Au Brésil, sur l’environnement, les bonnes surprises viennent de là où on ne les attend pas

Les amoureux de l’Amazonie craignaient le pire pour cette année 2010 : la croissance économique qui ne cesse d’être revue à la hausse, devrait dépasser cette année 7%, synonyme, traditionnellement d’abattage massif d’arbres dans les forêts.

Les amoureux de l’Amazonie craignaient le pire pour cette année 2010 : la croissance économique qui ne cesse d’être revue à la hausse, devrait dépasser cette année 7%, synonyme, traditionnellement d’abattage massif d’arbres dans les forêts. En année électorale, le dérapage est souvent catastrophique, les agents de l’Etat ayant souvent pour consigne de regarder de l’autre côté pour ne pas fâcher l’électeur.

 

Et pourtant, les premiers calculs du gouvernement, appuyés par ceux des ONG, pourtant peu suspectes de complaisance, soulignent un miracle : 2010 devrait afficher les plus bas indices de déforestation de l’histoire. Selon une évaluation de l’Inpe, l’institut national chargé du suivi de la destruction en Amazonie, cette dernière aurait diminué de 48% par rapport à l’année dernière. L’ONG Imazon est plus mesurée, avec une baisse de 16%. Dans tous les cas, la tendance est d’autant plus remarquable qu’en 2009, la croissance a été nulle, du fait de la crise économique mondiale.

 

Les ONG reconnaissent que cette diminution est le résultat direct de l’action du gouvernement, qui a augmenté le nombre de contrôle. Le plus important fut le décret présidentiel de Lula interdisant à toutes institutions financières publiques de prêter de l’argent aux agriculteurs considérés comme destructeurs. A l’époque, un bras de fer avec entre le gouvernement et les producteurs ruraux avait provoqué le départ de la ministre de l’environnement Marina Silva. Contrairement à ce qu’elle prévoyait, la bataille s’est poursuivie, et son successeur, Carlos Minc, a maintenu et étendu les mesures contre la déforestation. Le gouvernement a mis en place une liste noire de 43 municipalités sur lesquelles l’attention s’est accrue. Selon Imazon, dans 43 de ces régions, la déforestation a fortement baissé.

 

Finalement, sans pour autant opter pour un discours «environnementaliste », l’équipe de Lula, conduite à l’époque par son bras droit Dilma Roussef, actuelle favorite des sondages pour lui succéder, semble avoir pris mesure de l’urgence de changer de cap. C’est une excellente surprise.

 

En face, Marina Silva est une énorme déception. En décidant de lâcher le gouvernement, et de se lancer dans la course présidentielle, elle a fait naître l’espoir d’un discours alternatif, qui ferait d’autant moins de concessions à la politique politicienne qu’elle n’a, depuis le début, aucune chance de l’emporter. On attendait de Marina un coup de fraîcheur, des propositions innovantes, dans un Brésil dominé par le discours positiviste et « développementiste ». Elle a opté pour des alliances douteuses, au sein d’un parti vert connu pour son opportunisme absolu, sans aucune idéologie politique, prêt à appuyer n’importe qui en échanger d’un poste ici ou là.

 

Son discours, durant la campagne, est totalement à la remorque de celui de l’opposition de droite, ou de l’agenda imposé par la grande presse. Là encore, pas la moindre imagination, ni innovation. Elle veut capitaliser les voix sur le thème de l’éthique, et le vote protestataire, ce qui la conduit à tenter de se faire séductrice sur sa droite. Au bout du compte, elle réunira peut-être ainsi 8, 10 ou 12% des suffrages, mais sans servir la cause environnementaliste, et pour se retrouver sans mandat, les ponts coupés avec les futures autorités. Le parti vert en sortira gagnant : en capitalisant sur son nom, et sa réputation, il élira plus de députés que prévu. Marina y aura beaucoup perdu. Sa biographie, remarquable, méritait mieux que cela.

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