Une révolution au Paraguay ?

Quel est le parti aujourd’hui le plus vieux parti du monde au pouvoir. Le parti communiste chinois ? Erreur ! C’est le Parti Colorado, qui préside aux destinées du Paraguay depuis 1947. Soixante et un an !!! Une formidable machine qui s’est accommodée aussi bien de la dictature (Alfredo Stroessner pendant 35 ans) que de ce qu’on appelle pudiquement la « transition démocratique ». Jouant sur une rhétorique nationaliste, le parti se maintient depuis1947 grâce à un réseau clientéliste très performant.
Quel est le parti aujourd’hui le plus vieux parti du monde au pouvoir. Le parti communiste chinois ? Erreur ! C’est le Parti Colorado, qui préside aux destinées du Paraguay depuis 1947. Soixante et un an !!! Une formidable machine qui s’est accommodée aussi bien de la dictature (Alfredo Stroessner pendant 35 ans) que de ce qu’on appelle pudiquement la « transition démocratique ». Jouant sur une rhétorique nationaliste, le parti se maintient depuis1947 grâce à un réseau clientéliste très performant. Pour être employé public, il faut avoir sa carte « colorado ». Pendant un temps, elle était même nécessaire pour prétendre entrer à l’université. Résultat : sur 2,8 millions d’électeurs, quelques 1,6 millions sont membres du Parti. Un record quand on se rappelle que le Paraguay n’abrite que 6 millions d’habitants. Sans accès à la mer, condamné à une croissance molle, le pays créé si peu d’emplois que la majorité des jeunes s’exile vers l’Argentine, l’Espagne et les Etats-Unis. Il suffit au colorado que proposer une multitude d’emplois inutiles dans les administrations et les grandes entreprises, pour s’attacher la fidélité de ceux qui n’ont pas pu partir. Et quand cela ne suffit pas, la fraude vient donner un coup de pouce supplémentaire. On achète des voix, ou plus simplement ; on corrompt le chef du bureau de vote. L’efficacité des Colorado est telle que les membres de la formation politique en ont fait un slogan : si demain, le parti colorado présente Donald Duck aux élections présidentielles, le canard le plus fameux du monde sera élu chef d’Etat. Les temps ont peut être changé. Pour la première fois, le Paraguay pourrait aujourd’hui connaître une véritable révolution comparable à celle qu’a connue e Mexique en 2000 en se défaisant de l’autorité du Parti révolutionnaire institutionnel, au pouvoir depuis 70 ans. Un candidat, Fernando Lugo, prétend l’emporter, contre le parti Colorado. Il sort de nulle part. Il y a encore 16 mois, il était encore évêque de la province de San Pedro, une des plus pauvres du Paraguay. Bien sûr, c’est un digne hériter de la théologie de la libération, la doctrine née en Amérique Latine faisant des pauvres la priorité de l’Eglise. Le Vatican a tout fait pour l’empêcher de se présenter, démontrant son désolant alignement actuel avec les politiques les plus conservatrices du sous-continent latino-américain. Fernando Lugo est-il la réponse à tous les problèmes du Paraguay, alors qu’un gros tiers de la population vit avec moins de deux dollars par jour ? Bien sûr que non. En cas d’élection, sa marge de manœuvre serait très faible, et dépend énormément des voisins, qu’ils soient lointains, mais important (les Etats-Unis), ou immédiats, (Argentine et Brésil). Mais son élection, annoncée par tous les sondages, et par les premières estimations de sortie d’urnes (à l’heure qu’il est, le recomptage des voix a déjà commencé), soulignerait un double tournant. Au niveau national, il démontrerait que le Paraguay est peut-être en train de tourner la page d’une démocratie formelle pour un véritable jeu politique transparent, avec tous les risques qu’il présuppose. Au niveau régional, la boucle serait presque bouclée : la Colombie deviendrait le seul gouvernement conservateur de la région, avec une alliance revendiquée avec les Etats-Unis.

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