laura.lagache
B(r)ouillon d'idées
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

1 Éditions

Billet de blog 4 mai 2020

Piéton, prends le pouvoir

Le confinement a ceci de bon que durant sa prise d’air quotidienne autour du pâté de maison, le citadin peut enfin risquer d’occuper l’espace comme bon lui semble.

laura.lagache
B(r)ouillon d'idées
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Enfin il lui est permis d’occuper la route, les artères principales, la plus grande partie de l’espace urbain. Tout cela en prenant son temps, sans se faire klaxonner ou renverser.

Piéton, ta ville ne t’était pas et ne t’est pas réservée. Les plus grandes artères urbaines sont façonnées pour accueillir les milliers de personnes seules dans leur voitures individuelles de quatre ou cinq places. Leur taille, par dix fois supérieure à la tienne, justifie ces aménagements et cette répartition de l’espace.

Piéton, tes chemins sont balisés. Tes pieds ne sont pas libres. Cette répartition n’est pas en ta faveur. Traque les passages aux bandes blanches. Attends au feu rouge. Subis le bruit ambiant, constant. Respire l’odeur âcre des pots d’échappement. Observe les travaux d’aménagement de voirie répétés, la bétonisation toujours plus poussée de ton environnement. Laisse passer les automobilistes pressés. Ils sont plus gros, plus bruyants, plus légitimes que toi.

Il semblerait aujourd’hui que pour la première fois, les grands axes urbains ne soient pas source de bruit. Comme si tout d’un coup, on avait coupé ce vieux téléviseur qui grésillait en permanence dans un coin. Comme si les habitants des villes avaient enfin la permission d’écouter le bruit du silence.

La voiture a redéfini le paysage urbain comme jamais une machine humaine ne l’a fait auparavant.

On a aujourd’hui du mal à imaginer la ville dépouillée de ses voitures puisqu’elles occupent la quasi-totalité de l’espace urbain. Places de parking, routes, panneaux de signalisation, dans nos villes modernes tout leur est destiné.

Pourtant lorsque la voiture émerge dans les villes étasuniennes des années 1920, elle est d’abord surnommée « l’écraseuse » du fait de sa dangerosité. À l’époque, certains éditorialistes suggèrent de la limiter à un kilométrage par heure très réduit ou même de la bannir complètement des villes.

Les jeux d’enfants en extérieur se sont ainsi progressivement effacés, le nombre d’enfants écrasés en ville ayant drastiquement augmenté. Dans le New York de l’époque, une procession de 10 000 enfants défile pour alerter sur les dangers de la voiture. L’automobile impose à la ville une nouvelle discipline. Elle fait comprendre aux piétons que l’espace ne leur appartient plus. Cette histoire relativement peu connue est présentée dans l’excellent documentaire Arte de Jean-Robert Viallet, L’Homme a mangé la Terre. (2019)

Quand on connaît la suite, ces faits un peu oubliés retentissent tout particulièrement. Aujourd’hui la place de la voiture en ville est largement établie. Elle commence certes très lentement à être remise en question, on a pu notamment le voir dans certains programmes des élections municipales de mars 2020. Mais la route est encore longue. Dans ce combat, toutes les voix dissidentes compteront.

L’histoire du progrès est une histoire humaine, avec ses perdants et ses gagnants. Pour un environnement de vie plus apaisé, piéton réclame ta place et prends le pouvoir.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les agentes du KGB étaient des Américaines comme les autres
Pendant la guerre froide, Russes et Américains arrivent à la même conclusion. Ils misent sur le sexisme de leurs adversaires. Moscou envoie aux États-Unis ses meilleures agentes, comme Elena Vavilova et Lidiya Guryeva, qui se feront passer pendant dix ans pour de banales « desperate housewives ».
par Patricia Neves
Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr