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Billet de blog 27 janvier 2026

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Violences sexuelles : ce que la condamnation de Joël Guerriau dit du pouvoir

La condamnation de Joël Guerriau pour soumission chimique et violence sexuelle pose une question centrale : que vaut la parole des victimes quand la justice reconnaît les faits mais laisse l’agresseur libre ? À travers cette affaire, c’est l’impunité politique qui se donne à voir.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La condamnation de Joel Guerriau aurait dû constituer un signal clair.

Un ancien sénateur, reconnu coupable d’avoir drogué une députée pour la violer. Les faits sont établis. La violence est qualifiée. La culpabilité est reconnue. Et pourtant : pas d’incarcération immédiate. Dix-huit mois ferme, sans exécution provisoire. Et la possibilité de faire appel en liberté.

Ce n’est pas seulement une décision judiciaire. C’est un fait politique.

La violence sexuelle, révélateur d’un ordre de pouvoir.

La soumission chimique n’est pas une violence « ordinaire ». Elle est une violence de domination, de contrôle absolu, rendue possible par un rapport de pouvoir et par un sentiment d’impunité.

Dans le monde politique, ce sentiment n’est pas une dérive individuelle : il est entretenu par des structures, des silences et des protections.

Quand un élu peut être reconnu coupable d’une telle violence sans être immédiatement privé de liberté, ce n’est pas seulement une peine qui est aménagée. C’est une hiérarchie implicite qui s’exprime : certains corps comptent moins que certaines carrières.

L’impunité politique n’est pas une abstraction.

Depuis des années, les affaires se succèdent, les témoignages s’accumulent, les alertes sont connues.

A chaque fois, le même scénario : lenteur des procédures, minimisation des faits, renvoi à plus tard, et trop souvent à la protection des auteurs au nom de la « stabilité », de la « présomption » ou de « l’image des institutions ».

La décision rendue dans cette affaire s’inscrit dans cette continuité. Elle rappelle que, dans notre pays, la justice peut reconnaître la violence sans en tirer immédiatement les conséquences lorsqu’elle touche les puissants.

Ce que la justice dit aux victimes

On demande aux femmes de parler.
On leur demande de dénoncer, de témoigner, de faire confiance à l’institution judiciaire.
Mais que leur dit-on quand, même après une condamnation, l’agresseur reste libre ?

On leur dit que leur parole peut être reconnue sans être pleinement réparée.
On leur dit que la sanction peut rester symbolique.
On leur dit que le temps judiciaire protège plus efficacement les agresseurs que les victimes.

Une démocratie fragilisée par la tolérance à la violence

L’impunité des violences sexuelles en politique n’est pas un sujet “annexe”. Elle mine la démocratie elle-même.
Car une institution qui protège ceux qui dominent, violent ou abusent, perd toute légitimité à prétendre représenter et protéger.

Ce n’est pas la sévérité qui menace l’État de droit.
C’est l’indulgence systémique envers ceux qui en abusent.

Nommer les choses pour ne plus les tolérer

Refuser l’incarcération immédiate dans une affaire de soumission chimique n’est pas un détail procédural. C’est un choix.
Un choix qui dit quelque chose de la place accordée aux violences sexuelles dans l’ordre politique et judiciaire.

Nommer cette réalité n’est pas “faire de la politique sur le dos de la justice”.
C’est refuser que la politique continue de se faire sur le dos des victimes.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.