Montpellier en colère contre la Loi de Sécurité Globale

Amorcée à Montpellier grâce à l’intense implication du récent collectif Danger Loi Sécurité Globale, réunissant de nombreux collectifs militants et des citoyen·nes, la mobilisation contre la proposition de loi sécuritaire très décriée pour ses mesures proprement liberticides a connu une franche réussite pour son premier acte, avec une manifestation où ont défilé plusieurs milliers de personnes.

Montpellier #LoiSécuritéGlobale - Union contre la démocratie floutée © La mule du pape

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Le cortège s’est dans un premier temps réuni devant l’Hôtel de Police, où des policiers nationaux avaient prévu une petite haie d’honneur voulue intimidante sur le parvis, craignant peut-être que de dangereux·ses citoyen·nes ne prennent d’assaut le bâtiment… Avant de se mettre en route en direction du centre-ville, en s’étoffant à vue d’oeil et se déclinant sur tout le long du boulevard de Strasbourg.

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On a pu constater la présence de très nombreux collectifs ou associations militant pour les droits comme la Ligue des droits de l’Homme, Droit au Logement, le Syndicat des Avocats de France, Haction, BDS, ou la Cimade, mais aussi écologistes tels qu’Arrêt du Nucléaire 34, ANV-Cop21, Extinction Rebellion ou la ZAD du LIEN, des partis politiques de la gauche d’opposition notamment. Ainsi qu’une multitude de visages inconnus et sans bannières : de très nombreux citoyen·nes inquiet·es par la radicalisation sécuritaire du gouvernement et soucieux de manifester leur désaccord à la proposition de loi. Les Gilets jaunes n’étaient pas en reste, puisque différents groupes étaient aussi présents. On pouvait également noter la présence du comité Justice pour Mohamed Gabsi.

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Après avoir rejoint le centre-ville par la gare Saint-Roch, le cortège s’est un temps joint à l’action menée par le collectif féministe Nous Toutes sur la place de la Comédie, où quelques prises de paroles se sont tenues avant de rejoindre la Préfecture pour faire entendre aux oreilles de l’État la colère populaire. Les collectifs organisateurs de la marche se sont succédé pour discourir et dénoncer l’extrémisme sécuritaire du gouvernement, et la situation sociale explosive dans laquelle la succession de politiques néolibérales injustes et inégalitaires a mené le pays ces dernières décennies. Décriées étaient ces mesures venant répondre à la fronde sociale qui gronde depuis maintenant plusieurs années, et aux retombées que la misère engendre dans la société : surveillance par drones et reconnaissance faciale, extension des pouvoirs de la police municipale, possibilité pour les forces de sécurité privées de faire usage des armes dites sublétales, responsables de centaines de mutilations en France.

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L’article 24, adopté hier par l’Assemblée Nationale, vient donner la possibilité à la police de tenter de criminaliser toute diffusion d’images d’agents identifiables, en laissant reposer la détermination postérieure du délit par les juges sur la notion floue de volonté “d’atteinte à [leur] intégrité physique ou psychique“. Une mesure qui entraverait largement la liberté de la presse et d’observation, permettant l’interpellation de journalistes comme de tout·e citoyen·ne “soupçonné·e” de répondre au délit. Une disposition légale qui rendrait ainsi possible à la police d’écarter les observateurs indiscrets.

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Sous les yeux des gendarmes mobiles déployés autour de la Préfecture, les paroles ont été dures contre un gouvernement et sa majorité qui font la sourde oreille sur bien des aspects, aux aspirations de la société civile, et qui, incapables de faire face à l’urgence sociale, économique, ou climatique, activent le tout répressif en ouvrant un boulevard pour l’extrême droite. Et c’était bon à entendre, à voir, comme à ressentir le retour dans l’espace public de la chaleur humaine, du contact, des sourires et des éclats de rires, de l’écho des voix et des chants, bien que dissimulés par la multitude des masques, toujours libérés, sincères, et empreints d’espoir, de colère et de joie.

La batucada a ensuite dragué les manifestant·es pendant plusieurs dizaines de minutes avant que ne vienne l’heure des Gilets jaunes, et sa manifestation fantôme… (reportage à venir) Pour l’heure, la lutte contre la loi de Sécurité Globale ne fait que commencer, alors qu’elle doit entamer la navette avec le Sénat et peut-être subir le passage au Conseil Constitutionnel. Le collectif Danger Loi Sécurité Globale appelle ainsi à la mobilisation continue de toutes et tous.

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Photographies : Alix D ; Clara Maillé ; Ricardo Parreira

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