Au Mexique, les immigrés illégaux sont les nouvelles cibles des enlèvements

Il ne s’agit ni d’Ingrid Bétancourt en Colombie, ni de la fille du millionaire Macri en Argentine, et c’est pour cela que dans les mairies de France et de Navarre, personne ne s’inquiète de leur disparition. Pourtant, tous les jours une moyenne de 54 immigrés illégaux sont séquestrés au Mexique. C’est le résultat d’une terrifiante enquete qui vient d’ etre publiée par la commission nationale des droits de l’homme (http://www.cndh.org.mx) . La majorité viennent du Honduras. Ils traversent la frontière sud du Mexique pour tenter d’atteindre l’eldorado américain, pour beaucoup, ils n’ atteignent meme pas la frontière nord.

Selon la commission, qui a interviewé des dizaines de victimes rescapées pendant six mois, dans des abris de l’Eglise catholique pour immigrés sans papiers, les enlèvements se font dans les trains, au milieu de la nuit, en l’absence de témoins. Les immigrés illégaux sont des proies faciles : les Americains ont entrainé la police mexicaine à les traquer pour limiter leur avancée vers le nord. Ils préfèrent donc les trajets obscurs, peu fréquentés et organisés par des mafias de toutes sortes. Les victimes des enlèvements sont ensuite livrées au travail esclave ou à la prostitution. La commission a calculé qu’au total 9758 personnes ont été séquestrées de la sorte entre septembre 2008 et septembre 2009. Officiellement 3 personnes sont enlevées tous les jours au Mexique, mais comme le rappelle la commission, ces cas ne sont pas dénoncés à la police puisqu’il s’ agit de personnes sans famille et dans l’ illégalité. Selon ses calculs, les deux tiers viennent du Honduras, 18% de El Salvador, et 13% du Guatemala. Les rançons exigées à leurs familles dans leur pays d’origine varient de 1500 à 5000 dollars, une fortune pour ces familles qui fuyaient la misère en espérant travailler aux Etats-Unis. Dans plusieurs cas, des membres des autoritès mexicaines auraient participé aux enlèvements. Le rapport est publié quelques jours après que le représentant de l’Institut national de l’Immigration dans l’ etat méridionnal du Yucatán, Hernán Vega Burgos, ait été démis de ses fonctions soupçonné de participer à un réseau de trafic de personnes.

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