Lamia Oualalou
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Billet de blog 26 nov. 2009

Le train du funk réaffirme la musique des favelas

Lamia Oualalou
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Vous pensez tout connaître de la musique brésilienne : boléros, bossa nova, samba, et même MPB, la fameuse musique populaire brésilienne ? Erreur : l’attraction du moment, depuis quelques années, c’est le funk brésilien. Surgi à Río de Janeiro dans les années 1970, cette musique au rythme rapide, influencé par le Miami bass, de Floride a un répertoire très particulier, qui va de l’érotisme (souvent à la limite de la pornographie) à la revendication politique, évoquant l’existence précaire des jeunes pauvres et noirs des périphéries. En ce sens, il est identifié comme la musique de la favela, ce qui n’empêche pas les gosses de la classe moyenne de s’encanailler en fréquentant les « bailes funk », de gigantesques rassemblements dansants à ciel ouvert au milieu des favelas.

Depuis quelques mois, ces bailes funks sont au cœur de la polémique. Prétextant qu’ils sont aussi une occasion pour les narcotrafiquants de mesurer leur forces, les autorités tentent de les interdire dans toutes les favelas où elles arrivent à s’imposer. Pour les jeunes, c’est le signe évident de la discrimination sociale : interdit-on la moindre activité culturelle dans les quartiers chics d’Ipanema ou Copacabana ?

Cette semaine, les cariocas ont voulu profiter de la commémoration de la journée de la « conscience noire » pour revendiquer leur droit à danser le funk et son côté « bon enfant », en tous cas, pas dangereux.

La masse des « funkeiros » a loué tout un train, avec à son bord 1800 personnes dansant furieusement au rythme du concert, donné par les musiciens rassemblés dans le wagon de tête. La fête a même eu droit à la visite prestigieuse du chanteur de samba Neguinho de l’école Beija-Flor. Une présence vécue comme une façon de saluer et défendre cette musique.

Le trajet a duré une heure et demi de délire, dans une chaleur suffocante et la bonne humeur. Malgré les interdictions des premières minutes, les vendeurs ambulants se sont rapidement fait une place, alimentant les danseurs de bière fraiche.

Et comme nous sommes à Rio de Janeiro, les jupes, très courtes, n’ont pas provoqué de huées, comme à Sao Paulo, mais des applaudissements. Espérons que la manifestation, qui a été répercutée par les télévisions, souligne à la classe moyenne que le funk, ce n’est pas seulement la drogue et la violence, c’est aussi l’allégresse d’une jeunesse qui, par ailleurs, n’a pas beaucoup l’occasion de profiter de la vie.

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