Lamia Oualalou (avatar)

Lamia Oualalou

Journaliste

Pigiste Mediapart

250 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 janvier 2009

Lamia Oualalou (avatar)

Lamia Oualalou

Journaliste

Pigiste Mediapart

Le Forum Social Mondial investit l'Amazonie brésilienne

Lamia Oualalou (avatar)

Lamia Oualalou

Journaliste

Pigiste Mediapart

Ils sont venus ils sont tous là, quelques 120 000 personnes, en provenance de 150 pays, pour répéter au monde qu’un « un autre monde est possible ». La neuvième édition du Forum social mondial est revenue au Brésil, après avoir démabulé entre l’Inde, le Venezuela, le Kenya, et connaître une édition éclatée en 80 points l’année dernière. Mais au traditionnel Porto Alegre dans le sud fu pays, les altermondialistes ont préféré cette fois Belém, l’une des capitales de l’Amazonie. Un véritable casse-tête d’un point de vue pratique. La ville est compliquée d’accès quand on arrive de l’étranger, et le nombre de lits proposés par les hôtels est ridiculement bas. Résultat, les prix des chambres connaissent une inflation considérable, alors qu’une grande partie des visitants finissent pas se rendre chez l’habitant, gratuitement, ou pour une somme symbolique. Il y a bien sûr le traditionnel « camping de la jeunesse », sur lequel s’entasse les tentes en tous genres. Mais ceux qui n’ont pas investi dans du matériel de bonne qualité auront une mauvaise surprise. Nous sommes en Amazonie, et c’est la saison des pluies. Tous les jours,à 15 heures, avec la régularité d’une horloge, une trombe d’eau inonde la ville pendant une demi-heure. Puis le soleil revient avec toute sa force et sa chaleur humide.

Choisir Belem a pourtant également plusieurs mérites. L’Etat du Para, dont la ville est la capitale, est un bon exemple de la bataille entre deux modèles de développement. D’un côté, un capitalisme prédateur qui dévaste l’Amazonie (17% de sa surface a déjà irrémadiablement disparu au cours des cinquante dernières années), des multinationales qui s’installent et s’approprient les biens de la nature, des terres de façon le plus souvent illégale et prétendent, comme la fait une entreprise japonaise, imposer des patentes sur des espèces végétales uniques à l’Amazonie. Ici, l’imposition de l’argent se fait de la façon la plus violente. Quelques 876 personnes ont été tuées au cours des trente dernières années, entre mouvement des paysans sans terre, religieux et syndicalistes. Pour faire baisser le prix de la main d’oeuvre, certains n’hésitent à réduire leurs travailleurs à l’esclavage. Quant aux peuples indigènes, premiers habitants de l’Amazonie, et seuls véritables garants de sa préservation, ils payent le plus souvent de leur vie cette conquête économique. En face, le mouvement des sans terre, les leader indigènes, une poignée de maires assurent qu’un autre développement est possible, que choisir le respect de la nature et des petites exploitations agricoles ne rime pas toujours avec la marche arrière. Leur argument tombent souvent dans le vide. Quand les multinationales s’installent, elles dévastent, mais créent de l’emploi. C’est un cercle vicieux : le capitalisme chasse les habitants de la région de leurs zones d’origine, les renvoie au périphérie des villes où ils s’entassent dans la misère, et offre à une poignée du travail pour survivre. Les autres iront, faute d’options, couper du bois de façon illégale et tenter de planter du riz dans une clairière. Eux-mêmes deviennent des dévasteurs, dénoncés dument par la presse locale, aux ordres des puissants – ici, ce n’est pas une métaphore. La boucle est bouclée. Reste à voir si ce Forum, inauguré hier par une formidable marche sous la pluie, peut apporter des réponses, alors que le monde connaît la pire crise économique et financière du dernier siècle.