Lamia Oualalou
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Billet de blog 4 sept. 2010

Juliard, émigré brésilien, retrouvé dans le massacre de Tamaulipas, au Mexique

 Quand le téléphone a sonné, Alirio Fernando Aires a respiré avec soulagement, pensant que c’était son fils, Juliard, qui donnait finalement de ses nouvelles.

Lamia Oualalou
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Quand le téléphone a sonné, Alirio Fernando Aires a respiré avec soulagement, pensant que c’était son fils, Juliard, qui donnait finalement de ses nouvelles. Depuis son départ du logis, le 3 août, la famille était sans nouvelles. Juliard, vingt ans, tentait son rêve américain. Mais au bout du fil, le père n’a pas entendu la voix du jeune homme, mais celle d’un officiel d’Itamaraty, le ministère des affaires étrangères brésiliens. Il lui annonçait que son fils avait été identifié parmi les 72 corps retrouvés dans une ferme de l'État de Tamaulipas, près de la frontière avec les Etats-Unis. Fin août, alertée par un survivant, la police a découvert le charnier. Toutes les victimes, des migrants originaires d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale auraient été enlevés alors qu'ils tentaient de traverser le Mexique dans un camion, pour atteindre les Etats-Unis. Leurs kidnappeurs leur auraient proposé, selon le seul rescapé, un jeune Équatorien, un travail dans des conditions éreintantes et sous-payé. Ils ont tous refusé. Les criminels, qui se seraient présentés comme appartenant au gang des Zetas, leur ont alors recouvert les yeux d’un bandage, les ont alignés contre un mur, et fusillés.

Les Zetas sont connus pour cibler les désespérés d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud qui traversent le Mexique pour atteindre les États-Unis. Ils les enlèvent pour en faire de la main-d’œuvre pour le trafic, utiliser les femmes pour des réseaux de prostitutions, en faire des travailleurs esclaves, ou extorquer des rançons aux familles. Plusieurs associations de défense des droits de l'homme donnent le chiffre de 20 000 enlèvements de migrants par an. Le gouvernement mexicain conteste. La rançon obtenue n’est pas élevée puisqu’il s’agit de pauvres : de 1500 à 5000 dollars. Mais étant donné la quantité de personnes, c’est un marché juteux. Plus de 600 000 personnes tenteraient la traversée du Mexique chaque année.

Aux côtés de Juliard, se trouvait le corps d’Herminio dos Santos, 24 ans, lui aussi originaire de l’Etat du Minas Gerais, plus précisément de la région de Governador Valadares. Cette ville, dans cet Etat pourtant riche, est devenue la principale provenance d’immigrés brésiliens. Tout a commencé dans les années 1980, avec la crise économique et la décennie perdue. Depuis, même si l’emploi a repris dans la région, la tradition du départ se poursuit. Les « passeurs » circulent à leur aise et le tarif est connu de tous : il oscille, selon l’époque et la destination entre 9000 et 15 000 dollars. La dette peut être remboursée sur deux ans, les maisons et véhicules de la famille sont pris en garantie. En cas de non paiement, les menaces de morts et les passages à l’acte sont fréquents. Juliard savait que c’était dangereux, mais pas à ce point. Le drame rappelle à quel point le rêve américain reste fort, la perspective illusoire d’un argent facile. Il souligne aussi l’inaction des autorités, que ce soit au Brésil où le trafic est toléré, au Mexique, où le gouvernement se lave les mains du sort de ces milliers de clandestins, ou aux Etats-Unis, où la seule réponse d’Obama est de poster plus de soldats à la frontière.

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