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Billet de blog 4 mai 2009

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Le Brésil devient une puissance pétrolière

Une fois de plus, la nouvelle est pratiquement clandestine dans la presse brésilienne, puisqu'elle est positive et favorable au gouvernement.

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Une fois de plus, la nouvelle est pratiquement clandestine dans la presse brésilienne, puisqu'elle est positive et favorable au gouvernement. Ce 1er mai, le Brésil a fêté, comme une grande partie du monde la fête du travail, mais aussi la première extraction de pétrole du gisement de Tupi, le premier d’une série découverte depuis la fin 2007. Ce pétrole a la particularité d’être enfoui à 7000 mètres sous le niveau de la mer, et d’être retenu par une couche de sel de 2000 mètres. Le phénomène géologique, provoqué par la séparation, il y a des millions d’années, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud a été surnommé « pré-sel ».

Extraire ce pétrole est une prouesse technologique qui rappelle à ceux qui n’en auraient pas pris conscience que la compagnie nationale Petrobras fait aujourd’hui partie des grands du secteur. Elle s’est particulièrement illustrée dans l’exploration en eaux très profondes, une technologie qui lui permet désormais de s’installer en Afrique, au Mexique et aux Etats-Unis.

Mais revenons au Brésil. La découverte de Tupi et de ses voisins aux noms tout aussi sympathiques - Carioca, Jupiter, Guara, Iara, Bem-Te-Vi, Caramba et Parati, entre autres – pourrait propulser le Brésil parmi les grands producteurs de pétrole du monde, et ainsi bousculer la géopolitique régionale. Aujorud’hui à la tête de 13 milliards de barils de réserve, le Brésil pourrait, selon les prévisions des spécialistes, en afficher bientôt 50,70, voire 90 milliards.

Comme toujours, cette manne peut être une chance, qui permettrait au Brésil de régler une partie des problèmes nationaux, et notamment le financement de l’éducation publique. Elle peut aussi s’avérer une malédiction, en tant que rente mal gérée, mal distribuée et assassinant toute bourgeoisie nationale. C’est d’ailleurs le schéma le plus répandu dans le monde.

Lula a pour l’heure pris de bonnes décisions. Il a gelé tous les futures concessions – celles qui ont déjà été signées seront respectées – afin que les multinationales n’emportent pas tous les fruits d’un pétrole découvert grâce aux soins de Pétrobras. Il envisage de créér un fonds similaire à celui qui existe en Norvège pour que les bénéfices aillent au financement de politiques sociales, d’éducation et de santé. En soulignant que la découverte du pré-sel est "une nouvelle indépendance pour le Brésil", le président compte bien mettre l'Etat au centre de sa gestion. Il reprend sa réthorique et les symboles du président Getulio Vargas, créateur de Petrobras en 1953. La photo ci-jointe, de Lula auprès du président de la Pétrobras, Sergio Gabrielli, est un clin d'oeil limpide pour tous les amoureux de l'histoire : Vargas, aborait avec la même fierté ces mains noires de pétrole.

Bien sûr, Lula n’est pas éternel, et l’issue de l’élection de 2010 pèsera lourd sur le futur de l’or noir.

Ce 1er mai fut l’occasion pour Lula de célébrer le Brésil, et le fait que les Brésiliens, entre autres grâce à cette découverte, apprennent à mieux aimer leur Brésil, et à en finir avec le complexe du «vira-latas » (chien batard) qu’ils gardent encore trop souvent lorsqu’ils se comparent aux Etats-Unis ou à l’Europe. Lula a provoqué un fou rire dans la salle, en se moquant de lui-même et de son vocabulaire. L’opposition, qui peine à attaquer le président sur son bilan et ses politiques, tente d’atteindre sa popularité en moquant, notamment sur internet (exemple ici : http://www.youtube.com/watch?v=7_PTP5qpjU4 ) les erreurs grammaticales d’un chef d’Etat qui n’a pas été au-delà du brevet d’études. Vendredi dernier, Lula s’est lancé dans un grand discours dont je vais essayer de traduire l’essence. « Cette première extraction de pétrole du pré-sal a une signification d’une transcendance incommensurable. Vous avez aimé ? «Transcendance incommensurable », les deux mots ensemble ? Je n’arrive pas à croire que c’est moi qui parle. Il n’y a pas longtemps, j’au dit « de façon concomitante». Si ça continue, je vais dire « en passant », et « condition sine qua non » [« en passant » en français dans le texte, est très prisé par l’élite brésilienne]. Pour quelqu’un qui est arrivé à la présidence en disant « menas laranjas » [une erreur typique des classes populaires, qui disent menas au lieu de menos, c'est à dire moins en français], c’est très chic non ? ». Allez vous moquer de cet homme après une telle sortie...