Ni guerre, ni héros.

Quand le gouvernement utilise une rhétorique guerroyante pour justifier la mise à mort de ses travailleur.euse.s.

Non, je ne pense pas que les personnes qui continuent à travailler soient des héros. Les caissier.ière.s, infirmier.ères, éboueur.euse.s, médecins, pharmacien.ienne.s, ne sont pas des héros. En revanche, ce qu’ils accomplissent tous les jours est héroïque. De même que nous ne sommes pas en guerre, et qu’il n’y a ni première, ne seconde, ni troisième ligne.


Les personnes qui continuent à travailler pour que nous puissions subsister sont des victimes, d’abord et avant tous des victimes. Alors je sais, ce statut est loin d’être enviable. Personne n'aime à se dire qu'iel subie, qu’iel souffre et que quelqu'un.e ou quelque chose d'autre le domine.
Mais cette connotation négative, ne provient-elle pas trop souvent de la bouche de celles et ceux qui infligent les peines ?
Dire " Arrête de faire ta victime" est une phrase violente là ou
dire "Je suis une victime" relève souvent de l'acte de courage, n'en déplaise à la loi du plus fort.

La raison pour laquelle je me permets d'utiliser ce terme vient du fait que nier l’existence de ce statut, c’est nier l’existence des coupables, c’est oublier le travail des bourreaux.

Bien-sûr, la situation de crise que l'on traverse est une surprise (quoi que…). Mais je pense qu'un nombre important d’erreurs ont été commises, et que beaucoup d’entre elles auraient pu être évitées. Je ne paraphraserai pas ici ce qui a déjà été expliqué vis à vis des masques, et s'il est bien plus facile de jeter la pierre en jugeant derrière son ordinateur, rien ne justifie de sacrifier la vie du personnel soignant au détriment des actionnaires d'Air France.

Car ces "héros envoyés au front", cette rhétorique guerroyante que notre cher président se plait à utiliser n'est qu'un vulgaire stratagème pour maquiller la réalité. Un soldat sait ce qui l'attend, équipé de la tête au pied, lorsqu'il part au combat.
En revanche, et à ma connaissance, aucun.e infirmier.ère, aucun.e médecin, aucun.e caissier.ière n'a souhaité exercer sachant que l'Etat pourrait l'envoyer mourir sur son lieu de travail, armé seulement de son courage et de sac poubelle en guise de bouclier.
A part les CRS vêtus d'armures quand ils manifestaient, l'état ne leur a pas envoyé grand chose : sans doute est-il plus simple d'asphyxier le problème, COVID ou lacrymo, choisissez votre arme...

Le véritable ennemi de cette fausse guerre n'est autre que ce bon vieux attrait pour le capital. N'oublions pas qu'une prime n'augmentera pas les salaires, que les dettes ne seront jamais supprimées, et que c'est le contribuable qui devra payer.
Privatisation du profit, socialisation des pertes.
Alors quand le confinement sera finit, gardons en tête l’ennemi contre lequel il faudra se battre.
Quand cette fausse guerre sera terminée, la vraie bataille aura commencé et les enjeux sont trop importants pour envisager de la perdre.

 

Laura Plisson.

 

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