Sur la question de l'immigration, le Brésil prône la réciprocité

Pour un Occidental, se faire refouler à une frontière d’un pays en voie de développement relève de l’ineptie. Comment ne pas laisser entrer des touristes, les poches pleines de dollars (ou mieux encore, d’euros), et susceptibles ainsi, de travailler au développement de pays pauvres au soleil ? C’est pourtant ce qui arrive aux Espagnols depuis plus de deux semaines au Brésil. Tous les jours, des touristes venus de Madrid, débarqués dans les villes de Recife ou de Fortaleza pour connaître les plages du Nordeste, sont renvoyés chez eux, pour ne pas satisfaire les règles de l’immigration brésilienne. Etonnant de la part du Brésil, incontestablement l’un des pays les plus ouverts du monde.

Le scandale a commencé quand plusieurs Brésiliens se sont vus interdire l’entrée dans l’Union Européenne, suite à un brutal renforcement des règles à Madrid, mis en place à la veille des élections espagnoles, le gouvernement sortant de José Luis Zapatero voulant sans doute démontrer sa fermeté dans la lutte contre l’immigration clandestine. Les agents à la frontière sont mal tombés : ils ont isolé, humilié et insulté des enseignants invités à une conférence à Lisbonne. L’affaire a fait scandale. Certes, des milliers de Brésiliens tentent tous les ans de s’installer ailleurs, souvent de façon illégale. Mais percevoir des chercheurs brésiliens reconnus comme des demandeurs d’asile en Europe a provoqué un important malaise.

Le gouvernement Lula a pris mouche et rappelé que pour le Brésil, c’est la réciprocité qui prime. Les touristes américains l’ont déjà appris à leurs dépens il y a quatre ans : il a suffit à Washington d’imposer aux touristes brésiliens de laisser leurs empreintes digitales à l’entrée pour qu’une mesure identique soit mise en place dans les aéroports brésiliens. Bien que soucieuse de relancer le tourisme – moins de cinq millions d’étrangers visitent le Brésil chaque année - la première puissance latino-américaine est déterminée à faire comprendre que le monde a changé, et que ni l’Espagne, ni les Etats-Unis ne peuvent la considérer comme un acteur périphérique.

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