Au Brésil, la Fifa regrette l'excès de démocratie

Rien ne vaut une bonne dictature pour organiser une Coupe du Monde. C’est du moins ce que semble penser le Français Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fédération internationale de Football (Fifa), qui vient de se plaindre de l’excès de démocratie au Brésil, pays hôte de la prochaine compétition, en juin 2014.

Rien ne vaut une bonne dictature pour organiser une Coupe du Monde. C’est du moins ce que semble penser le Français Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fédération internationale de Football (Fifa), qui vient de se plaindre de l’excès de démocratie au Brésil, pays hôte de la prochaine compétition, en juin 2014. « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête d'un Etat qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c'est plus facile pour nous les organisateurs qu'avec un pays comme l'Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux », vient-il de déclarer lors d’une conférence de presse à Zurich.

Le casse-tête de Valcke, ce n’est pas les risques –enfin, la certitude - de surfacturation dans la réalisation des stades, la corruption à tous les niveaux, les quartiers populaires rasés pour construire des aires de stationnement à proximité des stades, l’explosion des loyers, les expulsions de familles, non, le problème, c’est la démocratie d’un Etat fédéral. « Là-bas, le système politique est divisé en trois niveaux, fédéral, régional et municipal. Il y a différentes personnes, différents mouvements, différents intérêts et c'est assez difficile d'organiser une Coupe du monde dans ces conditions», résume le dirigeant.

Cette version moderne du «pain et des jeux », n’est pas exclusive au Français, qui s’est dit mal interprété. Elle reflète ce qui semble être une véritable philosophie de la Fifa. Valcke a en effet été appuyé par le président de l’institution, Sepp Blatter, qui se félicitait de la qualité de l’organisation de la Coupe du Monde en Argentine, en 1978, au pire moment de la junte militaire. Selon lui, la compétition était « une forme de réconciliation du public, du peuple argentin, avec le système, le système politique, qui était à l'époque un système militaire ». Les proches des 30 000 disparus ou morts de la dictature, tout comme ceux qui ont vécu dans leur chair la torture ou l’exil, et la disparition d’une classe politique et syndicale toute entière sauront apprécier.

Ces déclarations ont provoqué un scandale au Brésil où le gouvernement avait déjà fort peu gouté, l’année dernière, la menace d’un « coup de pied au derrière » du même Valcke mécontent des retards dans l’organisation. Le Français avait également critiqué la décision du gouvernement brésilien de réserver un nombre important d’entrées au stade à moitié prix pour personnages âgées, les étudiants, et les familles recevant Bolsa Familia, l’allocation aux plus misérables. On ne sait pas si le Brésil et sa jeune démocratie emporteront la Coupe en 2014, comme l’ont fait les Argentins en 1978, transformant le football en objet de propagande de la dictature. Mais l’Etat dans l’Etat qu’est devenu la Fifa a réussi à se faire détester, ces dernières années, par tous les progressistes de ce pays.

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