Morale de radars

Je reçois hier une gentille lettre du ministère de l'Intérieur, signée de M. Eric Biergeon, chef du Bureau national des droits à conduire (excusez du peu), qui m'informe que j'ai regagné un point de permis (j'en suis donc à 11/12) "à l'issue d'une période de six mois sans nouvelle infraction". Fort bien.

Je reçois hier une gentille lettre du ministère de l'Intérieur, signée de M. Eric Biergeon, chef du Bureau national des droits à conduire (excusez du peu), qui m'informe que j'ai regagné un point de permis (j'en suis donc à 11/12) "à l'issue d'une période de six mois sans nouvelle infraction".

Fort bien.

Le 4ème paragraphe est intéressant : il s'agit en effet pour l'administration de se convaincre de la probable valeur pédagogique et de l'efficacité de la sanction qui m'avait été infligée (laquelle n'avait donc pas pour unique ni principal objet de me faire les poches, comme j'aurais pu être tenté de le penser). Je cite : "Pendant ces six mois, votre comportement de conducteur s'est probablement traduit par un respect accru des règles de conduite."

Difficile à dire, en vérité. Je respecte généralement et autant qu'il est possible les règles de conduite, et n'ai pas le sentiment d'avoir réellement modifié mon "comportement de conducteur".

Au cas où justement je n'aurais pas modifié dans le bon sens mon "comportement de conducteur", la suite me met en garde, irresponsable que je suis et potentiel bandit de grand chemin, et m'invite à "maintenir [ma] vigilance" pour "protéger [ma] propre vie ainsi que celle de [mes] proches et des autres usagers sur la route". Il est probable en effet qu'au moment où je dépassais de quelques km/h la limite fixée à 70, je me fichais comme d'une guigne de ma propre vie, sans parler de celle de mes proches ou des autres usagers, qui peuvent aller en enfer.

Cette manière d'infantiliser les conducteurs - qui certes ne respectent pas tous les "règles de conduite" - m'indispose.

Elle m'indispose d'autant plus que les pouvoirs publics ne me semblent pas faire tout ce qu'il serait souhaitable et possible pour rendre la route moins dangereuse : suppression des péages autoroutiers (puisque l'autoroute est statistiquement moins dangereuse), meilleure signalisation des limites de vitesse, meilleur entretien des routes, suppression des priorités à droite, meilleur entretien et signalisation des passages pour piétons, création de véritables pistes cyclables (et non d'étroites bandes en pointillés blancs), mise des camions en transit sur les trains à la manière helvétique ... etc.

Ah, et oui, on pourrait également développer les transports collectifs, si on tient à protéger des vies, plutôt que de fermer des lignes de chemin de fer. Mais une leçon de morale coûte moins cher à l'Etat qui, on le sait, vit au-dessus de ses moyens.

 

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