Décrochons Macron: procès de Lewis le 10 novembre à Montpellier

Pour avoir décroché le portrait présidentiel de la mairie d’Assas, il est convoqué devant les tribunaux pour “vol en réunion” et risque 5 ans de prison et 75000€ d’amende. Lewis, gilet jaune et militant écologiste, avait participé à cette campagne menée par ANV-Cop21, qui visait à dénoncer l’inaction de nos politiques face à l’urgence climatique et sociale.

Un rassemblement de soutien aura lieu devant le Tribunal Judiciaire de Montpellier, le 10 novembre à 10h, lors duquel se tiendra “le procès de l’inaction climatique”.

Cette campagne de décrochage s’inscrit dans les effets secondaires de “l’Affaire du Siècle”, une campagne pour la justice climatique initiée par quatre ONG (Greenpeace France, Oxfam France, la Fondation pour la Nature et l’Homme, et Notre affaire à tous) et appuyée par une pétition signée par plus de 2 millions de citoyens. Ayant jugé “inacceptables” les réponses apportées par le gouvernement, qui a déclaré vouloir “maintenir le cap” quant à son traitement des questions écologique et climatique, ces quatre ONG déposent finalement le 14 mars 2019 un recours contre l’État devant le tribunal administratif de Paris, afin de le contraindre à respecter les termes de l’Accord de Paris sur le Climat (Cop21) et de faire acter dans la loi la notion de préjudice écologique.

En décrochant les portraits de Macron, les activistes laissent un vide symbolisant l’inaction politique. Ainsi, 149 portraits ont été décrochés, ce nombre correspondant aux jours à partir desquels chaque année, les êtres humains sont en dette écologique à l’égard des ressources naturelles de la planète. Lors du contre-sommet du G7 à Bayonne et Hendaye en août 2019, tous ces portraits ont été brandis tête en bas lors d’une manifestation.

Action non-violente, répression étatique

Une campagne qui n’est visiblement pas du goût des pouvoirs publics, puisque ceux-ci ont quasi-systématiquement poursuivi les activistes y ayant participé, en dépit du coût modique (9,90€) des portraits “volés”. Ainsi, 127 personnes ont accumulé 1461 heures de garde à vue, 86 ont été perquisitionnées et 80 ont été poursuivies dans le cadre de 34 procès. C’est aussi le cas de Lewis qui, perquisitionné à son domicile le surlendemain de l’action, a été placé en garde-à-vue à la gendarmerie de Clapiers. L’action réunissait pourtant 16 militant·es de différents groupes dont Arrêt du Nucléaire 34 ou Extinction Rebellion.

Bien préparé·es à la judiciarisation qui suivrait leur action non-violente, les militant·es d’ANV-Cop21 ont conçu cette campagne pour prendre l’exécutif à son propre jeu. En déclenchant une forme de répression judiciaire par l’intermédiaire du parquet, celui-ci braque en fait les projecteurs médiatiques sur la campagne de décrochage et permet une visibilité certaine à ces actions et aux thématiques qu’elles portent.

Les méthodologies de ces militantismes nouveaux, qui tendent à se populariser à l’échelle de la planète, basées sur des actions non-violentes et une gestion intelligente des effets induits par le système politico-médiatique, sont elles-mêmes préparées à une réponse ferme de la part des instances étatiques. “La répression de l’État tend à le ridiculiser, et finit par servir au mouvement.nous expliquait l’an passé une militante d’ANV-Cop21 Montpellier.

Une répression qui ne manquait pas de se produire tant les mouvements écologistes sont depuis plusieurs années la cible de l’État, qui a par ailleurs mis en place une cellule spécifique nommée Déméter pour entraver et criminaliser leurs actions lorsqu’elles “portent atteinte au monde agricole”. Localement, la Mule a en outre, depuis bientôt deux ans, pu suivre la répression à laquelle font face les militant·es de l’Amassada, et qui a culminé récemment avec le procès d’un militant pour “jet de feuilles d’origine végétale”.

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