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Billet de blog 30 mars 2009

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Lula et la crise aux yeux bleus

Quand Lula a pris la parole, le premier ministre britannique Gordon Brown, en visite au Brésil, n’en a pas cru ses oreilles. Durant la conférence de presse, l’ex-ouvrier métallo n’y a pas été par quatre chemins.

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Quand Lula a pris la parole, le premier ministre britannique Gordon Brown, en visite au Brésil, n’en a pas cru ses oreilles. Durant la conférence de presse, l’ex-ouvrier métallo n’y a pas été par quatre chemins.

« La crise a été provoquée par le comportement irrationnel de Blancs aux yeux bleus, qui semblaient tout savoir avant la crise, et démontrent aujourd'hui qu'ils ne savaient rien », a lancé Lula durant la conférence de presse commune. Et lorsqu’un journaliste britannique lui a demandé s'il s'agissait d'un « parti pris idéologique », le chef d’Etat a répondu qu’il n’en était rien. « Ce n'est pas une vision idéologique. C'est une constatation de fait. Nous voyons qu'une fois de plus, une grande partie des pauvres du monde qui ne participent même pas à la mondialisation sont les premières victimes », a répondu Lula. Il a ajouté qu'il ne connaissait aucun banquier noir ou indien. Gordon Brown, qui a les yeux clairs, a eu du mal à dissimuler la gêne. Inutile de dire que même si la phrase peut sembler de mauvais goût, elle en a fait jubiler plus d’un, marquant malgré tout par sa justesse.

La presse brésilienne, qui, dans sa majorité, a en horreur le président en dépit de sa popularité, s’est aussitôt emparée de ce racisme «à l’envers». Les journaux se sont empressés de rechercher aux Etats-Unis des Noirs à la tête des banques. « Le président s'exprime beaucoup par métaphores, et c'en était une », a déclaré Marco Aurelio García, bras droit de Lula pour les questions internationales. « Les métaphores ne s'expliquent pas, elles ont leur propre évidence, et chacun en a une version », a-t-il ajouté.

Ce week-end, le chef d’Etat brésilien persiste et signe, soulignant ce sentiment d’injustice qui étreint l’Amérique du Sud, qui connaissait jusqu’alors une phase de croissance inédite, combinée à une gestion rigoureuse de ses comptes publics. « Le monde entier paye le prix de l’échec de l’aventure irresponsable de ceux qui ont transformé l’économie mondiale en un gigantesque casino », a affirmé Lula, lors du sommet des « progressistes », réunissant pour la sixième fois depuis 1999 les chefs d’Etat qui croient en la « troisième voie », c’est-à-dire un capitalisme à visage humain.

On aimerait que la presse s’émeuve autant à voir les millions de personnes qui perdent leur emploi, quand de grands banquiers continuer à réclamer des bonus.