Près de quatre ans après son lancement au Brésil, la « Bolsa Familia », la « bourse famille » fait l’unanimité dans le monde entier comme mécanisme pour sortir une les misérables de la faim et de l’exclusion. Près de onze millions de foyers (environ 60 millions de Brésiliens) reçoivent tous les mois une somme modique (environ 30 euros par foyer), ce qui leur permet de répondre aux besoins de base. En échange, les familles s’engagent à vacciner leurs enfants et à les envoyer régulièrement à l’école.

 

Comme il fallait s’y attendre, Bolsa Familia est une des principale sources de popularité du gouvernement Lula chez les plus pauvres. L’allocation est régulièrement dénoncée par la grande presse, majoritairement alliée à l’opposition, et qui s’étonne que cinq ans et demi après son arrivée au pouvoir, l’ex-métallo soit toujours aussi populaire qu’au premier jour. Ce n’est pas le Parti des Travailleurs de Lula qui s’en plaint, mais la Banque Mondiale, qu’on ne peut soupçonner d’être trop à gauche.

 

Dans une récente étude, des chercheurs de l’institution s’étonnent que la presse s’intéresse plus aux ratés administratifs voir aux détournement marginaux de Bolsa Familia qu’à son impact positif sur les exclus. L’étude s’est penché sur six journaux, dont trois quotidiens nationaux à partir de 2001. L’objectif est de comparer l’appréciation par les journaux des programmes de transferts de revenus sous le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso (conservateur) à celle de « Bolsa Familia » de Lula.

 

L’étude constate que les journaux sont beaucoup plus indulgents à l’égard de Fernando Henrique qu’à l’égard de Lula, dont le programme est pourtant beaucoup plus ambitieux. Ils soulignent que les articles dédiés à la fraude aux allocations représentaient 10% de ce qui était écrit sous le premier, contre 50% sous le second. De fait, le succès de « Bolsa Familia », qui comme tout programme de distribution de revenus a ses limites, provoque une colère incompréhensible dans la classe dirigeante.

 

Récemment, certains députés de droite se sont étonnés que certains foyers utilisent l’allocation non seulement pour manger, mais aussi pour s’équiper en électroménager, en particulier réfrigérateur. Ce qui devait être salué comme un progrès est dénoncé comme un scandale.

 

Certains vont plus loin, en se demandant si les bénéficiaires de Bolsa Familia pouvaient avoit le même droit de vote que les autres... La nostalgie du vote censitaire est toujours forte dans certaines couches de la population.

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