En politique, il faut toujours être modeste : en 2002, alors que tous les sondages donnaient l’ex-métallo Lula gagnant, les analystes s’échinaient à expliquer que la lune de miel ne durerait pas, que nouveau président heurterait bientôt ses rêves (vous vous souvenez ? « N’ayons pas peur d’être heureux !») contre la dure réalité. En 2005, deux ans après son arrivée au pouvoir, un scandale de corruption et son habile exploitation signifiaient pour la majorité que le syndicaliste avait fait son temps. Et pourtant : bientôt six ans après avoir été élu pour la première fois, Lula n’a jamais été aussi populaire selon une enquête dévoilée par Sensus. L’action du gouvernement est plébiscitée par 57,5%, un record. L’image du président est plus populaire encore : 69,3% des Brésiliens se disent contents de son travail à la tête de l’Etat. Plus d’une moitié des Brésiliens verraient même d’un bon œil une modification de la constitution lui permettant de briguer un troisième mandat. Bien sûr, la première explication de cette popularité record est la bonne santé de l’économie, en forte croissance, et à la création record d’emplois formels ainsi qu’à la mise en place et à l’amplification de programmes sociaux depuis 2003. Mais l’autre clef de cette réussite est la fidélité de Lula à la « vieille politique », faite de meetings, rencontres, et embrassades. Six ans après son arrivée au pouvoir, le président mouille sa chemise au sens fort du terme. Il ne passe pas plus de trois jours d’affilée dans le palais présidentiel de Brasilia, si coupé du reste du pays. Lula parcourt en permanence le pays de long en large, avec depuis quelques mois un motif : lancer personnellement les travaux d’infrastructures du Programme d’accélération de croissance (PAC), débuté l’année dernière. Le Président contourne ainsi sans problème les grands médias (principaux journaux, mais aussi télévision) qui lui sont souvent ouvertement hostiles avec une idée simple : son charisme fait fureur, et chacun des Brésiliens venu le rencontrer à un meeting saura partager son opinion positive avec ses voisins, parents, enfants et collègues de travail. Dans un pays où on adore raconter sa vie, les spécialistes calculent que chaque personne converse avec trente de ses contacts dans la semaine qui suit un événement comme un meeting. Un travail de fourmi, avec un effet multiplicateur certain.A six mois d’élections municipales cruciales, plusieurs candidats devraient en prendre de la graine. Partout, les alliances entre partis se font moins en fonction d’affinités et de programmes communs, mais pour accumuler le temps de télévision (chaque parti a droit, selon son importance, à des minutes de publicité gratuite sur le petit écran). Progressivement, s’est établie l’idée qu’une campagne politique revient à une campagne publicitaire, et que cette dernière se gagne à la télévision. Rien d’étonnant que la population se sente si éloignée de ces politiques, et de plus en plus proche de Lula, malgré le temps qui passe.
Billet de blog 30 avril 2008
Le président Lula plus populaire que jamais
En politique, il faut toujours être modeste : en 2002, alors que tous les sondages donnaient l’ex-métallo Lula gagnant, les analystes s’échinaient à expliquer que la lune de miel ne durerait pas, que nouveau président heurterait bientôt ses rêves (vous vous souvenez ? « N’ayons pas peur d’être heureux !») contre la dure réalité.