Pour « Le Monde », Lula est l’homme de l’année

C’est la première fois que le quotidien du soir décide de distinguer une personnalité. Et c’est sur le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva que Le Monde a jeté son dévolu.

C’est la première fois que le quotidien du soir décide de distinguer une personnalité. Et c’est sur le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva que Le Monde a jeté son dévolu.

Rien de bien original, beaucoup de quotidiens latino-américains en avait fait de même, tout comme le quotidien El Pais, qui mettait en avant l’ex-métallo comme politique de l’année.

 

La revue Time a décidé d’en faire autrement en choisissant Bernanke, le président de la réserve fédérale, l’autorité monétaire qui à leurs yeux a sauvé l’économie américaine du naufrage. Pas original donc, mais le choix en dit long non seulement sur l’action du chef d’Etat brésilien – il ne faudrait pas au passage oublier les lacunes de son gouvernement, nombreuses – et surtout sur la récente prise de conscience par les élites françaises que le monde a changé.

Ce n’est pas Lula, c’est le Brésil. Qu’un quotidien français prenne conscience que la politique mondiale ne dépend plus seulement des cinq membres du conseil de sécurité, et que l’homme politique le plus populaire du monde n’est pas Obama, mais Lula, est un changement qu’il faut saluer. En espérant qu’il contamine le reste de la presse française, mais aussi la rédaction du Monde.

Ces dernières années, à mesure que le Brésil montait en puissance ou du moins la révélait, à mesure que l’Amérique Latine en général s’affichait comme l’un des laboratoires politiques les plus intéressants du monde, en tous cas les plus progressistes, la presse française continuait, pour des raisons économiques, à diminuer le nombre de pages dédiées à l’international, à devenir de plus en plus nombriliste, et dans les meilleurs des cas, européennes. Cela frustre journalistes et lecteurs curieux de l’étranger, et c’est surtout dangereux, en cultivant une vision du monde désormais dépassée, tant sur le terrain politique qu’économique.

Les grands groupes de demain ne sont pas seulement américains, français ou allemands. Ils viennent désormais d’Inde, du Brésil et de Chine. Choisir Lula est bon signe : ce n’est pas le politique aux accents paternalistes qu’on applaudit, mais le syndicaliste qui avec le temps, se fait véritable humaniste.

Et ne boudons pas notre plaisir de voir la presse et l’élite brésilienne trépigner en découvrant que Le Monde, qu’ils tiennent en si haute estime sans même le lire, a choisi celui qu’ils méprisent comme homme de l’année.

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