J’ai toujours été surpris de ma capacité à haïr. Toujours.
Jeune, je me sentais un peu coupable de ne pas être gêné par ce sentiment, sentiment que je trouvais d’ailleurs beaucoup plus tiède que ne le disait le curé chargé du catéchisme : " La haine brûle les âmes, la haine est l’antichambre de l’enfer ! " Je n'avais jamais ressenti l'élévation de température à laquelle il faisait allusion. J'ai pu vérifier plus tard que cette variation thermique était plutôt la conséquence de la colère que de la haine. Ce n’était qu’un mensonge convivial de plus, mis en place par des gens qui évoluent à l’aise dans un monde injuste.
J'avais dit un jour à ce curé que je n’aimais pas beaucoup les gens, et il m’avait rétorqué que la haine était un sentiment désagréable à Dieu, donnant du même coup un nom à ce que je ressentais, à ce sentiment qu’il fallait que, d’après lui, il fallait que j’extirpe de mon âme pour être agréable à Dieu.
Mais le plus surprenant pour moi fût le regard qu’il me jetait pendant que je lui faisais la description de ce que je ressentais devant les adultes, lui y compris.
Ce regard, pendant un instant, j’y avais reconnu le mien !
Sans aucun doute, il a dû par la suite demander pardon à Dieu de s’être laissé emporter par un sentiment si peu en harmonie avec son sacerdoce, mais par la suite, j’ai souvent revu cet accent dans ses yeux lorsqu’il me regardait. C’est grâce à ces intégrés si peu intègres que la haine m’est devenue une compagne, sinon agréable, du moins facile à vivre et très bien tolérée par mon organisation interne. Cette haine n’a rien à voir avec le désir de nuire provoqué par le besoin de vengeance, ou avec le désir de nuire provoqué par la jalousie, pas du tout ! Le carburant de ma haine était, et est encore, le contraste entre ce qu’on me dit être le bien et ce que je vois faire, entre les paroles et la réalité.
Ma haine est une haine molle.
Elle a perdu de sa dureté avec l'utilisation forcenée que j'en ai faite dès le début de ma fréquentation de ce qu'on appelle les adultes. Il va falloir que je la trempe!