Quand le Brésil découvre l’«autre France »

 L’image de la France est un peu malmenée ces derniers temps au Brésil. La « patrie des droits de l’homme » qui a inspiré beaucoup de Républicains latinoaméricains – Rio de Janeiro et Buenos Aires se rêvaient en Paris des Tropiques

 

L’image de la France est un peu malmenée ces derniers temps au Brésil. La « patrie des droits de l’homme » qui a inspiré beaucoup de Républicains latinoaméricains – Rio de Janeiro et Buenos Aires se rêvaient en Paris des Tropiques pour prendre de la distance à l’égard de leurs anciennes colonies, l’architecture de l’époque le rappelle - est réduite depuis quelques mois en terre de ragots sur les amours de Nicolas Sarkozy (le retour de Cécilia, le divorce, le remariage etc...). Dimanche dernier, le quotidien « Folha de Sao Paulo » a porté le coup de grâce en dédiant une page au général Paul Aussaresses, 89 ans, interviewé suite à la publication de son dernier ouvrage, « Je N'ai Pas Tout Dit - Ultimes Révélations au Service de la France ». Rien de nouveau pour ceux qui ont suivi de près l’histoire de la France en Algérie, et en particulier d’Aussaresses. Dans son ouvrage, il rappelle que bien après la fin de la guerre, il a été envoyé entre 1973 et 1975 en tant qu’attaché militaire. Nous sommes alors en pleine dictature au Brésil. Aussaresses évoque avec nostalgie son amitié avec les chefs successifs de la junte, et ceux des services secrets, en particulier de João Baptista Figueiredo. Son travail était alors de former et de collaborer avec les chefs de la dictature, jugeant que « la torture est nécessaire quand elle peut sauver des innoncents ». Il évoque la mort d’une femme, que les services lui ont auparavant présenté, déjà difficilement reconnaissable, et la qualifie d’ « acte de défense ». Aussares rappelle que son rôle premier était d’être bien renseigné pour permettre à la France de vendre le plus d’armes possibles au Brésil. On peut retrouver l’entretien sur le site de journal, du moins pour les abonnés (http://www1.folha.uol.com.br/fsp/brasil/fc0405200809.htm)

Pour de nombreux lecteurs Brésiliens, cette lecture fut une surprise. Impossible d’imaginer ce double jeu de la France, quand, à la même époque, les régimes de Pompidou et de Giscard d’Estaing pouvaient recevoir à Paris les exilés latino-américains, faisant de la ville lumière le phare de la démocratie. Le ministre des droits de l’homme brésilien a montré l’interview lors d’une conférence organisée à Rio de Janeiro. Pour lui, elle est le signe qu’aucun pays, même les plus reconnus dans le champ des droits de l’homme, n’est à l’abri de dérapages et d’hyporcrisie. Mais il salue la sincérité du général, préférable au cynisme de l’armée brésilienne, qui continue à prétendre qu’il n’y a pas eu de torture sous le dictature

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