Travaille, Travaille

 

On me disait : « travaille, travaille, ça fera du bien à ton salaire, ça sera bon pour les affaires, ça fera du bien à ta carrière ». Ouais, travaille, travaille. Mais aujourd’hui je tousse et je crache des glaires. Comme récompense à toutes ces années passées à trimer pour la même société, j’ai un beau crabe dans les poumons. A force, à force de m'esquinter, de ne plus savoir m’écouter, de faire taire cette voix qui disait, c'est pas normal que ça te brûle, que ça te pique, que ça te lance. Ouais, trravaille, travaille.  A force, à force de s’accrocher, jusqu'au lendemain, jusqu'au weekend, de tenir bon jusqu'aux vacances, de passer mon temps libre à glander afin de pouvoir reprendre le collier.A force à force de m’accrocher au péril de de ma vie et ma santé.

Ouais, travaille, travaille.

 

Maintenant je pense à ces années de labeur, bossant l’été dans la chaleur ou bien dans le frimas de l’hiver. Un rude boulot, une rude besogne pour gagner à manger de mes pognes.  Ouais, travaille, travaille. Comme tant d'autres avant moi, dans les poussières d'amiante ou de silice, les vapeurs de dioxine, de benzène, de formol, de solvants délétères où se dissolvent la raison des hommes, comme tant d’autres qui suivront....

Ouais, travaille, trravaille.

 

J'aurais perdu ma vie à la gagner

 

Fiston, ils iront te trouver, ils te diront : « travaille, travaille, ça fera du bien à ta carrière, ça sera bon pour les affaires ça fera du bien à ton salaire ». Au bout du compte, ils ne lâcheront qu’un joli crabe pour tes poumons.

Ouais, travaille, travaille

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