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Billet de blog 3 mai 2023

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De la richesse intellectuelle à la pauvreté matérielle...

Ils s'appellent Hélène, MaÏté, Bruno, Yvon, Sandrine, Astrid et bien d'autres... Ce sont les « naufragés du travail ». Entreprises, administrations, associations, nul n'est épargné par la dictature du chiffre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  1. Elle s’appelle Hélène …

Elle s‘appelle Hélène, Elle a 55 ans environ. Elle a travaillé dans le secteur de la formation pour adultes et l’insertion professionnelle. Bien qu’ayant fait des études universitaires, elle est surtout une brillante autodidacte qui a capitalisé nombre de compétences. Somme d’expériences et de compétences qu’elle n’aurait eu aucun mal à valoriser sur des postes d’encadrement, chose qu’elle n’a jamais osé faire, peut-être par un manque de confiance en elle.

Ainsi quel que soit l’origine de ce manque de confiance en soi, elle ‘s’est donc retrouvée sur des postes en dessous de ses compétences et sous la direction de managers d’un niveau de compétences inférieur au sien.

Dans ce secteur de l’insertion professionnelle il est proposé des contrats précaires, à savoir des Contrats à Durée Déterminée (CDD) dus au fait que les organismes employeurs répondent à des appels d’offres auprès des institutions qui financent leurs prestations. N’étant pas sûr de voir leurs prestations renouvelées, car étant soumis à résultats, ils prennent rarement le risque de recruter en Contrat à Durée Indéterminée (CDI).

Ainsi, Hélène voit se succéder périodes d’emploi et périodes de chômage. Mais dotée d’une grande curiosité intellectuelle, elle met à profit ces périodes de chômage pour approfondir ses connaissances dans des domaines variés, lui conférant ainsi une grande culture générale ; elle s‘adonne également à sa passion : l’art, car elle peint, ce qui dénote une certaine créativité. Culture et créativité qu’elle mettra à profit dans les postes qu’elle a occupé, lui permettant d’élaborer des méthodes originales et de proposer de nouvelles façons de faire. Cela lui permet aussi d’obtenir des résultats probants là où les méthodes traditionnelles échouent.

N’ayant d’autre ambition que de porter solutions aux problèmes des personnes qu’elle accompagne, elle se heurte pourtant à une autre forme d’ambition, l’ambition carriériste de certains de ses managers qui prennent alors ombrage de ce trop-plein de compétences alors que la raison devrait leur permette de mettre à profit ces remarquables compétences pour tirer leur structure vers le haut, ils n’ont de cesse de brider celle qui obtient pourtant de brillants résultats Mais se pose à eux la question suivante : Comment manager un salarié plus compétent que soi ? Un salarié iconoclaste, hors normes ayant un profil à la fois investigateur, artistique et donc créatif, social et entrepreneurial ?

Force est de constater que ce n’est pas aisé pour le manager lambda car cela demande une certaine hauteur de vue, d’être libéré des réflexes de territoire, libéré de la logique de compétition pour adopter davantage une posture de coopération.

Quoiqu’il en soit, Hélène a traversé bien des déconvenues dues à l’incompatibilité entre sa personnalité professionnelle et celle de certain de ses managers. De plus, s‘agissant d’un secteur social (accompagnement de personnes sans emploi), son niveau d’engagement lui a fait connaître un certain épuisement professionnel   gage d’un fort taux de réussite, épuisement professionnel également dû au fait de devoir batailler pour contrecarrer les travers managériaux., parmi lesquels le harcèlement moral, des objectifs inatteignables ou la placardisation. Elle décide de quitter ce secteur, n’ayant plus la force de se battre à la fois pour les personnes sans emploi qu’elle accompagne mais également contre certain de ces managers indélicats.

Et puis c’est aussi parce qu’elle a fait le tour et n’a plus rien à apprendre sur ce type de poste. Mais, rappelons-le, son manque de confiance en elle ne lui permet pas de briguer des postes à responsabilité, compétences qu’elle a pourtant.

C’est donc un secteur fournisseur d’emplois précaires mais également très mal rémunéré au vu des compétences demandées.

Hélène a donc, en dépit de ses compétences, un niveau de revenu plutôt modeste qui alterne avec les allocations chômage ce qui lui confère un pouvoir d’achat restreint. Aussi, à plus de 40ans, Hélène vit dans un studio, car elle a préféré le dynamisme culturel de la capitale parisienne à la morne et triste grande banlieue ; et les loyers sont plutôt élevés à Paris intramuros, ville plus indiquée pour cette nouvelle génération de Bobo (bourgeois Bohème) à haut niveau de formation et hauts revenus. Hormis les hauts revenus, Hélène a toutes les caractéristiques de cette nouvelle classe sociale : style vestimentaire,, mode de consommation (ayant des préoccupation écologiques, ils consomment des produits issus de l’agriculture biologique, pratiquent le tri sélectif, , donnent les objets, des vêtements en bon état et inutilisés à des associations pratiquant le recyclage et employant des personnes en chômage de longue durée, car ils ont également une fibre sociale qui les amènent à investir les quartiers populaires qui connaissent une mixité culturelle et ethnique. Le revers de la médaille c’est que leur présence qui attirent de nouveaux commerces et autres équipements, a tiré les loyers de ces quartiers et villes vers le haut.

Pour en revenir à Hélène cette dernière ne souffre pas trop de cet habitat quelque peu exigu car cela résulte d’un choix pour une part esthétique, car elle pourrait disposer d’un trois pièces dans l’une de ces banlieues ternes et tristes à forte concentration ethnique. Ces villes en effet, payent le prix fort pour ce qui était au départ une politique altruiste. L’Etat a imposé aux villes de réserver 20% de leur territoire aux logement sociaux. Les villes concentrant les classes aisées préférant payer la pénalité, il en résulte que celles qui acceptent d’accueillir cette catégorie de population, à savoir les classes défavorisées dont une majorité de personnes issues de l’immigration. ; se voient dans l’obligation de réserver jusqu’à plus de 50% de leur territoire à ces constructions. Constructions généralement en périphérie de la ville. Ce qui crée une segmentation courante dans la plupart de ces villes et départements, à savoir un centre-ville où se concentre la population autochtone et une périphérie peuplée de personnes d’origine étrangère, constituant ainsi de vrais ghettos, quand il est démontré les effets bénéfiques de la mixité sociale et ethnique. C’est cela même que la nouvelle classe sociale (« bourgeois-bohême » ou classe créative (intellectuels, ingénieurs, informaticiens, architectes, designers, artistes) tente de démontrer.

Pour ce qui est d’Hélène, nous l’avons évoqué plus en avant de ce texte, elle est arrivée à une impasse professionnelle ; ne voulant plus ne pouvant plus exercer ce type d’emploi et en proie à un certain épuisement professionnel, elle e replie sur elle-même. En guise de revenu elle n’a plus que l’ASS.1 soit 400 €, elle fait alors partie des pauvres selon les critères nationaux. Et voilà comment richesse intellectuelle rime avec pauvreté matérielle.

Elle doit alors quitter son coquet studio parisien loué 600€ et retourne dans sa région d’origine. Là, elle retrouve sa mère qui occupe un deux pièces avec jardin. Il y a une petite dépendance au fond du jardin qu’elle aménage en guise de studio.

Hélène fait alors ses premiers pas de « pauvre ». Cependant, alors que la plupart de gens à faibles revenus entendent tout consommer et donc se contentent du bas de gamme (alimentation, vêtement, …). Hélène quant à elle, opère de vrais choix. L’alimentation, tout d’abord, elle continue à privilégier la qualité. Dans un souci d’équilibre, elle réduit le budget vêtement en s‘essayant au troc, en récupérant les vêtements de cette amie qui taille comme elle et qui a les mêmes goûts ; cette amie a en effet de hauts revenus lui permettant d’acheter de nouveaux vêtements régulièrement. Hélène fait donc de la récup’, du recyclage, conformément à ses préoccupations écologiques. Par ailleurs, sa créativité et ses talents artistiques lui permettent de redonner vie à des objets en les détournant notamment de leur usage premier et ainsi aménager son intérieur à moindre frais. Mais c’est aussi l’occasion de se demander ce dont on a réellement besoin, et d’aller à l’essentiel évitant d’accumuler pléthore d’objets dont on n’a pas l’utilité.

Ainsi, à travers cette épreuve, Hélène a appris en gagnant moins, à dépenser moins, à consommer moins et mieux, à gaspiller et dégrader moins. Elle en est venue à la sobriété qu’appelle notre surconsommation face à l’épuisement des ressources naturelles.

En termes d’activité, de réalisation elle renoue avec son talent premier : la peinture., talent qu’elle développe grâce à sa curiosité insatiable, en se documentant. Là encore à moindre coût en utilisant le service public de documentation à savoir les bibliothèques.

Quelle capacité d’adaptation pourrait-on dire, quelle inventivité ; ces caractéristiques sont proprement intrinsèques et servent quel que soit le domaine, professionnel ou personnel Pour Hélène, on l’a vu ce sont les aptitudes à l’investigation, la créativité, mais également aptitude sociale et entrepreneurial.

Un hic cependant, Hélène se voit contrainte de libérer la dépendance en fond de jardin, à l’arrivée de sa sœur, nous en découvrirons les circonstances plus en avant de ce texte. Pour l’heure, Hélène, vu son niveau de revenu se voit contrainte de faire une demande de logement social. Et c est alors qu’elle est rattrapée par une certaine réalité sociale.

  1. Elle s’appelle Maïté…

Elle a la cinquantaine au moment des faits. Educatrice spécialisée au départ, elle a ensuite travaillé comme Hélène, dans le secteur de l’insertion professionnelle. Elle a cumulé nombre d’expériences et acquis nombre de compétences. Mais souffrant elle aussi d’un manque de confiance en elle ; elle s’est là encore refusé d’accéder à des postes de direction. Se retrouvant à l’étroit sur des postes d’employé avec pour direction des personnes beaucoup plus jeunes et moins compétents, lui procurant nombre de déboires. Jusqu’au jour où arrive une jeune directrice qui prend de l’ombre de ce trop-plein de compétences et qui va mettre en place un véritable harcèlement moral afin de la pousser à la démission. Là encore, comme Hélène (est-ce un hasard ?) elle est très investie et ne compte pas ses heures. Aussi, quand la pression fût à son comble, elle s’est effondrée, d’autant qu’elle n’a pas reçu le soutien de ses collègues qui pourtant l’appréciait, comme elle a eu à le faire. Il faut dire que Maité alors la plus ancienne était en CDI et ses collègues plus récemment recrutés en CDD, contrats précaires donc. Ceci expliquant sans doute leur manque d’implication. Toujours est-il, qu’à bout, Maïté a fini par démissionner sans aucune indemnité.

Mais pour mieux comprendre ce qui est en jeu, revenons à l’histoire de cette structure qui emploie Maïté. il s’agit à l’origine d’une association caritative menée par des bénévoles. Confrontée aux difficultés des personnes en situation de chômage de longue durée, elle décide alors de créer un chantier d’insertion ; à savoir proposer une activité salariée par le biais de contrats aidés. Les chantiers d’insertion font partie de ce qu’il est convenu d’appeler les SIAE (Structure d’Insertion par l’Activité Economique). Les personnes bénéficiaires de ces contrats continuent à être accompagnées pour d’éventuelles problématiques sociales ainsi que sur le plan professionnel (afin de valider un projet professionnel suivi ou non d’une formation, ceci afin de déboucher sur un emploi durable) en partenariat avec des structures spécialisés dans l’orientation et l’aide à la recherche d’emploi). Accompagnement social et professionnel était le job de Maïté. Recrutée au début nous l’avons dit par des bénévoles ayant une fibre sociale, elle obtient un contrat en CDI.

Puis, arrive le déficit public, « les caisses de l’Etat se vident » . Ce déficit public entraîne des économies drastiques pour ce qui est des dépenses de l’Etat, politique d’austérité préconisée par l’Union Européenne. Conséquence, un financement conditionné par des objectifs chiffrés à atteindre.

De plus il est demandé une professionnalisation des acteurs de l’insertion, fini le temps des bénévoles à la direction et à l’accompagnement des personnes. Cette professionnalisation n’est pas une mauvaise chose en soi, mais se trouve pervertie par cette pression sur les résultats chiffrés, car comment garantir la sortie rapide en emploi durable de personnes souvent abimés par le chômage de longue durée et nécessitant la mise en place d’un parcours parfois très long. C’est le cas par exemple des personnes ne maîtrisant pas la langue ; il s‘agit alors de commencer par une formation linguistique en préalable à l’élaboration d’un projet professionnel et nécessairement suivie d’une formation qualifiante souvent longue, et enfin l’accompagnement à la recherche d’emploi.

Ainsi les nouveaux directeurs de ces structures d’insertion étant parfois des gestionnaires et méconnaissant ces subtilités car s‘intéressant peu aux personnes accompagnées sauf à de rares exceptions, font peser une lourde pression sur les chargés d’accompagnement social et professionnel, appliquant des méthodes inspirées du privé (réduction des coûts, objectifs chiffrés, reporting…).

Maïté comme bien d’autres sera victime de cette nouvelle orientation du secteur public et social. Combien sont-ils à s‘être effondrés dans l’indifférence et le silence ? En effet, le secteur public jusque-là protégé par son statut, n’est pas en reste car nous l’avons vu, il est question, confronté à ce déficit public de réduire au maximum les dépenses publiques.

Le cas qui va suivre illustrera cet état de fait.

  1. Ils s‘appellent Bruno , Yvon…

Bruno, Yvon travaillaient dans une entreprise publique du secteur social et étaient parmi les plus anciens salariés. Bien que confrontés à un très grand nombre d’usagers et à des files d’attente monumentales, ils prenaient le temps d’écouter afin de définir au mieux les besoins de la personne reçue. Puis vint le temps des résultats et de la rationalisation du travail ; avec tout d’abord des « portefeuilles » d’usagers attribués à chaque agent, à savoir un nombre de personnes à suivre et pour lequel il s‘agit d’atteindre des objectifs de résultat. Ainsi c’est jusqu’à 300 personnes que chaque agent se voyait affecter avec un temps de réception chronométré, le taylorisme initialement conçu pour l’usine, l’entreprise, fait son entrée dans le secteur public. Comme pour Maïté, c’est leur univers de travail qui s‘écroule et il faut rebâtir sur l’inconnu, ne les voilà-t-il pas en échec et désorientés devant faire face à des usagers en demande.

Pour Bruno, ce sera l’alcool, pour Yvon la dépression…

Bruno, Yvon et bien d’autres…

  1. Elle s‘appelle Sandrine…

Sandrine a fait de brillantes études qui l’ont conduit à engager une carrière de cadre dans un grand groupe en Angleterre. Comme Hélène, Sandrine a un profil Investigateur, la conduisant à toujours chercher réponses aux multiples questions qu’elle se pose ; elle est aussi entreprenante et créative ayant le sens de l’initiative et à l’origine de nouveaux programmes de développement pour son entreprise. Mais elle a également cette fibre sociale venant de son éducation la rendant sensible à l’injustice sociale. Bien qu’ayant de hauts revenus, elle a fait le choix de résider dans un quartier populaire rimant avec mixité sociale et ethnique et offre culturelle abondante.

L’entreprise dans laquelle Sandrine travaille est cotée en bourse avec des actionnaires exigeant toujours plus de profit. Or, pour faire face à la mondialisation et à la concurrence des pays émergents, l’entreprise pressée par la gourmandise de ses actionnaires, se voit contrainte de réduire ses coûts, en premier lieu les frais de personnel, avec des plans de licenciement drastiques. Il s‘agit alors pour le personnel restant, de « faire plus et mieux avec moins ».

Faire plus : produire toujours plus et plus vite.

Faire mieux : avec la mise en place des démarches qualité qui visent à améliorer la qualité des biens et des services produits, cela toujours dans une optique de concurrence visant à séduire le consommateur potentiel et ceci sans se préoccuper des conditions de travail de ceux à qui sont assignés ces nouveaux objectifs.

Faire avec moins : Dans ce contexte concurrentiel sur fond de crise économique, nous l’avons vu les entreprises licencient en masse et font appel aux contrats de courte durée CDD, intérim) comme variable d’ajustement. Une flexibilité encouragée par les économistes libéraux et l’union européenne, pensant que cela pourrait permettre d’augmenter les embauches et donc réduire le taux de chômage). « Précariser l’emploi pour favoriser le travail » (Françoise Piotet)

De ce « faire plus et mieux avec moins » résultent : stress, souffrances au travail, harcèlement moral, épuisement professionnel, , dépression… dus à des déviances managériales, des managers eux-mêmes mis sous pression.

Ainsi, Sandrine, à bout de force, elle n’a plus aucune énergie pour faire face à ces objectifs démesurés. Elle craque sombrant dans une profonde dépression, ne pouvant plus faire face à ses charges elle rentre en France où vit sa mère, son père et sa sœur Hélène. Eh oui, Sandrine est la sœur d’Hélène, nées de la même mère. Contrairement à Hélène qui a été confiée à sa grand-mère (sa mère devant partir travailler à la ville), Sandrine grandit entourée de sa mère et de son père. Une famille cependant très modeste. Ayant les moyens alors, Sandrine a acheté à sa mère le deux pièces jardin qu’elle occupe. Son père s’étant séparé, bien que gardant des liens d’amitié, vit dans un appartement appartenant à un bailleur social. En fond de jardin, il y a cette dépendance qu’ Hélène a aménagé en studio où elle réside depuis qu’elle ne peut plus travailler (du moins un travail salarié). Mais à l’arrivée de Sandrine, Hélène se sent obligée de restituer à Sandrine son bien et nous l’avons évoqué, fait une demande de logement social.

Sandrine, exsangue, s’installe tant bien que mal. Hélène l’aide à faire les premières démarches, administratives, domaine qu’elle maîtrise étant elle-même passée par là. Sandrine ayant travaillé en Angleterre et ayant démissionné n’a pas droit aux allocations chômage en France et ne peut prétendre qu’au RSA2 soit 400 € mensuel environ au moment des faits. Il s’agit également de faire une demande d’assurance maladie réservée aux personnes qui perçoivent les minimas sociaux et appelée CMU3.

Se comprenant bien l’une et l’autre car étant ce que l’on peut appeler les naufragées du travail, elles s’épaulent notamment pour faire face aux accusations des « bien-pensants » à savoir soupçon de paresse et d’abus des aides sociales. Car comment expliquer que des personnes aussi qualifiées puissent se trouver dans une telle situation. Et c’est pourtant le lot d’un nombre de plus en plus élevé d’individus. Certains passent inaperçus car ils ne subissent pas forcement un déclassement social comme pour Hélène et Sandrine car ils bénéficient de l’apport financier d’un conjoint ou de leurs parents. Hélène et Sandrine sont toutes deux célibataires et rappelons-le issues d’une famille modeste.

  1. Elle s’appelle Astrid…

Issue d’une famille aisée, Astrid a un parcours sans heurts qui l’ont conduit à de brillantes études. En termes de carrière, elle rejoint un grand groupe français où elle est recrutée sur un poste de cadre. Consciencieuse et ayant le sens de l’engagement, elle s’investit pleinement dans les missions qui lui sont confiées. Mais, qui dit grand groupe dit actionnaires et environnement concurrentiel âpre, c’est alors qu’Astrid connaîtra le même sort que Sandrine à savoir des objectifs démesurés. Harcèlement moral et placardisation sont le lot de ceux qui ne peuvent plus suivre afin de les pousser à la démission. Embauchant de nouvelles recrues encore pleines d’énergie qui vont devoir faire leur preuve le temps de la période d’essai, ils sont mis en compétition avec les salariés ayant plus d’ancienneté et déjà épuisés par ces rythmes infernaux du toujours produire plus, innover encore et encore pour faire face à la concurrence des pays émergents. Ces pays, tels la Chine ou l’Inde, ont une politique commerciale très agressive tirant les prix vers le bas cela leur étant permis grâce à de très faibles coûts de main d’œuvre et par des procédés de fabrication moins coûteux. Pour faire face, les grandes entreprises comme le groupe d’Astrid délocalisent une partie de leur production ne conservant que les postes les plus qualifiés comme le commercial et la recherche développement. Parallèlement, profitant du taux de chômage élevé qui fait que la demande d’emploi est bien supérieure à l’offre et toujours dans cette optique de réduction des coûts, les salaires sont en baisse. En effet, pour une offre d’emploi les employeurs reçoivent pléthore de candidatures ceci étant dû au fait que l’accès aux études supérieures s’est démocratisé et les jeunes diplômés se bousculent aux portes des organisations.

Ainsi, il ne reste même plus le salaire pour entretenir la motivation face à ces conditions de travail dégradées.

C’est dans ce contexte qu’Astrid connût à son tour l’épuisement professionnel la faisant sombrer dans une profonde déprime. Elle démissionne à bout de force. A qui le tour ? Ainsi, tout l’investissement réalisé en termes d’études et destiné à embrasser une carrière qui permet de construire sa vie d’adulte, tout cet investissement est sacrifié à vil prix pour satisfaire l’appétit insatiable d’actionnaires et de patrons de grands groupes dont le seul but est financier, nulle place pour la philanthropie, pour un projet de société. Nulle réflexion sur ce qu’induit l’accumulation de tant de richesse monétaire. Nul état d’âme pour ces vies sacrifiées, qu’importe, d’autres attendent à la porte, pleins d’espoirs dans l’optique d’avoir enfin « un retour sur investissement. ». Car toute leur vie n’a été qu’une longue préparation pour ce moment et ce dès l’amorce de la scolarité.

Astrid a remplacé un(e) autre et sera à son tour remplacée par des jeunes talents pleins d’énergie et d’espoirs. Énergie qui sera vilipendée à vil prix pour ce que certains ont qualifié de salariés Kleenex du nom de ces mouchoirs en papier vite consommés et jetés après usage..

C’est ce qui attendrait Astrid si cette dernière avait déjà pris son autonomie. Mais comme souvent dans les jeunes générations, le départ du domicile des parents se fait un peu plus tard, du moins tant qu’ils sont célibataires.

Astrid ne pourra cependant pas mettre ce projet d’indépendance à jour, elle demeurera chez ses parents car ne pouvant travailler, il lui faudra du temps pour s’en remettre et récupérer quelque énergie, tirer leçon de ce qu’elle a vécu et tenter de rebâtir sa vie. Astrid a la chance de bénéficier du soutien moral et financier de ses parents qui se garderont bien de la suspecter de paresse, car ils ont assisté à son épreuve.

C’est pourtant le lot des naufragés du travail notamment quand ils se retrouvent à percevoir les minima sociaux, en plus de la déprime voire dépression qui suit ces traumatismes, il doivent faire face aux accusations à peine masquées des « biens pensants, les voilà taxé d’ « assistés » de « paresseux » d’ « inutiles »

Ces propos sont issus des rencontres organisées par le Secours Catholique qui donnent la parole aux personnes en situation de chômage de longue durée : « Quand on est au RSA, on est considéré comme un assisté, un parasite… pourtant j’ai déjà cotisé… le regard d’autrui peut blesser…on est considéré comme inutile… ce qui aide le plus c’est le soutien. »

Quant à Astrid, soutenue par ses parents, elle s‘en est remise, a bâti un nouveau projet de vie ; elle décide alors de se former à l’une de ces thérapies alternatives et de travailler à son compte.

Conclusion :

Que sont devenus les « naufragés du travail » ?... Nous l’avons vu, déclassement social, entrée dans le monde des pauvres, dépression, exclusion, isolement. Ils sortent de la scène dans un silence assourdissant…

Qu’est-il advenu d’eux ? L’Etat qui a investi dans les écoles, dans les universités afin de former les citoyens de demain et leur permettre de « gagner leur vie » avec un juste « retour sur investissement » par le biais de l’impôt. Au lieu de cela, cet Etat se retrouve à devoir prendre en charge des individus exsangues, à moindre coût cependant puisque ces personnes ne percevront que le RSA. Ce qui entraînera un déclassement social et l’entrée dans le monde des pauvres

Les mécanismes à l’œuvre dans cette déconstruction ont enfin retenu l’attention pour ce qui est de l’entreprise. Il est alors porté l’accent sur la responsabilité sociale, sur le « mettre l’humain au cœur du système (de production de biens et services ». Même si un long chemin reste à parcourir. Car il n’est pas aisé de modifier des pratiques managériales installées depuis des décennies. L’Homme ne passe pas tout d’un coup de l’état de profiteur à celui de philanthrope.

Certains secteurs restent oubliés, cependant, c’est le cas notamment de celui de l’insertion et des entreprises publiques du secteur social.

Le secteur de l’insertion a cela de particulier qu’il concerne un sujet central et sensible : le chômage, où des chômeurs fussent-ils diplômés sont recrutés souvent en CDD pour accompagner d’autres chômeurs vers « l’emploi durable ». Les réalités de ce secteur hormis Pôle emploi (et encore) sont assez mal connues du grand public.

Ce texte aurait pu s’intituler « De la richesse intellectuelle à la pauvreté matérielle et de la pauvreté matérielle à la sobriété » car cette apparente pauvreté est l’effet de la mise en parallèle avec les cadrans de la société consumériste, Laquelle société mesure la valeur de l’Homme, l’intérêt qu’on doit lui accorder, à ses possessions matérielles. Cependant, il n’est pas question pour nous de justifier le faible revenu que représente le RSA. Aussi nous soutenons le revenu d’existence sans conditions (initialement porté par André Gorz) qui permet aux personnes de vivre dignement.

11 Allocation de Solidarité Spécifique verré par Pole emploi aux personnes cumulant dix années d’ancienneté professionnelle et qui ne perçoivent plus les allocations chômage

2 Revenu de Solidarité Active

3 Couverture Maladie Universelle

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