Brésil: 10 mois après son assassinat, Marielle Franco, toujours présente!

Le 14 Mars 2018, Marielle Franco, militante féministe et LGBT, conseillère municipale de gauche à Rio de Janeiro, a été abattue de quatre balles dans la tête dans sa voiture avec son chauffeur Anderson Pedro Gomes.

Ce soir du 14 mars, Marielle revenait d’une réunion politique de militantes défendant les droits des Noires, Jovens Negras Movendo as Estruturas, « de jeunes noires bouleversant les structures ». Le débat était transmis en direct sur les réseaux sociaux et se tenait à Lapa, quartier de Rio de Janeiro. Sur le chemin du retour, elle et son chauffeur ont été assassinés d’une dizaine de balles dans sa voiture ; dont quatre dans la tête pour la jeune femme.

Les engagements de Marielle faisaient d’elle une cible dans un Brésil post-coup d’État, ou la violence politique se déchaine. À 38 ans, cette femmes des favelas, originaire du quartier du Complexo da Maré, au nord de Rio de Janeiro était devenue une inlassable avocate des droits humains. Sociologue de profession, militante féministe, elle défendait sans relâche les droits des Afro-Brésiliens, des femmes, des LGBT, des pauvres, de la jeunesse. Elle débute sa carrière politique en 2006, en intégrant l’équipe de campagne de Marcelo Freixo, membre du Parti socialisme et liberté (PSOL). Après l’élection de ce dernier, elle est nommée conseillère parlementaire du député et et assure la coordination de la Commission pour la défense des droits de l’homme et de la citoyenneté de l’Assemblée législative. En 2016, elle est élue conseillère municipale de la ville de Rio, en obtenant plus de 46 000, elle est la cinquième candidate qui recueille le plus de suffrages sur l’ensemble de la ville[1]. Elle avait souhaité avec son mandat en faire un lieu de débat sur le genre, la négritude, la place des femmes dans l’espace public, et en a fait une tribune pour dénoncer les violences policières qui ciblent les Noirs, et la guerre livrée aux populations des favelas.

Quelques jours avant sa mort elle s’indignait encore la police la qui est « est en train de terroriser et violenter les habitants [des quartiers] ». « Cette semaine, deux jeunes ont été tués et jetés dans une fosse. Aujourd’hui encore, la police est allée dans les rues en menaçant les habitants. Cela s’est toujours passé et avec l’intervention, ça s’est empiré »[2]avait-elle écrit sur sa page Facebook. Et la veille de sa mort, elle avait poster cette phrase « Combien d’autres vont devoir mourir ? » sur son compte twitter en réaction à la mort d’un jeune tué par balles alors qu’il sortait de l’église, présumant d’une énième bavure policière[3].

 

Qui a tué Marielle ?

Quem matou Marielle ? (Qui à tué Marielle ?), c’est la question que se posent ses proches, sa compagne Monica Benicio, militante féministe et LGBT qui se bat pour que justice lui soit rendue. Malgré les dangers et les menaces qui s'amplifient, elle continue de parcourir le monde  pour perpétuer la mémoire de celle qu'elle aimait.

« Dans un contexte actuel du Brésil, nombreux sont ceux et celles qui n’abandonnent pas, se demandant obstinément qui l’a tué et pourquoi ? Ceux et celles qui insistent pour que justice soit faite, ce sont chacun et chacune d’entre nous dit la compagne de Marielle. Nous qui nous reconnaissons dans nos différences, ne sommes pas d’accord, nous battons, rions, faisons le carnaval et nous pleurons ensemble. Qu'au milieu d'un profond deuil, nous puissions devenir plus humains, montrer le meilleur de nous. Ne pas répondre à un crime politique barbare comme celui de Marielle est, entre autres choses, la confirmation de la barbarie établie dans notre pays. Il s'agit d'une tentative explicite de faire renoncer les gens »[4] 

Sa mort a provoqué  un espoir. Les jeunes, révoltés, sont dans les rues, en masse. Et sur les réseaux sociaux. Ils s’identifient à cette femme courageuse, veulent reprendre le flambeau des droits humains. L’élection de quatre députées noires à l’assemblée de l’Etat de Rio et à l’assemblée nationale apportent un peu d’espoir en déclarant vouloir honorer sa mémoire, ses combats, son héritage.

Des liens étroits entre le fils de Bolsonaro et une milice criminelle :

Les premières pistes de l’enquête convergent vers les escadrons de la mort que forment ponctuellement certains policiers et/ou miliciens. Les cartouches utilisées dans l’assassinat de Marielle et son chauffeur proviennent de lot de munitions qui appartenait initialement à la police fédérale et a été détourné à des fins criminelles. Des mois plus tard, l’enquête piétinait, de fausses nouvelles étaient même propagées laissant craindre que l’affaire soit volontairement étouffée. On a même tenté de faire passer Marielle Franco et Anderson Pedro Gomes pour les victimes collatérales d’un règlement de comptes entre trafiquants.

 Jusqu’à ces derniers rebondissements font état de liens très étroits entre le fils du président, juste élu sénateur, et la bande criminelle la plus dangereuse et crainte du Brésil.  Le 22 janvier, cinq hommes suspectés d’avoir organisé et participé à son assassinat ont été arrêtés. Tous seraient liés aux milices qui sévissent dans la communauté de Rio das Pedras (zone ouest de Rio). Cette milice dite « Bureau du Crime », est une unité terroriste connue pour perpétrer des assassinats par des méthodes de façon professionnels au Brésil[5]

C'est ce "Bureau du crime", que l'on juge responsable du crime le plus barbare  l'assassinat de  Marielle Franco, et son chauffeur. Bien que les tueurs n'aient pas été retrouvés, cette milice est suspectée. Ce qui est particulièrement choquant est que le chef de cette milice est un ex-membre de la BOPE, troupe de choc, et que la mère et la fille de ce chef de bande étaient salariées au cabinet de Flavio Bolsonaro. La famille de ce chef de la bande la plus dangereuse, à laquelle on attribue le meurtre de Marielle Franco, étaient employés depuis dix ans par le fils du président brésilien.

 

Marielle Présente !  Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, les violences contres les défenseurs des droits humains ont considérablement augmentés, avec une aggravation d’actes homophobes, de féminicides. Personne n’est à l’abri, en témoigne avec l’exil le 24 janvier 2019 du député Jean Wyllys, fervent militant des personnes LGBTI+ qui a renconcé à ses fonctions de parlementaire, disant craindre pour sa vie, après de multiples menaces de mort. Depuis 2016, ce sont onze paysans sans terre ont été assassinés pour avoir appelé à une mobilisation démocratique et populatire pour vaincre le gouvernement putschiste rapport le porte parole du Mouvement des sans terre (MST) Alexandre Conceiçao.

Son visage souriant et lumineux orne toujours les rues de plusieurs villes du pays, des affiches à son effigie ont fleuri sur les murs, Marielle vit dans l’art, dans la poésie, en chacun d’entre nous déclare son amie Taliria Petrone, députée de Rio de Janeiro. 10 mois après son exécution, les mobilisations ne faiblissent pour exiger vérité et justice. Marielle représentait tout ce que détestent les nouveaux maitres du Brésil. Avec son assassinat, ils ont fait de son nom un symbole de résistance.

 

[1] https://blogs.mediapart.fr/michael-lowy/blog/150318/assassinat-de-marielle-franco

[2] http://www.rfi.fr/ameriques/20180315-bresil-marielle-franco-assassinee-violence-police-rio-favelas-noirs

[3] https://www.nouvelobs.com/monde/20180317.OBS3766/le-bresil-sous-le-choc-apres-l-assassinat-de-l-elue-noire-marielle-franco.html

[4] https://www.revistaforum.com.br/o-grito-dos-que-nao-se-rendem-quem-matou-marielle/

[5] https://blogs.mediapart.fr/yves-tourneur/blog/280119/synthese-sur-un-scandale-incroyable-autour-de-bolsonaro

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