Álvaro Uribe, Israël, et la mauvaise farce de l’ONU

De retour d’un mois de vacances, me voici de nouveau à pied d’œuvre, dans un Brésil qui commence à se plonger dans la campagne électorale – nous en parlerons beaucoup dans les prochaines semaines. La remise à flot a été rude, lorsque j’ai découvert, via internet, une nouvelle qui me semblait d’abord une blague de fort mauvais goût: Alvaro Uribe, le président colombien sortant, vient d’être nommé par le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki-moon vice-président de la commission chargée d’enquêter sur l'attaque meurtrière, le 31 mai dernier, de commandos israéliens contre la flottille transportant des centaines de militants pro-palestiniens et des tonnes d'aide destinées à Gaza.

De retour d’un mois de vacances, me voici de nouveau à pied d’œuvre, dans un Brésil qui commence à se plonger dans la campagne électorale – nous en parlerons beaucoup dans les prochaines semaines. La remise à flot a été rude, lorsque j’ai découvert, via internet, une nouvelle qui me semblait d’abord une blague de fort mauvais goût: Alvaro Uribe, le président colombien sortant, vient d’être nommé par le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki-moon vice-président de la commission chargée d’enquêter sur l'attaque meurtrière, le 31 mai dernier, de commandos israéliens contre la flottille transportant des centaines de militants pro-palestiniens et des tonnes d'aide destinées à Gaza. Álvaro Uribe, qui quitte officiellement la présidence le 7 août – il laisse place à Juan Manuel Santos – secondera ainsi le président de la commission, l’ex-premier ministre de Nouvelle-Zélande, Geoffrey Palmer. Et le secrétaire-général de l’ONU de se féliciter de la bonne volonté démontrée par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui vient d’accepter l’investigation de l’ONU sur l’épisode, après l’avoir longtemps rejetée. Ban a célébré un «accord inédit»… qui a tout de suite déclenché un mauvais rire dans toute l’Amérique latine, et notamment dans son pays.

Durant ses huit années de mandat, marquées par une bataille en grande partie gagnée contre la guérilla des Farc, Uribe, élu sur le slogan «je propose l’autorité» a été l’objet de nombreuses dénonciations de la part d’organisations des droits de l’homme, dans son pays comme à l’étranger. Elles relatent les exécutions sommaires, l’alliance douteuse avec des paramilitaires. En octobre 2008, un hebdomadaire a révélé des centaines d'exécutions extra-judiciaires attribuées à des soldats qui tuaient des civils avant de les présenter comme "morts au combat" pour obtenir des récompenses. Parallèlement, des centaines de syndicalistes ont été assassinés, allant jusqu’à troubler le Congrès américain qui a décidé d’en faire un prétexte pour ne pas accepter la mise en place de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Colombie signé par George Bush et approuvé par Barack Obama. Au cours de la seule année 2009, des 101 syndicalistes assassinés dans le monde, 48 l’étaient en Colombie.

Que peut-on attendre d’un tel homme lorsqu’on agitera devant ses yeux la liste des dix morts tombés sous les balles de l’armée israélienne ? Qu’on ne peut pas faire d’omelettes sans casser d’œufs ? Et quand on lui rappellera que l'attaque s'est produite dans les eaux internationales, ce qui est, en plus d’immoral, totalement illégal ? Ah, mais nous oublions que nous avons affaire à l’homme qui a ordonné le bombardement, le 1er mars 2008, d’un camp de guérilleros de Farc… en Equateur. Sans bien sûr aviser son homologue à Quito de cette violation de territoire unanimement condamnée dans la région.

On ne peut que se désoler que Ban Ki-moon, qui n’a jamais démontré son indépendance à l’égard des Américains, continue à fonder son espoir de décrocher un deuxième mandat, sur l’obéissance absolue aux ordres de Washington. Il y parviendra peut-être, mais la crédibilité de l’ONU, déjà sérieusement écornée au Proche-Orient, devrait prendre un nouveau coup à la publication du rapport de la commission, qu’on attend déjà comme une farce.

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