Le Brésil prêche la paix et exporte ses armes

On se souvient du rôle de médiateur, remarquable, qu’a tenté de jouer il y a trois ans le Brésil, aux côtés de la Turquie, entre l’Iran et les Etats-Unis. Le rapprochement a échoué, essentiellement parce qu’il servait peu les intérêts américains. Partout, l’exécutif brésilien – la présidente, et l’Itamaraty, le ministère des affaires étrangères- sont les premiers supporters du dialogue et du multilatéralisme. Cela n’empêche pas le pays d’être un des premiers à alimenter les conflits de ses armes.

On se souvient du rôle de médiateur, remarquable, qu’a tenté de jouer il y a trois ans le Brésil, aux côtés de la Turquie, entre l’Iran et les Etats-Unis. Le rapprochement a échoué, essentiellement parce qu’il servait peu les intérêts américains. Partout, l’exécutif brésilien – la présidente, et l’Itamaraty, le ministère des affaires étrangères- sont les premiers supporters du dialogue et du multilatéralisme. Cela n’empêche pas le pays d’être un des premiers à alimenter les conflits de ses armes.

Dernièrement, c’est sur la place Taksim, à Istanbul, que la technologie brésilienne s’est installée. Amnesty International a confirmé à Agencia Publica, un des meilleurs sites d’investigation brésiliens,  que le gaz lacrymogène utilisé par les forces de l’ordre contre les manifestants est en provenance du « gentil géant brésilien ».  Plus spécialement de l’entreprise « Condor », leader du secteur en Amérique latine – le nom Condor renvoie à d’autres souvenirs de la dictature tout aussi sinistres…

C’est l’initiative privée me direz-vous ? Eh bien, l’Agência Publica nous démontre qu’elle a bénéficié d’un sérieux coup de pouce de Brasilia : il y a moins d’un mois, les entreprises nationales sont arrivées en force pour la foire internationale de défense qui se tenait à Istanbul, avec l’appui de l’Agence brésilienne de Promotion des exportations et des investissements. On n’en saura pas beaucoup plus, puisque le Ministère de l’Industrie, toujours prompts à mettre en avant les exportations brésiliennes refuse de faire savoir les chiffres de ventes d’armes à l’étranger. L’utilisation de ces armes supposées non létales et qui tuent souvent est pourtant remise en cause au sein même du Brésil, où un groupe s’est constitué autour de l’ONG « Tortura Nunca Mais », pour la dénoncer.

En cinq ans, le Brésil a exporté la bagatelle de 4,5 millions d’armes légères, à Bahrein, dans les Emirats, en Turquie. La valeur de ces exportations, peu scrutées par la presse qui se concentre sur les armes lourdes, a triplé entre 2005 et 2010, faisant du pays le quatrième exportateur d’armes légères du monde, derrière les Etats-Unis, l’Italie et l’Allemagne. Le tout grâce à un solide lobby, qui obtient de l’aide de tous les organes publics de crédit et de promotion.

Le marché extérieur n’est bien sûr pas le seul à être alimenté par l’industrie nationale. Selon une étude de l’institut Sou da Paz, 70% des armes appréhendées par la police auprès de criminels ont été produites au Brésil, en finissant avec le mythe des frontières poreuses à la contrebande de Bolivie ou du Paraguay. Et comme la transparence est inexistante dans le secteur – les entreprises ne sont pas tenues de faire connaître leur production, la seule façon d’estimer la quantité d’armes en circulation est de voir combien sont vendues légalement, un chiffre dont disposée l’armée : entre 2005 et 2010, la bagatelle de 4,3 millions d’armes ont ainsi été introduites dans le pays, toutes de fabrication nationale. Au passage, rappelons que quelque 35 000 personnes meurent chaque année au Brésil à la suite d’un – ou plusieurs - coup de feu, une proportion seulement comparable à un pays en guerre.

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