Pour Ben

"La plus grande des misères ne vous autorise pas à tuer", titre d'un billet de Ben.

Comment ne pas être d'accord ? Un statut autorisant un citoyen (hors militaires et assimilés) à tuer un être humain, et ce, quel que soit l'itinéraire de vie de ce citoyen, n'existe pas dans notre société.

Nous vivons dans un état de droit dans lequel la seule violence autorisée est la violence d'état, et où on ne se fait pas justice soi-même.

Et pourtant, des gens tuent. Certains tuent indirectement mais sont protégés par les lois qu'ils ont inspirées à nos dirigeants et législateurs. Ces cupides sont régulièrement dénoncés, et ce n'est pas de ceux-là dont il est question.

Je ne veux pas innocenter les petits cons qui ont commis le crime d'abréger la vie de dizaines de personnes, ni blanchir les salauds qui les ont bassinés. J'aimerais dégager les conditions qui ont rendu ces attentats possibles, en mesurer l'importance respective et pointer les responsabilités humaines.

Qu'est-ce qui a été fait qui n'aurait pas dû l'être ? Qui a fait ou a laissé faire ?

À un bout de cette chaîne de malfaiteurs, on trouve naturellement ceux que nous appelons terroristes ainsi que leurs commanditaires. Leur culpabilité est certaine.

Mais l'autre bout est très flou, on y trouve le foutoir habituel quelle que puisse être l'origine ethnique, religieuse, idéologique, etc. des désaxés :

Conditions de vie matérielle : accès à l'instruction et à la formation professionnelle, accès à l'emploi, au logement, etc.

Conditions de vie culturelle : analphabétisme parental plus ou moins prononcé, mépris de la part de l'entourage intégré, relations humaines difficiles, etc.

Mon parcours m'a fait rencontrer les difficultés citées ci-dessus, plus certaines que je ne mentionnerai pas. Malgré ou à cause de cela, je ne peux pas déterminer où se trouve le fil du rasoir qui vous fait basculer, ou dans la révolte contre soi-même, génératrice de liberté, ou dans la révolte contre ceux que l'on tient pour responsables de ses problèmes.

Je crois que ça tient à un cheveu pubien.

Le nez dans le guidon, je ne sais pas dire. Juge et partie, je ne peux pas dire. Je voudrais que les conditions ne soient plus remplies, qui mènent à ces désastres.

Mais je sais que si il y a des coupables, il y a peu d'innocents.

Bien à vous tous.

Larbi benBelkacem

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