Un «grand débat» à Thonon-les-Bains

J'ai assisté et participé à une réunion publique qui s'est tenue ce samedi, 9 mars 2019 à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) à l'initiative d'Attac Chablais dans le cadre du «Grand débat». Le présent compte-rendu se veut aussi complet que possible. Les points de vue sur le déroulement et les contenus n'engagent que moi.

J'ai assisté et participé à une réunion publique qui s'est tenue ce samedi, 9 mars 2019 à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) à l'initiative d'Attac Chablais dans le cadre du "Grand débat".
Le présent compte-rendu se veut aussi complet que possible. Les points de vue sur le déroulement et les contenus n'engagent que moi.

Une cinquantaine de personnes constituent l'assemblée plutôt âgée et d'origines diverses (Attac bien sûr, syndicalistes, France insoumise, quelques gilets jaunes, membres d'associations, citoyens...)

Les thèmes retenus sont ceux du "Grand débat" :
- transition écologique
- fiscalité et dépense publique
- démocratie et citoyenneté
- organisation de l'Etat et des services publics
La discussion restant ouverte à tous les autres thèmes.

Les interventions et propositions se succèdent, nombreuses, diverses et souvent riches, navigant entre les 4 thèmes et notées au fur et à mesure sur 4 panneaux afin d'être rassemblées et transmises aux élus locaux et au président de la République. De ce fait l'ensemble est assez émietté, on passe de la télévision qui abrutit aux traités de libre-échange, du changement de constitution à l'extension excessive des zones commerciales, de la taxation du kérosène pour les vols intérieurs à la privatisation des barrages, etc.

Les interventions se font dans le calme et le respect de chacun. De rares applaudissements saluent tel ou tel propos. Mais il y a peu d'échanges réels et de discussions sur des points précis, à l'exception de la question du RIC et des référendums en général, plusieurs fois évoqués - l'exemple suisse fait notamment craindre l'influence des puissances de l'argent et des médias sur le vote citoyen. Difficulté de se prononcer sur certaines questions, ou trop souvent. Le référendum est à encourager car il favorise le débat. Propositions de recours aux référendums au niveau local (communes). Il existe un "référendum d'initiative populaire" (RIP) qui nécessite 4 millions de signatures et celles de 160 élus, donc en pratique inaccessible : il faut abaisser le seuil de recevabilité des "initiatives citoyennes". Propositions de rendre le vote obligatoire.
Alors qu'une intervenante appelle à défendre la fonction publique contre la loi en préparation, un intervenant d'origine polonaise, tout en soulignant que les problèmes sont les mêmes en Pologne, évoque l'histoire de son pays pour mettre en garde contre le "socialisme" et le "tout public" et en appeler à plus de concurrence.
Mais il y a aussi des parallèles entre interventions sur la politique de santé (rendre aux hôpitaux publics les moyens dont ils ont besoin, créer des centres de santé publiques, rendre le contrôle de la Sécurité Sociale aux citoyens, mettre fin aux exonérations de cotisations sociales), et celle de l'éducation (à deux vitesses) et la dégradation en cours et programmée des services publics en général (qu'il faut renforcer, et non arbitrer les suppressions) ainsi que les privatisations de biens communs (barrages, autoroutes, aéroports ...). Personne ne conteste la nécessité de réformer la constitution et le statut des élus (trop de privilèges, trop de cumuls de mandats et de retraites, trop loins des préoccupations des gens, Conseil Constitutionnel "vérolé", nécessité de contrôler et révoquer les élus, manque de représentativité de l'Assemblée etc. ), ni la nécessité de plus de justice fiscale (rétablissement de l'ISF, de l'impôt sur les successions, de plus de tranches d'imposition sur l'IR, réforme de la TVA, augmentation de la "taxe carbone", écart des salaires à réduire, lutte contre les paradis fiscaux et niches fiscales etc.)
Sur la transition écologique il est plusieurs fois question de taxation (à instaurer ou augmenter pour le transport aérien, à moduler pour les transports individuels) mais assez peu du développement des transports en commun ou de l'allongement des trajets (zones commerciales excentrées).
Les médias contrôlés par les puissances d'argent sont évoqués à plusieurs reprises, sans que des propositions concrètes soient formulées pour y remédier, sauf revenir au programme du Conseil National de la Résistance.

Parmi les propositions plus difficiles à classer, on note (sans exhaustivité) :
- indemnités des élus indexées sur le SMIC ;
- création de deux chambres, une de citoyens tirés au sort qui proposent les lois, une autre de "techniciens" qui les mettent en forme ;
- un site (web) où chacun pourrait formuler des propositions ;
- casier judiciaire vierge pour être élu ;
- travail dans des associations environnementales pour les prisonniers ;
- abroger la loi "secret des affaires" ;
- lutter contre les espèces invasives ;
- appel à la transparence sur les traités de libre-échange.

S'il est difficile de rendre compte de façon exhaustive des nombreuses questions abordées, on note l'absence complète d'interventions sur l'immigration ou l'"identité nationale". D'autres questions ne sont pas abordées non plus, telles que le pouvoir d'achat ou la législation du travail. Mais bien entendu il n'était pas possible de faire le tour de tous les problèmes en trois heures.

Une intervenante critique le grand débat, qualifié d'"enfumage" aux questions verrouillées et à l'exploitation confiée à des logiciels opaques.
Un autre met en garde contre le fait de "donner la parole au peuple", ce qui a pu donner lieu à des précédents historiques fâcheux - sans qu'on sache bien à quoi il est fait référence.
Une autre intervenante note que si le vote obligatoire est peut-être souhaitable, il le serait aussi que les électeurs s'informent réellement du contenu des programmes : bon nombre des propositions formulées se trouvent déjà dans le programme de "certains partis" (elle cite la France Insoumise).

Pour finir je note que les intervenants évoquent rarement les causes premières des problèmes cités. Parmi celles-ci figurent la "culture nationale" qui serait responsable par exemple du peu d'engouement pour les référendums, ou des records d'inégalité en France, ainsi que le statut et le rôle des élu.e.s et le rôle de l'oligarchie (mot qui n'est d'ailleurs pas utilisé) et des médias. Le système économique n'est pas évoqué, les mots "capitalisme" ou "libéralisme" ne sont pas prononcés. Les voies possibles pour parvenir à mettre en oeuvre les propositions énoncées ne sont pas abordées (le mot "révolution" est prononcé une fois sous la forme interrogative) mais ce n'était pas l'objet de la rencontre. Le rôle que peuvent jouer les partis politiques, les syndicats et les associations n'est pas évoqué non plus, à l'exception de l'intervention citée plus haut.

 

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