En Argentine, un jugement historique

 Le passé n’en finit pas de déborder l’Argentine. Dix jours après avoir commémoré le trente-deuxième anniversaire du coup d’état de 1976, l’Argentine est ébranlée par une décision de justice historique. Tout a commencé il y a quelques mois quand Eugenia Sampallo Barragán, une jeune fille de trente ans, a découvert qu’elle n’était pas qui elle pensait être.

 

Le passé n’en finit pas de déborder l’Argentine. Dix jours après avoir commémoré le trente-deuxième anniversaire du coup d’état de 1976, l’Argentine est ébranlée par une décision de justice historique. Tout a commencé il y a quelques mois quand Eugenia Sampallo Barragán, une jeune fille de trente ans, a découvert qu’elle n’était pas qui elle pensait être. Ou plutôt, que ses parents n’étaient pas les siens. Pire : on avait éliminé ses parents, on l’avait enlevé à sa mère quand elle n’était qu’un nourrisson. Sa mère était une militante de gauche séquestrée dans un camp de torture clandestin par la dictature. Enceinte de plusieurs mois, elle a été préservée jusqu’à l’accouchement pour mettre au jour un enfant qu’on lui enlèverait au bout de quelques jours d’allaitement. Comme des centaines d’enfants nés entre 1976 et 1983, le temps de la dictature, Maria Eugenia a été offerte a une famille amie des militaires, en mal d’enfants.

 

On estime qu’ils sont environ 600, et un peu plus de 80 d’entre eux ont découvert leur véritable identité, grâce à la constance de l’association des grands-mère, qui ont recherché pendant trente ans des bébés dans la nature devenus de jeunes adultesLe crime de l’enlèvement de bébé est le seul qui n’a jamais été prescrit, ni couvert par aucune des lois d’impunités qui ont permis aux militaires d’échapper à la justice à partir de la fin des années 80. C’est ce qui a permis aux victimes de la dictature de maintenir le dictateur Videla (le premier de la junte militaire) sinon derrière les barreaux, au moins en garde à vue dominilaire.

Avec l’élection de Nestor Kirchner, puis de sa femme Cristina à la tête de l’Etat, la revendication des droits de l’homme a permis de reprendre les jugements contre les responsables de la dictature. Plusieurs auteurs d’enlèvements d’enfants ont été mis sous les verrous. Jamais pourtant les bénéficiaires de ce vol, qui ont reçu avec bonheur un bébé, en fermant les yeux sur son origine, n’ont été poursuivi par la justice, encore moins par leur fille. Les parents ont été condamnés à sept et huit ans de prison hier. « Ce ne sont pas mes parents, ils m’ont enlevée », a résumé la jeune femme, à l’énoncé de la sentence.

 

On peut se féliciter que le voile de silence soit levé en Argentine. Et voir que les psychanalystes, dont la densité à Buenos Aires est la plus importante au monde, ont encore de beaux jours devant eux...

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