L'histoire de Amin , migrant afghan qui s'est intégré dans la société hongroise

Même en Hongrie , des migrants parviennent non seulement à s'intégrer mais aussi à jouer un rôle actif pour faire réfléchir la société environnante sur la destinée des êtres humains qui prennent la route ......c'est ce que montre l'histoire de Amin l'afghan !

"Né adulte"

Traduction d'un Portrait paru dans  Vasárnapi Hírek  15 Octobre 2016  (Nouvelles du Dimanche ) (magazine hongrois )

Artcle écrit par  KERTÉSZ ANNA  et traduit par moi même

 

 

Aussi loin qu’il s’en souvienne ,il a fallu qu’il travaille et pourtant il aurait aimé étudier. A 10 ans il avait son propre magasin et lisait Dostoïevski .Plus tard il a pris la route de l’Iran vers l’Europe pour ne plus être une proie disponible .Amin a trouvé une famille et un foyer en Hongrie et il raconte son histoire encore et encore aux participants d’une causerie pour que ses compagnons d’infortune aient la même possibilité

Toi ,au fond , comment te comporterais tu s’il fallait que tu fuies ? Que ferais tu pour survivre au voyage et parvenir à un endroit sûr ? Jusqu’à quel point il serait important que tu restes un homme pendant tout ce temps ?

Amin prend ta main et te conduit jusqu’au  bout des épreuves pour lui vécues et pour toi imaginées. Il le fait dans le cadre d’une représentation théâtrale interactive  particulière dont le titre  «  Menekülj Okosan !”  ( Fuie   intelligemment) ¹, et en évoquant son histoire il répond aux questions fréquemment posées aux réfugiés : pourquoi quelqu’un quitte sa famille ,sa patrie , son continent , pourquoi il accepte autant d’humiliations et de danger quand il part pour l’Europe? Comment peut il commencer enfin une vraie vie et ,s’il est accueilli ,que peut il donner à ce pays qui représente pour lui une nouvelle patrie ?

 Le sac à dos de Rezai Mohammad Amin est agrémenté d’un ruban tricolore hongrois ,il parle un hongrois choisi et il exprime que pour lui c’est une grande fierté de pouvoir se sentir membre d’un peuple qui a beaucoup fait pour l’humanité sur le terrain des sciences et des arts. Il est croyant mais n’est attaché à aucune religion ,sa marraine lui a enseigné qu’il faut vivre sa foi dans ses actes .Il agit comme volontaire dans de nombreuses associations humanitaires ,il étudie dans l’ameublement et travaille comme interprète de langue perse dans un foyer pour enfants.Il n’est pas facile de le rencontrer car tout son temps est occupé par ses activités sociales ou salariées .Il ne le regrette pas ,mais il ne se souvient pas de ne pas avoir travaillé.Il ne se souvient pas d’avoir été enfant , ne serait ce qu’une minute . Sur son jeune visage , on ne trouve pas de traits issus de l’enfance , et c’est en tant qu’adulte âgé de 7 ans que sa vie a commencé.

Amin commence son histoire ainsi :”Je n’ai aucun souvenir du temps où nous vivions en Afghanistan.J’avais trois ans quand les talibans ont assassiné mon père pour des raisons religieuses et ethniques et notre famille a dû fuir en Iran „ .En compagnie de ses 7 frères et soeurs et de sa mère ,le garçon s’est blotti dans un petit logement et dès son plus jeune âge a pris sa part du travail , par contre il n’a eu personne avec qui jouer . « Je ne pouvais descendre dans la rue et les enfants étaient très hostiles à l’égard des afghans .J’aurais aimé étudier mais en Iran ,en tant que sans papier, je n’avais pas le droit d’aller à l’école .Quand nous avions un peu d’argent j’allais dans une école illégale mais d’une minute à l’autre ils les fermaient et bien que j’obtenais de bons points je n’ai jamais eu de certificat d’aucune sorte. » Amin raconte ainsi ses premiers souvenirs, parmi ceux-ci le plus précieux  est son 8e anniversaire , il a reçu alors un appareil à photo ,depuis lors prendre des photos est sa principale passion « Quelques mois plus tard je suis descendu imprudemment dans la rue prendre des photos , on me l’a volé immédiatement .Se faire voler quelque chose était une expérience quotidienne ,j’étais comme une proie disponible . N’importe qui pouvait me prendre n’importe quoi .Depuis je ne suis pas attaché aux objets.  Je sais qu’il n’est pas sûr que ce que j’ai en main reste en ma possession .Je préfère lâcher – le garçon  dit cela en souriant et il ajoute que c’est peut-être pour cela que la musique compte beaucoup pour lui ,surtout les œuvres classiques et le jazz .Au-delà de la musique la littérature a procuré beaucoup de plaisir au petit garçon pourchassé , il dévorait  Dostoïevski dès ses 10 ans .

Une année sur la route

Pendant ce temps il essayait de tenir sa place,soit comme apprenti tailleur ,soit comme aide-métallier en aidant ses grands frères .L’instinct de survie en avait fait un homme à tout faire , il s’y connaissait en menuiserie ,en peinture , en montage de téléphone , en informatique , en commerce .A 13 ans il ouvrait une boutique de téléphonie , la boutique aurait bien marché si elle n’avait été pillée de temps en temps .Par contre quelque temps après sa mère est morte d’un cancer du poumon .Il n’a pas supporté plus longtemps. Il aurait aimé retourner s’installer en Afghanistan mais ses frères aînés pensaient que leur ancienne patrie était dangereuse par contre ils ont donné leur accord pour qu’il parte en Europe .Il restait à convaincre ses grandes sœurs ,il ne serait pas parti sans leur bénédiction .Pendant des années il a amassé  l’argent nécessaire au voyage. Il avait 16 ans quand une opportunité s’est présentée. Il fit la première partie du voyage dans une soute à bagages d’un bus , a suivi une marche de 7 jours en passant la frontière turque ,puis il s’est enfui en Grèce en jet ski et là il a perdu l’argent accumulé pendant des années. Il est resté à Patros pendant 10 mois car il ne voulait pas accepter d’argent de ses frères pour continuer son chemin .Il habitait dans un camp de tentes et chaque jour essayait d’accéder au pont d’un bateau , puis un tournant miraculeux s’est produit .

« Je crois que nous avons été les premiers à faire la route des Balkans il y a 7 ans – dit Amin .Nous avions entendu quelqu’un dire qu’il serait peut être valable d’essayer dans cette direction. Nous n’osions pas monter dans une voiture ,nous avons marché pendant un mois et nous avons traversé les « frontières vertes » (expression désignant les zones frontières traversées clandestinement) sans aucune difficulté .Nous marchions depuis 10 jours le long de l’autoroute hongroise quand ils nous ont remarqués .Moi ,comme j’étais mineur , ils m’ont envoyé à Bicske ,l’autre garçon était plus grand ,il a fui plus loin en Finlande »

A Bicske il a pu enfin être en sécurité .Jusqu’à aujourd’hui ,il garde le contact avec ses éducateurs de là-bas et c’est avec joie qu’il se remémore la première année scolaire passée dans le calme .En effet ,dans l’école du foyer pour enfants de Bicske ,il a été inscrit en 8e année³ qu’il a accomplie avec succès. Après sa majorité , il a été envoyé à Fót ,là-bas Balogh Antónia est devenue son éducatrice , ils se sont pris d’affection l’un pour l’autre et quand il avait des problèmes elle le prenait à côté de ses deux jumeaux. Il l’appelait « ma petite marraine » .Depuis ils vivent ensemble comme une vraie famille .Amin a passé le bac et continué ses études .Maintenant il retourne régulièrement à Fót comme interprète et fait attention à ce que les horreurs qu’il a vécues  dans l’institution ne se répètent pas .Amin nous dit :”Je ne peux empêcher que quelqu’un soit en danger ,mais si je le vois je l’avertis et  l’aide à se protéger ”.Cependant il n’a pas pensé devenir travailleur social ou éducateur car il n’aimerait pas avoir  les mains liées par des règles  et que le travail le rende blasé . Il donne beaucoup plus volontiers son temps et son enthousiasme comme bénévole.

Il a choisi de travailler  professionnellement dans l’ameublement et la décoration.Il pense que ce métier fait la synthèse de toutes les expériences et compétences qu’il a acquises dans son enfance et son intérêt pour les arts visuels trouve sa place également dans ce travail.Dans les années passées il a fait connaissance avec de nombreuses personnes dans le monde scolaire ou dans la vie courante .Il est devenu une figure populaire de la capitale.L’an dernier ,au moment de la vague de réfugiés ,il est souvent apparu là où il fallait de l’aide ,depuis il pense que c’est important de transmettre les motivations des réfugiés aux hongrois.A son avis ,ces derniers sont beaucoup plus accueillants que ce qu’aimeraient  les politiques .Alors que lui aussi est confronté à l’incitation à la haine sur les réseaux sociaux ou dans les journaux , s’il sort dans la rue ou s’il engage la conversation avec n’importe qui – et il échange avec n’importe qui –il reçoit des encouragements et de la reconnaissance.

„Nous sommes allés à un festival , il y avait une représentation du Mentőcsónak (note : ce mot signifie „canot de sauvetage”) ².Après celle-ci deux garçons se disant d’extrême droite sont venus à moi et m’ont dit que leur opinion à propos des réfugiés avait complètement changé .Ils ont pris conscience que chacun des réfugiés est quelqu’un qui a une histoire et une personnalité au même titre que toi ,que moi, que eux.Autrefois Kaboul était une ville merveilleuse ,Alep également .Là bas les gens vivaient heureux et les enfants pouvaient être des enfants .Un malheur peut arriver n’importe où n’importe quand.

Le spectacle „ Fuie intelligemment” fait apparaître  que la Hongrie est devenue un lieu invivable à partir duquel il faut  fuir à travers un Etat xénophobe et rejetant jusqu’au pays imaginé comme Kanaan .Qui ne prendrait pas la route dans cette situation ? Les participants à la représentation prennent la route comme moi autrefois et comme des centaines de milliers en ce moment ».

Ce n’est pas facile pour ce garçon de revivre toujours et toujours les horreurs qu’il a subies lors de ces causeries, mais il dit que s’il peut apporter son aide de cette façon à l’accueil des  réfugiés ,alors ces quelques heures représentent le meilleur investissement.Amin n’aimerait pas aller plus loin ,ici il est chez lui ,ici est sa nouvelle famille .Il a maintenant 24 ans et aspire à ce que sa famille s’agrandisse plus tard avec ses propres enfants

 „ J’ai promis à „ma petite marraine” que je resterai avec elle jusqu’à la fin de notre vie ,que j’en prendrai soin .Chez nous il ne vient même pas à l’esprit des enfants de se séparer de leurs parents . J’ai amené cette part de la culture afghane et j’y tiendrai toujours”

Notes:

1 –Menekülj okosan . Il s’agit d’une pièce de théâtre interactive mettant en scène 4 familles contraintes de fuir leur village détruit par une guerre civile .Au cours de leur « route » elles sont confrontées à des situations exigeant des décisions communes déterminantes pour leur devenir. Rezai Mohammed Amin se joint à eux pour leur apporter de l’aide car il a de l’expérience en ce domaine.

Le but est de confronter le public à des dilemmes humains et juridiques fondamentaux .Une personne du Comité Helsinsky hongrois participe en tant que « conductrice de jeu » .

Pour plus d’information voir le site : http://juranyihaz.hu/menekulj-okosan-migraction/  accessible en anglais

Ce programme réunit plusieurs intervenants :la troupe Mentőcsónak , le Füge Produkció (troupe de théâtre indépendante) et le Comité Helsinsky hongrois

2- Mentőcsónak est le nom d’une troupe de théâtre créée en 2014 qui travaille sur des thèmes tels que la grande pauvreté , le racisme, les préjugés ,l’émigration …..

3- la 8e année est la dernière année de l’école générale de Hongrie ,ce qui correspond à peu près à la 3e du collège français

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