Leurs crimes sont nos soumissions

 

Les notables crapuleux aux commandes ont fait main basse sur la démocratie. La raison d’Etat a ses raisons que la raison ignore. La mort de Rémi l’atteste. Ils n’ont aucune idée. Juste des tactiques pour assouvir leur soif de pouvoir et de privilèges. Ils nous méprisent, mais se lancent dans de pompeux couplets sur le respect de la démocratie et des institutions lorsque nous contestons leur légitimité. Leur cynisme n’a d’égal que les sommes qu’ils détournent pour les planquer dans un paradis qui n’a rien d’artificiel.

Ils font pousser leurs grands projets inutiles comme des champignons : autoroutes, aéroports, barrages, centre de loisirs, hypermarché, grand stades pour grand-messe commerciale. La nature est sacrifiée pour satisfaire leur avidité. Face à ce saccage, certains prennent le maquis et tentent courageusement de préserver ces lieux renommés ZAD, Zones A Défendre. Ce combat est le nôtre. Nous devons les soutenir parce qu’ils s’élèvent contre les magouilles cyniques de ceux qui ont la loi dans leur poche. A Sivens, un gamin de 20 piges, sans arme, un amoureux des arbres et des oiseaux, est mort. Un gendarme a balancé une grenade au jugé sur des manifestants, sans se préoccuper des conséquences. Ce gamin ne demandait qu’à défendre pacifiquement sa cause, et il est mort dans l’explosion d’une arme de guerre. Il ne demandait que la paix, et a eu un déluge de fer.

Le président du conseil départemental du Tarn s’est foutu de sa mémoire en riant de quelqu’un qui meurt pour ses idées. Il est évident que ça ne risquerait pas de lui arriver à ce baron local. Mais Rémi ne venait pas pour mourir, il est mort à cause de ses idées, et non pour elles. Ca fait une putain de différence. Pour étouffer ce crime, l’exécutif brandit la thèse de l’accident. Des militaires font usage d'une force guerrière face à des manifestants sans équipements de protection. Ils usent d’une force disproportionnée sans subir de péril mais, au final, tout cela ne serait qu’un banal accident. En somme, la faute à pas de chance, un malheureux jeu de circonstance. Et certains prétendent que ce gamin n’avait rien à faire là, la zone devant être évacuée. Je leur rappelle que la peine de mort n’a plus cours dans notre pays, et qu’il n’y pas de légitime défense en la circonstance. C’est aussi oublier que dans tout accident mortel, une enquête doit déterminer ses causes, et que les responsabilités de chacun doivent être établies. Il y même parfois des coupables, sinon tous les chauffards et les assassins involontaires n’encourraient aucune sanction. Il y a en prison beaucoup de gens qui sont responsables d’un accident, et les magistrats qui les jugent ne se contentent pas de cette simple réponse : « c’était un accident ». Il est encore plus effarant de voir le peu de mobilisation de la mouvance écologiste, qu’elle soit politique ou associative. Il a suffi d’interdire les premières manifestations pour étouffer les revendications de vérité sur cette affaire. Rapidement tout ce beau monde s’en est retourné quémander ses subventions ou ses strapontins.

La police est la matraque du gouvernement pour appuyer ses décisions autoritaires. La valse diabolique qu’ils nous jouent se décrypte aisément : quiconque s’oppose risque d’être gazé, molesté, faire un petit tour au poste ou à l’hosto, voire être condamné, mutilé ou, pire encore, y perdre la vie. Contester aujourd’hui fout la frousse. As-tu envie de perdre un œil ou une main dans une manif ? Les forces de l’ordre jouissent d’une impunité, la justice ne voit jamais les violences policières. Manifester, c’est déjà être un peu délinquant et les juges ne vont pas se fâcher avec leurs laquais.  Tout militant est assimilé au membre d’une faction radical en passe de sombrer dans le terrorisme, ou à un casseur sans idéal. L’exécutif brandit le respect de la loi. C’est oublier que juges et politiques sont comme larrons en foire, et que l’indépendance de la justice est illusoire.

L’Etat nous oppose à tous un déni de justice et de démocratie. Ce n’est pas parce qu’un élu obtient l’aval des urnes qu’il a la légitimité d’agir comme bon lui semble tout au long de son mandat.  Les ZAD sont là pour le rappeler et nous devons les soutenir sinon, demain, il y aura un autre Rémi. Nous ne pouvons laisser à quelques poignés de contestataires le soin de sauver notre démocratie. La résistance n’est pas l’apanage de la jeunesse et nous ne pouvons pas laisser la rue aux seuls lycéens et étudiants Nous devons tous y être. Car laisser faire serait notre ultime démission. Tant que nous restons passifs, leurs crimes sont nos soumissions.


 


 

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