Traces

Un peu moins feignant ce matin.

Traces de mémoire, traces d'oubli.

 

Ma mémoire est faite de traces. Traces de pas sur le sable des plages, que la mer efface et oublie. Traces sur la boue des chemins, moins éphémères.

Traces des formes de vie oubliées, dans les gisements de fossiles, qui soudain surgissent au jour et laissent sur nous leur trace.

Traces indélébiles des souffrances et des joies, passées, comme mortes, et qui revivent en explosions.

Traces sédimentées dans le mille-feuilles de ma mémoire.

Qu'ont-elles fait de moi ces traces, et qu'ai-je fait d'elles.

Mes jours les recouvrent, mais certaines ne se laissent pas noyer, obstinément, elles remontent à la surface de ma mémoire, obstinément, elles tentent de se prolonger, de vivre encore malgré mes refus.

D'autres, en dépit des stratagèmes que j'emploie pour les sauver de la noyade, abandonnent tout idée de survie, et se laissent couler tout au fond de ma vie.

Certaines, au contraire, refusent absolument de s'effacer, se débattant quand je tente de les noyer. Le sang sur les mains de Lady Macbeth.

Parfois, mortes depuis longtemps, elles surgissent des profondeurs et me submergent sous la vague qu'elles soulèvent. La madeleine de Marcel Proust.

Elles ont leurs vies propres, ces traces qui m'ont fait tel que je suis aujourd'hui. Seules, elles décident de me visiter ou de me quitter, à leur heure, à leur humeur.

Mon corps en est plein, ma peau en est couverte, elles ont creusé mes rides, ciselé mes penchants, orienté mes amours et mes haines, modelé mes indifférences.

.Dans tout ce que je fais, je peux retrouver la trace de ces traces.

Je suis à leur merci    

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