C’est un des films les plus attendus de la rentrée 2010 au Brésil. Le metteur en scène Fabio Barreto vient de terminer le tournage de « Lula, fils du Brésil », un film sur le chef d’Etat brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, ou plutôt sur son extraordinaire trajectoire, de gamin misérable du Nordeste au sommet de la République, en passant par vendeur de tapioca dans les rues de Sao Paulo, ouvrier métallurgique, brillant syndicaliste et créateur du Parti des Travailleurs.
A vrai dire, le film, basé sur l’excellente biographie de Denise Parana, (la meilleure, malheureusement non traduite en français), s’arrête à la mort de la mère de Lula, alors syndicaliste en butte avec la dictature, sorti de prison pour assister à l’enterrement. Le reste de l’histoire, qui le mènera à la Présidence est dans tous les esprits. Le slogan du film est clair : « vous connaissez cette homme, mais vous ne connaissez pas cette histoire ».
Dans le reste du monde, l’équipe de marketing envisage de lancer le film en jouant sur l’exclamation d’Obama, il y a deux semaines : « this is the man ! ». Ce sera quelque chose comme : « Vous savez que Lula est LE gars, mais vous ne connaissez pas son histoire ».
Le film compte surfer sur l’extraordinaire popularité du président, des acteurs populaires, et sur les aspects véritablement romanesques de son histoire, pour battre des records d’affluence. Il a tout intérêt : pour éviter toute polémique, le gouvernement a annoncé que les grandes entreprises publiques (Petrobras, BNDES, etc..) qui sont les principaux financeurs du cinéma brésiliens, ne pourraient pas y investir. Pour que l’investissement soit rentable, les producteurs calculent qu’il faudrait attirer au moins quatre millions de spectateurs dans les salles pour que l’affaire soit rentable. C’est considérable : il y a peu de salles de cinéma au Brésil, les places sont très chères, alors que la piraterie fait rage.
Depuis 1995, seuls trois films ont réussi à dépasser la barre des quatre millions de spectateurs : Se Eu Fosse Você 2 (Si j’étais toi 2), sorti cette année, 2 Filhos de Francisco (2 Fils de Francisco), en 2005 et Carandiru en 2003. Les producteurs ont toutefois réussi à attirer plusieurs grosses entreprises, qui cherchent à associer leur image à celle du président, dont la popularité, malgré la crise économique, dépasse 75%, et ce, au bout de six ans et demi de mandat.
Si le film est un succès, ce sera une première pour le cinéma, puisqu’aucun grand film n’est traditionnellement financé sans coup de pouce fiscal ou d’entreprises publiques. Je vous livre ici un petit florilège de scènes, avant la sortie sur les écrans en 2010, année électorale qui verra un nouveau président (ou présidente) succéder à Lula.