Il y a tout juste six ans, le 2 juin 2002, mourait le journaliste Tim Lopez, dans une favela, à l’issue d’un supplice que les narcotrafiquants n’avaient jamais encore osé administrer à un envoyé de la presse. A 51 ans, l’envoyé spécial de la télévision Globo enquêtait sur l’exploitation sexuelle de mineurs dans des fêtes (appelées « baile funk ») organisées par les narcotrafiquants dans les favelas. Découvert par ces derniers, il a été torturé avant d’être brûlé dans des pneus en flammes, selon une méthode connue dans les favelas sous le nom de « micro-onde ». Il y a un avant et un après Tim Lopes. Sa mort a profondément choqué toute la presse, mais surtout appelé à repenser la façon de couvrir la vie quotidienne dans les quelques 700 favelas de la ville. Sociologiquement, les journalistes, de moins en moins issus des milieux populaires et sans l’engagement politique de la lutte contre la dictature, ont naturellement tendance à tourner le dos à ce monde, pour se réfugier dans la couverture des événements de la « zone sud », les quartiers aisés qui ourlent la mer. Heureusement, subsistent des journalistes curieux, citoyens, convaincus que la population des favelas est aussi importante que celle dite de l’ «asphalte», là où les routes sont encore goudronnées. Mais que faire quand se déclenche une fusillade à 23 heures dans une favela de l’ouest de Rio de Janeiro ? Y envoyer de gaîté de cœur un jeune journaliste n’est pas simple, quand on sait qu’il risque d’être tué par un narcotrafiquant. L’envoyer en compagnie de la police est scandaleux, quand on sait que cette dernière tue souvent comme des chiens les jeunes croisés sur son chemin, prétendant par la suite qu’il s’agissait d’une légitime défense. Le rapporteur spécial de l’ONU Philip Alstom va d’ailleurs présenter aujourd’hui une version préliminaire de son texte sur les exécutions sommaires au Brésil, suite à une mission effectuée l’année dernière. Les conclusions sont accablantes. Que faire alors ? Ne plus couvrir la vie des millions d’habitants des favelas (40% de la ville de Rio de Janeiro, plus de 50 millions dans tout le Brésil) ? C’est décider de laisser mourir à petit feu dans la terreur cette population coincée entre la violence policière et la loi des gangs de narcotrafiquants. Jusqu’où la chasse d’un scoop vaut-elle la peine ? Un journaliste qui propose une enquête dans une favela est-il une tête brûlée ou un professionnel ? Celui qui s’y refuse est-il couard ou raisonnable ? La profession n’a pas de réponse à toutes ces questions. Lors d’un récent débat organisé par l’ONU à Rio de Janeiro sur les droits de l’homme et la presse, les rédacteurs en chefs confessaient s’en remettre le plus souvent à l’instinct journaliste. Que ceux qui « sentent » leur reportage y aillent. Six ans après la mort de Tim Lopes, un épisode pourrait marquer un nouveau coup d’arrêt aux enquêtes dans les favelas. Ce dimanche 1er juin, la rédaction du journal populaire « O Dia » a annoncé que deux semaines auparavant, une de ses équipes (une journaliste, un photographe et leur chauffeur) a été torturée…par des policiers ! Installés dans la favela du Batan depuis deux semaines, ils tentaient de raconter la vie quotidienne de ses habitants sous la tutelle d’une milice. Apparues il y a une vingtaine d’année, ces groupes armés formés de policiers, pompiers, et agents pénitenciers ont commencé à rançonner commerçants et habitants en échange de leur « protection ». Leur uniforme leur permettant d’imposer la loi, et de jouir de la complaisance des autorités. Ces quatre dernières années, les milices, qui contrôlent désormais 78 favelas se sont transformées en machine à terreur. Pour avoir voulu montrer cette réalité aux cariocas de Copacabana, Ipanema et Leblon, les journalistes de « O Dia » ont été battus, humiliés, frôlant l’asphyxie dans des sacs en plastique, et subi des chocs électriques. Tous ont cru subir le sort de Tim Lopes quand les policiers se sont amusés à jouer à la roulette russe avec un pistolet sur leurs tempes. Les officiers ont finalement décidé de les relâcher à 4h30 du matin, en pleine banlieue de Brésil. Pour cette fois
Billet de blog 2 juin 2008
Dans les favelas du Brésil, les journalistes en première ligne
Il y a tout juste six ans, le 2 juin 2002, mourait le journaliste Tim Lopez, dans une favela, à l’issue d’un supplice que les narcotrafiquants n’avaient jamais encore osé administrer à un envoyé de la presse.