Les étudiants pauvres, «véritables héros» du Brésil

Rio de Janeiro, ses plages, sa langueur... Le touriste de passage, séduit par la bonne humeur des Brésiliens, et le temps qu’ils prennent avec l’étranger– sans donner l’impression de le perdre – arrive rapidement à la conclusion que la culture du travail se résume ici à un «doucement le matin, pas trop vite le soir ».
Rio de Janeiro, ses plages, sa langueur... Le touriste de passage, séduit par la bonne humeur des Brésiliens, et le temps qu’ils prennent avec l’étranger– sans donner l’impression de le perdre – arrive rapidement à la conclusion que la culture du travail se résume ici à un «doucement le matin, pas trop vite le soir ». Qu’il rentre dans la vie active, ou pénètre dans une université et il découvre le rythme de bataillons de Brésiliens, alignant des journées infernales. Avec le sourire.

 

Bienvenu dans le monde des étudiants pauvres, qui ont décidé de se rebeller contre leur destinée de reproduction de la misère de métiers peu qualifiés en s’inscrivant à l’université. Contrairement aux jeunes d’Ipanema ou de Leblon, les plages les plus chics de la ville, ils doivent travailler pour payer ces études. Et si les étudiants des beaux quartiers se rendent en cours à pied – les plus paresseux comptent toutefois sur leurs chauffeurs – eux habitent dans de lointaines banlieues. Ils doivent prendre deux à trois bus supplémentaires, parfois agrémentés de passage par des trains surbondés, pour avoir droit au savoir.

« Les Brésiliens pauvres qui étudient et travaillent sont de véritables héros », a résumé Marcio Pochman, le directeur de l’Ipea (Institut d’études économiques appliquées) lors d’un séminaire organisé dans la ville de Curitiba. « Ils se soumettent à des journées d’au moins 16 heures : huit de travail, quatre d’études, quatre autres de transport. C’est plus que ce que faisaient les ouvriers du XIXe siècle », dit-il. Il a fallu au Brésil cent ans, après la proclamation de la république, en 1889, pour universaliser l’accès à l’enseignement scolaire de base. Tout cela au prix d’une duperie, car les ressources dédiées à l’éducation n’ont elles, pas augmenté, restant autour de 4,1% à 4,3%, impliquant une chute de la qualité de l’enseignement du fait de sa massification.

Et l’école pour tous reste une utopie. Selon le directeur de l’Ipea, on compte encore 400 000 Brésiliens de moins de 14 ans en dehors du système scolaire. Quand on prend en compte les moins de 16 ans, le chiffre bondit à 3,8 millions. Le Brésil est aujourd’hui la septième puissance mondiale, selon son produit intérieur brut, mais 10% de la population est totalement analphabète, et près de 45% est considérée comme analphabète fonctionnel, c’est-à-dire capable de déchiffrer un texte, sans en comprendre la portée. «Il est très difficile de se dire une démocratie dans ce contexte », conclut Marcio Pochmann.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.