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Billet de blog 17 août 2009

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Le Brésil veut protéger ses indiens de la grippe A

Alors que plus de 2,5 millions d’enfants et d’adolescents reprennent le chemin de l’école après des vacances d’hiver prolongées dans plusieurs états par peur de la contamination de la grippe A, le Brésil se bat sur un autre front

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Alors que plus de 2,5 millions d’enfants et d’adolescents reprennent le chemin de l’école après des vacances d’hiver prolongées dans plusieurs états par peur de la contamination de la grippe A, le Brésil se bat sur un autre front : il veut éviter que la maladie ne décime une population plus fragile encore, celle des Indiens, en particulier ceux qui sont dans des réserves, ou pire encore, isolés. Dans leur majorité, ils n’ont jamais été confrontés à la quantité de maladies qui circulent dans les villes, et sont à ce titre, beaucoup plus vulnérables. La Funai, (fondation brésilienne des indiens) vient donc de décider d’interdire jusqu’à nouvel ordre l’accès des réserves indiennes à tout non-indien, en espérant ainsi limiter la propagation du virus. C’est la mort d’un bébé indien, âgé de trois mois, la semaine dernière, à Sao Vicente, sur le littoral de Sao Paulo, qui a alerté les équipes sanitaires. Une autre mort dans le Para, en Amazonie est en cours d’évaluation.

La grippe A est responsable de la mort de près de 300 personnes au Brésil, depuis le début de l’hiver austral. Les autorités espèrent que la situation s’améliore à partir de septembre, en particulier dans le sud, où le froid est vif. Le taux de mortalité reste peu élevé (inférieur à 0,5%) même si on constate que les femmes enceintes sont beaucoup plus fragiles. Mais chez les Indiens, il peut s’avérer beaucoup plus élevé du fait de leur absence d’immunité contre les maladies extérieures et de leur taux élevé de maladies chroniques telles que le diabète ou les dysfonctionnements cardiaques.

Le Brésil n’est pas le seul pays d’Amazonie à craindre la contagion. Le département régional de santé de Cusco (Pérou) a annoncé que sept Indiens matsigenka, qui vivent le long du rio Urubamba en Amazonie péruvienne, sont atteints par le virus. L’ONG Survival, qui travaille à la protection des peuples indigènes dans le monde entier a tiré la sonnette d’alarme sur les mrots en Amazonie, mais aussi en Australie. Selon Survival, près d'un Aborigène sur dix meurt de la grippe A, alors que leur espérance de vie est déjà de 15 à 20 ans inférieure à celle des non-Aborigènes. Au Canada, le taux d'infection parmi les communautés des Premières Nations au Manitoba est de 130 pour 100 000, alors qu'il n'est que de 24 pour 100 000 parmi la population dans son ensemble.

Au Pérou, la préoccupation est plus grande encore car la communauté infectée vie à proximité d’Indiens pratiquement isolés du monde, avec lesquels ils maintiennent des contacts intermittents. L’arrivée de la grippe A pourrait provoquer leur disparition totale. Stephen Corry, le directeur de Survival International a qualifié ces nouvelles comme «très alarmantes ». Il rappelle que les peuples isolés à travers le monde sont déjà confrontés aux bûcherons et fermiers illégaux ainsi qu'aux braconniers et touristes zélés qui empiètent sur leurs territoires et leur transmettent des maladies contre lesquelles ils n'ont aucune immunité. « En période de pandémie, il est encore plus urgent de reconnaître et protéger leurs droits territoriaux avant qu'il ne soit trop tard », conclut-il.