Dunga, le football brésilien, et l’arrogance de la Globo

Dimanche soir, après la belle victoire du Brésil contre la Côte d'Ivoire - il était temps ! - les téléspectateurs ont vu avec consternation l'entraineur, Dunga, terminer sa conférence de presse en baissant la voix, mais suffisamment pour être entendu de tous, pour insulter Alex Escobar, un journaliste de la chaîne Globo.
Dunga xinga jornalista Alex Escobar da Globo © CompanhiadoVideo
Dunga xinga jornalista Alex Escobar da Globo © CompanhiadoVideo
Dunga xinga jornalista Alex Escobar da Globo © CompanhiadoVideo

Dimanche soir, après la belle victoire du Brésil contre la Côte d'Ivoire - il était temps ! - les téléspectateurs ont vu avec consternation l'entraineur, Dunga, terminer sa conférence de presse en baissant la voix, mais suffisamment pour être entendu de tous, pour insulter Alex Escobar, un journaliste de la chaîne Globo.

« Trouillard, petit merdeux », marmonne-t-il en substance. L’épisode, rapporté par la même télévision Globo, sur un ton indigné paraît absurde. Pourquoi l’entraîneur gaucho – c’est-à-dire issu de l’Etat du Rio Grande do Sul, le plus méridional et donc le plus froid du Brésil- prendrait-il plaisir à insulter un journaliste? L’interprétation de la Globo est simple, il s’agit du mauvais caractère de cet homme incapable de se tenir, même après la victoire de son équipe. Le lendemain, les autres véhicules du géant médiatique (le journal O Globo, ses variantes régionales, et les radios) reprennent en chœur, estimant qu’il devrait être puni par la Fifa, n’hésitant pas à interviewer des psychanalystes sur ce comportement si étranger à la traditionnelle bonhommie brésilienne Et de conclure que c’est une attitude « incompatible » avec son poste.

Parallèlement, pourtant, la vraie presse travaille. Globo, né avec la dictature, qu’il a bien servi et qui le lui a bien rendu, a beau continuer à être le premier groupe de médias, avec une intégration tant horizontale que verticale, il n’est plus tout à fait le seul. L’émergence d’internet, notamment, a permis de voir apparaître une presse alternative de qualité, dénonçant les montages systématiques de « patrons de presse» habitués à faire et défaire les rois. La concurrence des autres groupes, loin d’être alternatifs mais soucieux de gagner en audience, fait le reste.

Un journaliste, Mauricio Stycer, a ainsi dévoilé, grâce à un scoop, les dessous de l’affaire. Tout d’abord, Globo est furieuse contre Dunga depuis le choix de l’équipe finale. En excluant des étoiles populaires, comme Ronaldo, Ronaldinho et Adriano, grands joueurs aussi connus pour leur talent que pour leurs caprices et leur propension à grossir, Dunga a déjà fâché le média qui se veut pas excellence populaire. Par ailleurs, il a provoqué son courroux en refusant que les caméras suivent les entrainements de joueurs afin d’éviter qu’ils soient soumis à de fortes pressions, comme cela a été le cas en 2006. Faut-il préciser que Globo, intime de la Confédération Brésilienne de Football (CBF), a l’exclusivité de cet accès ? Les sponsors sont également furieux : les images du terrain d’entrainement sont normalement autant de publicités, via les tenues des joueurs.

Dimanche, l’autonomie de Dunga a atteint un summum inacceptable pour Globo. Mauricio Stycer révèle que la chaîne avait fait un accord avec Ricardo Teixeira, le président de la CBF, pour pouvoir interviewer trois joueurs en exclusivité juste à la fin du match, parmi lesquels Luis Fabiano, auteur de deux buts – dont un qui emprunte au Pelé de 1958 et au Maradona de 1986 – pour le programme dominical nocturne « Fantastico ». Dunga a refusé. Alex Escobar était justement en train d’expliquer cela au téléphone à ses collègues au Brésil, en protestant : « c’est insupportable, Dunga ne veut pas ». Le voyant, l’entraineur lui demande, « il y a un problème ? », avec un petit sourire (à voir dans la vidéo). Et l’autre de répondre « ce n’est pas à toi que je parle ». Face à la dérobade d’Escobar, Dunga laisse tomber son mémorable « petit merdeux » dans les oreilles de toute la presse.

Loin de moi l’envie de faire l’apologie des gros mots, mais il est remarquable, et jouissif, de voir un entraineur s’opposer à la puissance de la Globo, et lui signifier que pour le moment en tous cas, il est seul maître à bord. La chaîne réagit avec violence car laisser-faire reviendrait à accepter de perdre sa situation de monopole, qui fait que tous, acteurs, sportifs et politiques lui mangent dans la main en comptant sur sa bienveillance face aux millions de Brésiliens qui la regardent tous les soirs. Bravo Dunga. Juste pour cela, il faut espérer que le Brésil emporte la Coupe, sans quoi l’entraineur sera trainé dans la boue par le média vengeur. Mais petit à petit, même dans le très anti-démocratique paysage audio-visuel du Brésil, les choses changent.

Pour les lusophones, je joins une excellente parodie de la scène, via un détournement d’un film américain. L’acteur qui incarne Dunga est Michael Douglas. Drôle à mourir : http://www.youtube.com/watch?v=NKMbpLzldws

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