Parmi les BRICS, le Brésil est le seul à réduire les inégalités

On se souvient de l’appellation BRIC, inventée par la banque d’affaires Goldman Sachs pour qualifier les quatre pays émergents – Brésil, Russie, Inde et Chine. Pendant longtemps, on a moqué ce regroupement, trouvant que le canard boiteux brésilien n’avait rien à faire auprès de partenaires si dynamiques. Depuis, les choses ont changé. Les Brics sont désormais flanqués d’un «S » pour Afrique du Sud, et l’embellie économique à Brasilia n’a plus rien à envier au reste du groupe. Bien sûr, la Chine et l’Inde continuent à afficher une croissance supérieure à celle du Brésil – c’est une constante depuis 1992 – mais ce n’est pas le cas quand on se penche sur la population. Une récente étude publiée par la Fondation Getulio Vargas (FGV), intitulée « Les émergents des émergents » souligne que le Brésil est le seul pays du groupe où la croissance s’est accompagnée d’une forte réduction des inégalités. Le revenu du cinquième le plus pauvre de la population a augmenté de 6,3% depuis 2000, contre une progression de 1,7% pour le cinquième le plus riche. En Chine, l’évolution est inverse : le quintile le plus favorisé a vu son revenu croître de 15,1%, le double des 8,5% alloués aux plus pauvres. Même tendance en Afrique du Sud, en dépit de la disparition de l’Apartheid. L’Inde et la Russie ne va pas mieux. « La distribution des fruits de la croissance a été plus ample au Brésil », insiste Marcelo Neri, le coordinateur de l’étude en soulignant l’impact en termes de mobilité de classe sociale. Depuis 2003, 39,5 millions de personnes ont quitté la pauvreté pour se hisser dans la classe moyenne. Le mouvement n’est pas propre au Brésil : sur 17 pays d’Amérique Latine, 13 ont réduit les inégalités entre 2000 et 2007.

Le Brésil a pris le bon chemin, mais il n’y a pas encore de quoi pavaner. La réduction continue des inégalités depuis dix ans a permis à l’indice Gini, qui mesure la concentration des revenus (il évolue entre 0 et 1, du plus juste au plus injuste) de passer de plus de 0,6 à 0,53. «On revient à peine au niveau d’inégalité des années 1960 », souligne Marcelo Neri, qui souligne que le Brésil reste encore un des pays les plus injustes du monde, avec une situation moins enviable, aujourd’hui encore qu’en Russie, en Inde ou en Chine. «Mais notre retard est énorme, nous sommes le dernier pays à avoir aboli l’esclavage, la tendance est en tous cas très positive », conclut-il. Les mesures comme Bolsa Familia (une allocation pour les familles plongées dans la misère) ont fait beaucoup. Mais pour changer la face du pays, il faudra désormais s’attaquer à des réformes de plus grande envergure, notamment celle du système fiscal, qui reste régressif. Politiquement, cette bataille est une autre paire de manches.

PS : J’ai disparu des radars quelques semaines, absorbée par des voyages, mais me revoilà aux commandes pour vous reparler de la région !

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