Plaidoyer contre le bourrage de crâne, Edwy Plenel sur France Culture

Ce matin, comme tous les mercredi, Edwy Plenel était sur France Culture.

Morceaux choisit de son intervention :

N’aurions-nous rien appris des commémorations de la guerre de 14 ?

L’engrenage ?

L’engrenage qui fait que l’on se lance des grands mots : « terreur », « barbares », « urgence », « union nationale » et que du coup, on renonce à réfléchir, à débattre, à expliquer.

Spinoza : «  Ni rire, ni pleurer, comprendre. Comprendre cela n’est pas justifier, cela n’est pas excuser c’est refuser de devenir aveugle, sourd et muet. »

Le bourrage de crâne est une façon de refuser de voir la réalité, sa complexité, ses nuances, sa difficulté ».

4 vidéos sanguinaires auront suffi pour que nous renoncions à réfléchir, débattre et comprendre.

Cela fait plus de 30 ans que le pays d’où tout est parti, l’Irak, est en guerre. Nous en sommes aujourd’hui à la 4e. Nous agirions sans faire le bilan de ces 30 ans ?

Première guerre, nous avons armé Saddam Hussein pour combattre l’Iran.
La deuxième (1991), l’invasion du Koweït par les troupes irakiennes. Réprimande de l’Irak sans projet politique.
La 3e (2003) c’est l’invasion d’un pays souverain, certes dirigé par une dictature, l’Irak qui n’avait aucun rapport avec les attentats du 11/09. Pour justifier cette guerre on y a ajouté des mensonges sur les armes de destruction massive.
La suite c’est l’Etat Islamique, qui relève de l’idéologie totalitaire et non de l’idéologie musulmane.

L’EI est le produit de cette façon dont nous avons ajouté la guerre à la guerre, le désordre au désordre, le malheur au malheur jusqu’à créer une guerre de religion entre sunnite et chiite dans ce pays qui est le seul pays du monde arabe à majorité chiite.

Face à cette façon dont on brandit l’émotion, il faut rappeler le bilan des pertes et des morts de la dernière guerre d’Irak. Ce bilan a été établi par une université américaine. En moins d’une décennie 500 000 Irakiens sont morts. A l’échelle d’un pays de 33 millions d’habitants. Cela équivaudrait pour la France à 1 million de mort.

Pendant cette décennie, qu’avons-nous dit ? Qu’avons-nous fait ? Quelle solidarité avons-nous exprimée ? Quelle émotion ? Quelle empathie ?

Et là, 4 vidéos, et tout d’un coup nous nous alarmons. Alors que pendant une décennie, nous n’avions pas de sensibilité pour les premières victimes de ce terrorisme.

Rappelons Tzvetan Todorov : 
« Les pays occidentaux ont pleinement le droit de se défendre contre toute agression et toute atteinte aux valeurs sur lesquels ils ont choisi de fonder leurs régimes démocratiques. Ils ont notamment à combattre avec fermeté toute menace terroriste et toute forme de violence. Ils ont intérêt cependant à ne pas se laisser entraîner dans une réaction disproportionnée, excessive, abusive, car elle produirait des résultats contraires à ceux qui sont escomptés. La peur des barbares est ce qui risque de nous rendre barbare et le mal que nous ferons dépassera celui que nous redoutions au départ. L’Histoire nous l’enseigne, le remède peut être pire que le mal. »

Non au bourrage de crâne.

 Pour l'intervention complète :

http://www.mediapart.fr/journal/audio/plaidoyer-contre-le-bourrage-de-crane

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