Anti Pass sanitaire : 7000 manifestant·es à Montpellier, le mouvement s’enracine

Serions-nous à l’aube d’un nouveau et massif mouvement social spontané en France ? La question mérite d’être sérieusement posée après ce second samedi de mobilisations partout dans l’Hexagone, et alors que la manifestation qui s’est tenue à Montpellier a réuni environ 7000 personnes au beau milieu de l’été. Mais que penser de cette omniprésence de drapeaux français, ou encore des « La police avec nous ! » ?

#PassSanitaire - 7000 manifestant·es à Montpellier, le mouvement s'enracine © La mule - Le média qui s'entête

Serions-nous à l’aube d’un nouveau et massif mouvement social spontané en France ? La question mérite d’être sérieusement posée après ce second samedi de mobilisations partout dans l’Hexagone (161 000 manifestant·es selon les chiffres officiels), et alors que la manifestation qui s’est tenue à Montpellier a réuni environ 7000 personnes au beau milieu de l’été, après les 5000 de la semaine précédente. C’est sur la place de la Comédie et sous une chaleur écrasante que les opposant·es au Pass sanitaire anti-Covid se sont réuni·es en faisant montre d’une détermination certaine. Le cortège a bruyamment manifesté pendant plusieurs heures dans et autour du centre-ville, revendiquant la liberté du choix de se faire vacciner ou non, et dénonçant la gestion autoritaire de la crise sanitaire par le gouvernement d’Emmanuel Macron.

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Des figures commencent à émerger de ces rassemblements où l’on constate une majorité de primo-manifestant·es dont la diversité sociale est frappante, et qui évoluent parmi de nombreux Gilets jaunes, des soignant·es, mais aussi des antivax ou des mouvements de « ré-information » tels que Reinfocovid. Si certains slogans présents sur les pancartes vont parfois d’assertions complotistes en références douteuses à l’Allemagne nazie ou à la Résistance, la foule s’accorde cependant autour de quelques mots d’ordre unis : « Liberté ! », « Le pass sanitaire, on n’en veut pas ! » ou encore un déroutant « Aaaa-a Anti, Anti Pass sanitaire ! Aaaa-a ! »

Sans pour autant réduire à ces quelques slogans clés l’ampleur et la diversité des propos. D’ailleurs, beaucoup de manifestant·es en ont déjà gros contre les médias, accusés d’amalgamer l’ensemble du mouvement aux discours anti-vaccins ou complotistes. Les paroles entendues semblent pourtant majoritairement raisonnées et tolérantes : « Vaccinés et non-vaccinés ensemble, on veut tous avoir le choix ! » proclamera un orateur en blouse blanche. « On n’est pas contre la vaccination, on est contre la vaccination… obligatoire ! » La présence de soignant·es opposé·es à leur vaccination contrainte est acclamée par la foule. Au-delà de tout débat sur les mesures sanitaires de la gestion de cette crise du Covid, c’est la question des libertés fondamentales qui est largement posée par le cortège.

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Mais que penser – ce mouvement connaissant ses premières répressions à Paris et dans d’autres villes – de cette omniprésence de drapeaux français, de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », et notamment de ces « La police avec nous ! » ? À Montpellier, comme à l’aube des Gilets jaunes : pas encore de violences policières, et une foule globalement très pacifique, bienveillante, patriote. Ces premières secousses de la France en colère contre la gestion sanitaire prennent parfois des airs de début du mouvement fluo, mais sans le ferment socio-politique anticapitaliste évident qui en avait fait l’étincelle du renouveau du mouvement social. Et c’est ce qui interroge, pour la suite de ce mouvement anti Pass sanitaire.

L’abondance de références au patriotisme et à l’imaginaire antisystème conspirationniste propose un terreau particulièrement propice à l’inclusion de mouvances d’extrême-droite, à laquelle les anticapitalistes devraient rester particulièrement attentifs. Notamment en raison du nombre impressionnant de la population mobilisée, et d’un profil néo-militant qui se pourrait volontiers prêter à la confusion idéologique. Si l’immense majorité de la mobilisation correspond au fameux principe « apolitique » plusieurs fois martelé dans les discours tenus aujourd’hui, il n’en reste pas moins que des mouvances présentes en nombre ce jour, flirtent plus ou moins avec l’extrême-droite, quand elles ne s’en revendiquent pas.

La réaction d’une sphère politicienne consciente de la proximité des élections présidentielles sera également sans doute cruciale quant à l’évolution du mouvement. À Paris, celui-ci est d’ores et déjà en partie chapeauté par l’ex-RN Florian Philippot. Mais les commentaires parfois outranciers de figures de la droite comme de la gauche quant à cette mobilisation anti Pass sanitaire, et le silence radio des syndicats en dehors de certains aspects sociaux du projet de loi, pourraient globalement, à l’heure où les liens entre pandémie et logique néolibérale sont avérés, contribuer à laisser ce mouvement hors de contrôle et constituer une ouverture pour la contestation anticapitaliste, comme il en fut des Gilets jaunes.

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