Le Roi Bafoué

Fou-rire, rire, sourire. On en a besoin. Une petite pièce de théâtre à répéter et jouer en famille pour les fêtes de Léon. Joli texte et beaucoup de figurants.

Le Roi bafoué

Pièce en trois actes

De

Simon Leroux

 

Personnages :

 

Youssouf, Roi d'Épigramme.

Michaela dite Kaël, son épouse.

Hééf, Grand Connétable et Premier Ministre.

Héno, Comte Palatin, favori de Youssouf.

Kuh, Grand Enuque.

Un Abbé.

Le nain du Roi.

Un Messager.

Six palefreniers Icariotes.

Védouble et Véhi, Chevaux du Roi, de pur sang par Véga et Sésostris.

Courtisans, Hommes d'armes, Vougiers, Crennequigniers, Paysans, Notables, Matrones, Courtisanes.

La scène se passe sur la place d'un petit village de Thrace, non loin du mont Athos.
L'armée du roi Youssouf occupe le village.

Acte premier .


Le jour se lève, en même temps que le rideau (zeugma). Au premier plan, dans la lumière blafarde, on distingue le Roi aux prises avec l'abbé, se disputant tous deux un plat de viande froide. La lutte est chaude, quoique muette, car le Roi craint d'éveiller l'ennemi qui campe aux abords du village. Au fond de la scène, le Grand Connétable fait le guet. Tout à coup, rompant le silence :


YOUSSOUF : Abbé, cédez !


L'abbé, dont un dernier effort exagéré a fait éclater le cœur, tombe raide mort. Le Roi s'empare du plat, le dissimule sous sa cape, et, s'adressant au Grand Connétable :


YOUSSOUF : Hehéff ! J'ai hachis !

Le Grand Connétable, essuyant la sueur de son heaume, dans un soupir de soulagement admiratif :


HEEFF : Gy !


Acte deuxième.

Ces paroles ont réveillé le village et l'armée. La place se remplit de monde. Hommes d'armes, paysans, jeunes filles, etc. Tous acclament le Roi et le Grand Connétable qui se félicitent en souriant. Mais quelqu'un fend la foule et s'avance vers le Roi. C'est un messager qui arrive de la capitale, apportant des nouvelles du Palais. Il a couru nuit et jour, la poussière couvre ses vêtements en lambeaux, la semelle de ses souliers est partie avec la plante de ses pieds. La foule a un mouvement d'horreur et de pitié. Le messager s'incline devant le roi, et d'une voix qui ne laisse aucun doute sur la certitude de ce qu'il rapporte :


LE MESSAGER : Kaël aime Héno !


Coup de théâtre ! Le Roi chancelle frappé au cœur par cette nouvelle incroyable. Il pâlit tout d'abord, puis un flot de bile jaunit son visage; il voit rouge, et, en proie à une colère bleue, il se représente par la pensée sa femme violée. Perdant tout son contrôle, il se précipite et veut étrangler quelqu'un, le premier venu. Les assistants verts de peur reculent avec effroi. Le nain, cessant de peler son orange, craignant un marron, se réfugie sous une porte. (Toute cette scène très colorée doit se jouer dans un mouvement rapide.) Mais le Roi reprend ses esprits, et, dominant son trouble, il calme son entourage

YOUSSOUF : Paix !

Acte troisième.


Le Roi se promène de long en large, suivi des yeux par la foule encore mal remise de son émotion. Il songe soudain que la nouvelle est peut-être fausse. La Reine est bien gardée, sous la surveillance constante du Grand Eunuque. Ce dernier ne peut avoir laissé se perpétrer un attentat si odieux. Mais le Messager a deviné sa pensée, et hélas ! il précise :

 
LE MESSAGER : Kuh erre et se tait !


Le doute n'est plus possible. Le déshonneur est certain.
La Reine et le perfide Héno ont acheté le silence et la complicité du Grand Eunuque. Enfer et damnation ! Le forfait s'expiera dans le sang. Vite ! Sus aux coupables ! Le Roi saute sur son char, saisit les rênes, assène un violent coup sur la croupe des deux chevaux qui piaffent, bondissent et sentent tout leur pur sang bouillir sous l'insulte faite à leur maître. Et, tandis que six palefreniers, courant à leurs côtés, trois à droite, trois à gauche, fouaillent les nobles bêtes et les excitent de la voix et du geste, le Roi, stimulant son attelage :

 
YOUSSOUF : Hue ! Védouble, Véhi, que six Grecs aident !


Et le char disparaît dans un tourbillon de poussière, tandis que le rideau tombe.

FIN DE L'ACTE III ET DERNIER

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