LaMarmotte
Entrepreneur en résistance
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 avr. 2020

Travail et chômage partiel : un nouvel abus de notoriété publique ?

Et si on aidait l'Etat à gérer les abus liés au chômage partiel ? Depuis début avril, 25% des salarié·e·s du privé sont au chômage partiel sur décision de leur employeur, mais combien sont contraint·e·s de travailler en réalité ?

LaMarmotte
Entrepreneur en résistance
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Skypéro, vendredi 3 avril. Rapide tour de table fenêtres Zoom. "Qui bosse encore ? Qui est en chômage partiel et bosse encore ?" Elles·ils sont plusieurs. Je ne dis rien. On rigole et on acquiesce. On est plutôt bosseurs et bosseuses, "bons soldats". Le Skypéro touche à sa fin.

Mais en fait, c'est scandaleux ! Sur le moment je n'ai rien dit. Le lendemain matin, je me lève tôt parce que j'y repense. Quelques recherches Google, un article sur Capital.fr, un autre sur LCI. Un troisième sur Libération trouvé en rédigeant cet article. Des témoignages anonymes. J'aurais dû interpeller mes ami·e·s. Je le regrette. J'aurais voulu partager mon raisonnement :

Le chômage partiel n'est pas une aide forfaitaire de principe pour les entreprises.

Le chômage partiel permet d'aider une entreprise qui se retrouve avec une activité (presque) nulle à survivre en prenant en charge une partie des salaires. Si votre entreprise vous emploie 35 heures ou plus, c'est qu'elle a des choses à vous faire faire et donc de l'activité.

Je ne parle pas ici d'un point hebdo pour tenir au courant celles et ceux qui trépignent de l'avancée des derniers projets, ni d'une urgence pour accéder à un document sur le serveur... mais plutôt de faire des journées normales en télétravail et au chômage partiel.

Des salarié·e·s qui participent à l'effort de guerre pour sauver leur boîte ?

Bien sûr que l'économie est impactée par la crise. Bien sûr qu'on a envie de sauver sa boîte ou plus héroïquement de remonter vers la première ligne en participant au service minimum de l'économie. Cependant même pour préparer la fameuse reprise, cela reste illégal, interdit par le droit du travail.

Pour certain·e·s d'ailleurs c'est peut-être la première entorse vécue, majeure et imposée, au droit du travail. De quoi surprendre et interroger des jeunes cadres qualifié·e·s et habituellement plutôt dociles. Car dans le fond, avez-vous envie de sauver une boîte qui triche sans honte ?

Fraude, travail illégal, et délit d’escroquerie au préjudice de l'Etat

J'ai beau essayé de comprendre, me "mettre à la place", cela reste de l'argent public confisqué par les uns qui n'ira pas sauver les autres. Et les autres, c'est au choix : celles et ceux qu'on applaudit ensemble à 20h ou alors les artisans, TPE, PME, entreprises familiales qui font le tissu économique de la France que l'on ne pourra plus aider faute de moyens. L'Etat manque déjà d'argent, mais pas de panique, chaque citoyen·ne peut participer financièrement à la solidarité nationale grâce à l'appel aux dons de Gérald Darmanin.

Le phénomène concerne petites et grandes entreprises. Autour de moi certain·e·s travaillent dans des plus petites boîtes tendances qui lèvent des fonds. Certaines jeunes pousses sont loin d'être exemplaires, les mêmes qui peut-être seront secourues avec l'argent du French Tech Bridge de la BPI alors qu'aucune orientation sociale ou environnementale dans leurs activités n'est mentionnée en contrepartie de leur sauvetage. Comme nous le propose pourtant si justement Dominique Meda "il faut revoir l'échelle de la reconnaissance sociale et de la rémunération des métiers" (son interview sur France Culture).

En résumé :

  • Faire travailler ses salarié·e·s en chômage partiel est illégal et passible de sanctions
  • Si les entreprises trouvent des tâches à faire à leurs salarié·e·s (et en quantité visiblement), c'est qu'il y a du travail : le chômage n’est pas justifié
  • Ces entreprises qui abusent détournent de l'argent public (dont nos impôts) qui n'ira pas financer ce que la crise nous révèle comme les essentiels de notre société : la santé, l’éducation, le soin aux autres. 
  • Les belles entreprises françaises en croissance doivent être exemplaires
  • Et si on dénonçait les abus ?

Répondons à l’appel de Muriel Pénicaud : « Le ministère du Travail invite les salariés et les représentants du personnel à signaler aux directions régionales des entreprises, de la consommation, de la concurrence, du travail et de l’emploi (Direccte), tout manquement »

  1. On pourrait créer une plateforme avec un média crédible et engagé (Mediapart par exemple)
  2. De façon totalement sécurisée et anonyme, les salarié·e·s y déposeraient les preuves que leur entreprise abuse
  3. On avertit l'employeur pour lui donner une ultime occasion de se signaler lui-même
  4. Pour les autres, on créé une page " Name and shame", on envoie les dossiers à l'Etat et on propose d'abonder un fonds de solidarité pour aider structures et entreprises en difficulté qui nous apportent une vraie utilité sociale !

Si vous souhaitez contribuer ou échanger sur ces idées, écrivez-moi à chomagepartielleaks@protonmail.com !

Article écrit par une marmotte, relu par un koala. 

PS : J'ai 29 ans, et je suis chef d'entreprise. J'ai monté une entreprise dans le domaine de l'évènementiel et de la restauration. Nous sommes 6 à temps-plein et nous travaillons avec des indépendants également. Comme beaucoup de chef·fe·s d'entreprises, notre intention est sincère mais le quotidien n'est pas simple : gros horaires, niveau d'exigence élevé, coups de "rush"... Avec l'arrivée de l'épidémie, notre activité s'est entièrement arrêtée. Le premier réflexe a été d'occuper les personnes encore en poste, avec tout ce qu'il était possible de faire à distance. Puis nous avons fini par mettre les équipes en chômage partiel, petit à petit, contraints et forcés. 

Le comportement abusif des entreprises qui profitent du chômage partiel pour faire travailler leurs salarié·e·s au frais de l'Etat me révolte intérieurement. Pourtant, je suis loin de penser le monde divisé entre les gentil·le·s et les méchant·e·s. Sur le moment, je n'ai pas osé interpeller celles et ceux qui m’en parlaient, je comprenais leurs craintes : perdre leur travail. Pourtant plus j'y pense, plus je suis convaincu qu'il faut agir.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus

À la Une de Mediapart

Journal — Cinéma
Jean-Luc Godard, l’entretien impossible
À l’heure où les bouleversements politiques, écologiques et sociaux semblent marquer la fin d’une époque, Mediapart a eu envie de rendre visite à Jean-Luc Godard, dont les films sont des mises en abyme inégalées des beautés et des troubles du monde. Mais rien ne s’est passé comme prévu. 
par Ludovic Lamant et Jade Lindgaard
Journal — France
Procès des sondages de l’Élysée : le PNF requiert finalement l’incarcération de Claude Guéant
La réouverture des débats a opposé deux thèses, ce vendredi, au tribunal de Paris. L'ex-ministre de Sarkozy assure qu’il ne peut pas rembourser plus rapidement ce qu’il doit encore à l’État. Le Parquet national financier estime au contraire qu’il fait tout pour ne pas payer.
par Michel Deléan
Journal — Santé
Didier Raoult sanctionné par la chambre disciplinaire du conseil de l’ordre
La chambre disciplinaire de l’ordre des médecins a sanctionné, le 3 décembre, d’un blâme le professeur Didier Raoult. Lors de son audition devant ses pairs, il lui a été reproché d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine sans preuve de son efficacité.
par Pascale Pascariello
Journal
Des traitements à prix forts, pour des efficacités disparates
L’exécutif a dépensé autour de 100 millions d’euros pour les anticorps monoclonaux du laboratoire Lilly, non utilisables depuis l’émergence du variant Delta. Il s’est aussi rué sur le Molnupiravir de MSD, malgré un rapport bénéfices-risques controversé. En revanche, les nouveaux remèdes d’AstraZeneca et de Pfizer sont très attendus.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Exaspération
Rien n’est simple dans la vie. Ce serait trop facile. À commencer par la dépendance physique à perpétuité à des tiers, professionnels ou non. Peut-être la situation évoluera-t-elle un tant soit peu lorsque les écoles de formation aux métiers du médico-social et du médical introduiront la Communication NonViolente (CNV) et le travail en pleine conscience dans leurs modules ?
par Marcel Nuss
Billet de blog
Ne vous en déplaise, Madame Blanc
Plusieurs médias se sont fait l’écho des propos validistes tenus par Françoise Blanc, conseillère du 6ème arrondissement de Lyon du groupe « Droite, Centre et Indépendants » lors du Conseil municipal du 18 novembre dernier. Au-delà des positions individuelles, cet épisode lamentable permet de cliver deux approches.
par Elena Chamorro
Billet de blog
Précarité = Adelphité
Nous exclure, nous isoler, nous trier a toujours été admis; nous sacrifier n’a jamais été que le pas suivant déjà franchi par l’histoire, l’actualité nous a prouvé que le franchir à nouveau n’était pas une difficulté.
par Lili K.
Billet de blog
SOS des élus en situation de handicap
Voilà maintenant 4 ans que le défenseur des droits a reconnu que le handicap était le 1er motif de discrimination en France, pourtant les situations de handicap reconnues représentent 12% de la population. Un texte cosigné par l’APHPP et l’association des élus sourds de France.
par Matthieu Annereau