Professionnels du dire et du mentir.

 

Les professionnels du verbe nous offrent des mots intelligents pour remplacer ceux qui pourraient nous venir spontanément. Exemples :

Un jour, on apprend que certains se déclarent résidents d'un autre pays afin d'échapper à l'impôt. "Déserteurs fiscaux" pourrions-nous penser. Mais les journalistes ont réussi à nous convaincre d'utiliser plutôt le terme d' "exilés fiscaux". C'est vrai que ça vous a un air de rebelle, un côté Victor Hugo à Guernesey, et les employeurs (déserteurs fiscaux) de ces journalistes les ont félicités de leur trouvaille.

Quand on est chômeur, on "offre des compétences", mais pour ceux qui nous régentent, on est un "demandeur d'emploi". Médiocre image de soi, n'est-ce pas ?

L'Etat n'ayant pas de production automobile, il en "achète" à une compagnie qui sait le faire. L'Etat n'ayant pas de production artistique ou d'idée pour lutter contre le chômage "subventionne" les artistes et les organismes d'insertion. Mendiants ! Profiteurs !

Une des prérogatives d'un Etat est de répartir légitimement la richesse produite par ses citoyens. Plutôt que "Etat répartiteur" on trouve plus correct d'employer le terme d' "Etat providence". Feignants !

"Employés jetables" n'est pas très facile à énoncer lors d'un comité d'entreprise, on nous donne "restructuration de la production". Beaucoup plus managérial.

 

Il y en a tant de ces mots ennemis d'une pensée autonome. Nous en connaissons des tas !

Et nous, nous employons ces mots, et nous pensons avec ces mots. Merdre !

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