour repérer, sans se faire repérer. A Bologne, on remarque directement l’immense local des ultras locaux, situé juste derrière l’entrée de la Curva Andrea Costa. Deux heures et demie avant le coup d’envoi, l’endroit est déjà très fréquenté. Finalement, vient l’entrée dans la tribune, pour moi la Curva San Luca au bon prix de 12€.

A nouveau, un processus se met en route, marche après marche, vous vous sentez gagné par cette atmosphère si particulière qui ne règne que dans les stades de foot. Bien souvent l’entrée se fait par le haut de la tribune, vous donnant une vue d’ensemble dont les amateurs de ballon rond ne peuvent que se délecter.

Le stadio Renato Dell’Ara est un stade italien par excellence. Tout ovale, ceci dû à la présence d’une piste d’athlétisme désormais inutilisée. Une tribune présidentielle couverte, faisant face à une tribune d’honneur bien souvent dépourvut de toit. C’est deux tribunes étant reliées l’une à l’autre par deux grandes tribunes incurvées, les Curve, en italien. C’est dans ses espaces que chaque week-end les ultras se retrouvent, soit  pour donner vie à leur stade local, ou bien à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, pour faire front avec leur onze fétiche dans un antre hostile.

En Italie comme en France, bien souvent les ultras dérangent. Dans une sorte d’opposition entre deux univers inconciliables. D’un côté le business, qui nécessite de l’ordre et du contrôle, et de l’autre, une ferveur sans limites alliant esprit rebelle et minorité turbulente. Au milieu, les pouvoirs publics doivent normalement arbitrer pour permettre la cohabitation. Mais aujourd’hui les différents gouvernements prennent fait et cause du côté des euros et mènent une lutte assumée face aux ultras.

Ainsi, le match Bologna – Carpi commence par un front commun des ultras locaux et visiteurs. Une grève des encouragements d’un quart d’heure. D’un côté les rossoblu affichent « La vostra ossessione, punire la nostra passione » destiné aux instances dirigeantes et qui se passe de traduction. De l’autre, « Trasferte Libere », pour lutter contre les interdictions de déplacement des supporteurs qui deviennent tristement la règle. Passé ce quart d’heure la grosse machine se met en route, la Curva Andrea Costa donne de la couleur à ce match, chants, pétards, drapeaux, tout y est. Le parcage n’est pas en reste, les ultras de Carpi ne lâcheront pas leurs joueurs jusqu’au coup de sifflet final.

Sur le terrain, Bologne d’Anthony Mounier attaque bien le match, avec un jeu très direct. On vient souvent cherchent les ailes, ça percute, centre ou tir mais Carpi fait le dos rond. En fin de match ils auront même quelques bonnes occasions de faire le hold-up, mais finalement 0-0 score final. Les 19 000 spectateurs de ce dimanche après-midi repartiront avec un petit goût amer de ne pas avoir vu les filets tremblés, ce qui aurait pu pimenter encore davantage ce beau moment de football.

Livorno – Virtus Entella,

Samedi 12 mars en fin de matinée me voilà donc touriste au milieu des touristes devant la Tour de Pise. Pourtant là-bas au second plan, un élément invisible de tous attire mon regard. L’excitation grandit, je viens de repérer le stade de foot de Pise. J’oublie la tour penchée et marche en direction de l’unique construction de la ville qui en vaille vraiment la peine. Un tour du stade pour humer l’atmosphère, l’heure tourne et déjà je me rappelle pourquoi je suis à Pise. C’est sur mon chemin pour aller à Livourne.

Sur place, les alentours du stade, à travers de nombreux tags, affichent clairement les amitiés qu’entretiennent les ultras locaux avec les supporteurs de l’OM ou encore de l’AEK Athènes. J’achète cette fois une place pour me glisser au milieu de ces derniers, dans la Curva Nord (12€). Changement de décors et de population par rapport à la Curva Nord à Rome. Dans le vétuste stade Armando Picchi, magnifiquement situé entre montages et mer, la tenue de rigueur est plutôt le kaki façon camouflage et l’âge moyen clairement au-dessus de 30 ans.

L’AS Livorno en position de barragiste pour la relégation reçoit le Virtus Entella toujours en course pour la montée pour le compte de la 31e journée de série B. Le match est âpre et engagé, les deux équipes finiront à 10, et au fur et à mesure que le temps passe, les joueurs au maillot « amaranto » (rouge bordeaux), alignés dans un 4-3-3 très offensif, dominent les débats et passent tout près par plusieurs fois d’emporter la décision. Cependant, le score restera nul et vierge, un 0-0 qui ne fait les affaires de personnes.

Durant tout le match, la poignée d’ultras, 300 tout au plus, aura donné de la voix. Avec des chants toujours puissants, repris comme un seul homme. Ici, pas de tambours, pas de mégaphone, certainement interdis, tout est fait a cappella, au rythme du claquement des mains, et clairement, on ne serait bien venu que pour ça. Le match devient un prétexte permettant aux ultras de se produire.

Fiorentina – Hellas Verona,

Me voilà donc en ce dimanche 13 mars. Une arrivée en terre florentine en fin de matinée me laisse le temps d’aller observer le magnifique centre-ville. Passé les magnifiques cathédrales et les succulentes pizzas, l’essentiel n’est pas là, l’heure tourne rapidement, et il est plus que temps de se mettre en marche pour rejoindre le stade. Je ne suis d’ailleurs pas le seul, de toutes rues les individus aux couleurs de la viola sont en marche en direction de la passerelle métallique permettant d’enjamber la gare ferroviaire Campo di Marte qui permet de rejoindre le stade florentin depuis le centre-ville.

L’atmosphère est assez exceptionnelle, tout le monde arbore fièrement les couleurs de la Fiorentina et les files d’attente se font longues et compactes pour permettre d’accéder à l’intérieur du stade. Une fois à l’intérieur, il faut arriver tôt pour avoir accès aux meilleures places de la Curva Fiesole, comptez 14€ pour la place. Au moment où les deux équipes pénètrent sur la pelouse les rangs sont serrés et les escaliers sont remplis de tifosi debout, l’ambiance s’annonce au rendez-vous. Pourtant, tout restera plutôt calme dans cette première mi-temps, et même le but Zarate n’a pas permis d’allumer l’étincelle au Stade Artemio Franchi.

Sur ma faim après cette première mi-temps assez discrète de la part des ultras florentins, je décide de me placer au cœur de la tribune pour l’entame de la seconde période. Et là, l’impression étrange d’être à la sortie du lycée, entouré des piches de la bourgeoisie locale… Même l’un des capo semble tout juste en âge de pouvoir conduire…

Je décide de m’exiler sur l’aile de la Curva et d’observer la vaillante lanterne rouge de la série A tenir la dragée haute à un prétendant à l’Europe. Je suis souvent obligé de me pincer pour y croire, mais même au milieu d’une Curva Fiesole pleine comme un œuf, j’entends davantage le parcage véronais, situé à presque 200m de moi. Cependant, le football est parfois bien fait, la passivité des ultras locaux sera punie, alors que la ferveur des visiteurs sera elle récompensée à la 87e minute par le plongeon au second poteau de d’Eros Pisano.

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