Laure-Amélie Vilanova (avatar)

Laure-Amélie Vilanova

Auteure - réalisatrice / productrice LAnovaLAND

Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 janvier 2026

Laure-Amélie Vilanova (avatar)

Laure-Amélie Vilanova

Auteure - réalisatrice / productrice LAnovaLAND

Abonné·e de Mediapart

JOURNAL D'UNE ÉVADÉE / 0 : La génése

Laure-Amélie Vilanova (avatar)

Laure-Amélie Vilanova

Auteure - réalisatrice / productrice LAnovaLAND

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qu'est ce qu'on appelle parents protecteurs aujourd'hui ? Ce sont les parents dont les enfants ont dénoncés des viols incestueux et qui tentant de les protéger se retrouvent à leur tour mis en accusation.

LE CONTEXTE : 

Je l'ai répété à de nombreuses reprises et maintenant je l'écris. Pour commencer on remonte le temps. Il y a deux ans j'ai pris la décision de me séparer du père de mon fils, nous vivions à Vanves charmante commune du 92. Suite à ses menaces physiques et verbales (intimidation physique, menace de kidnapping sur W., insultes... ) je me réfugie avec W. chez ma mère et dépose plainte pour violences conjugales. Je récupère notre enfant dans un état de tension intense après deux jours passés avec son père, il dénonce des coups portés et des attouchements de la part de son père. Je dépose à nouveaux plainte pour coups portés par ascendant et nous nous réfugions chez ma mère. Une fois "en sécurité" la parole de notre enfant se libère entre angoisse et réminiscence il dénonce des viols incestueux. 

Depuis deux ans Monsieur me poursuit au juge aux affaires familiales, il m'accuse de manipulation, de vouloir me venger sans préciser de quoi, d'être psychologiquement instable. Un premier jugement ordonne une enquête sociale, une expertise psychologique et la mise en place de visites en lieu médiatisé pour le père à raison de deux fois par mois. Et ce bien que Monsieur reconnaisse consommer de l'alcool et des stupéfiants et soit passé en comparution pour conduite sans permis. Entre temps un appel anonyme au 119 m'accuse d'aliénation parentale et de non respect de conditions d'hébergement décent. L'ASE saisit le juge pour enfant qui prononce un non-lieu à assistance éducative en milieu ouvert. W. ne sera pas placé sous l'autorité de l'aide sociale à l'enfance. L'enquêtrice sociale me trouve nerveuse et fatiguée. Tu m'étonnes ! Je lui explique être en plein renouvellement de mes droits d'intermittence, elle en conclue que je ne peux justifier de ma situation financière MAL GRÈ  les justificatifs. Monsieur ne fait pas mention de la mise en liquidation judiciaire de sa société, de sa requête de plan de surendettement... L'enquêtrice conclue malgré que Monsieur reconnaisse consommer toujours de l'alcool et des stupéfiants et s'emporter sous l'emprise de ces produits qu'il est apte à s'occuper de notre enfant et recommande la mise en place d'un droit d'hébergement. La psychiatre mandatée pour l'expertise s'étonne que mon fils lui dise : "Je ne veux pas vous parler" après qu'elle l'ai mis en présence de son père s'en l'avertir à l'avance. Elle me soupçonne de manipuler notre enfant mais me reproche aussi qu'il ne m'obéisse pas. Elle m'accuse textuellement de vouloir rayer Monsieur du génograme de notre enfant, ce qui est rappelons le physiquement impossible et ce en dépit de toute ma volonté. Il n'est jamais question ni des violences, ni des plaintes et elle me demande même pourquoi je ne tiens pas informé Monsieur des jeux quotidien de notre enfant. 

En présence de son père notre enfant a un comportement sexualisé (langage et jeux) et cela m'est imputé alors que je ne suis même pas présente. Lorsque W. dit qu'il ne veut pas voir son père on lui répond qu'il dit ça à cause de moi. Il s'obstine et la psychologue lui répond : "Alors tu vas rester tout seul une heure dans une salle". Les psychologues ont laissé Monsieur dessiner sur les doigts de notre enfant des petits bonhommes sous prétexte de jeux. Il est sortit du lieu et a réclamer de se laver les mains car : "papa a dit que ça ne partirait pas". Je m'interroge sur les capacités de ces professionnels à saisir les enjeux de notre situation. Laisser un homme accusé de viol incestueux dessiner sur le corps de son enfant vous parait il normal ? 

Pour notre deuxième audience la juge n'avait pas reçu tous les rapports. Pas rassurant... Monsieur en toute détente n'a fournit aucunes prises de sang et aucun justificatif de prise en charge de ses addictions. L'avocate de Monsieur nous apprend qu'il devrait être entendu par la police en janvier et ajoute : "L'affaire sera ensuite classée". Comment une avocate peut-elle dire ça devant un juge sans être immédiatement sanctionnée? Quelques minutes plus tard la juge me demande : "Qu'est ce qu'on fait si l'affaire est classée ?" Après deux ans de procédure civile, deux ans d'attente, de respect de la présomption de Monsieur et de remise en question de la parole de mon fils ;  on me demande à moi que va t'il se passer ? Je n'en sais rien. Nous n'en savons toujours rien... 

LE POURQUOI : 

La violence psychologique continue. Monsieur revient à la charge et m'écrit : "Je vais bientôt être entendu et tout cela va cesser. On a pas dû être à la même audience j'ai l'impression. Et non cela ne suffit pas. C'est loin d'être terminé." Ou encore "T'as vraiment un problème. Tu t'es pris pour un juge. Ce n'est pas grave à partir du 6 tout va changer. Bonne journée". Deux messages c'est pas grand chose, tout comme les fautes d'accord de l'auxiliaire être. Ça n'a l'air de rien quand on le sort de son contexte. Mais quand on sait que Monsieur est accusé d'avoir violé notre enfant, d'avoir mis en place un système coertitif en exerçant des violences physiques et verbales, des violences financières, de la manipulation émotionnelle et du gaz-lighting on ne peut plus dire que c'est rien. Après avoir traversé tout cela c'est même difficilement tolérable. Ça reste déstabilisant. C'est vraiment usant après deux ans de procédure et 6000€ de frais d'avocats. Deux ans où je suis sans cesse accusée d'être manipulatrice, vengeresse et instable. La présomption d'innocence de Monsieur se transforme en présomption de culpabilité. Les rôles s'inversent je suis accusée et lui présumé victime. Les rapports d'expertises sont truffés d'incohérences, de fautes de frappes et d'informations erronées facilement démenties. Le rapport d'expertise psychologique est consternant et révèle une profonde méconnaissance des mécanismes d'inceste par les professionnels de santé. Dans ces rapports il n'est jamais fait mention des violences, mes plaintes sont reléguées à l'état de dires, considérées comme des rumeurs. 

Aujourd'hui j'ai reçu le deuxième jugement du Juge aux affaires familiales qui ordonne la reprise des visites médiatisées pour le père à raison de deux fois par mois. Et autorise un appel téléphonique uniquement (car les appels en visio sont l'occasion de comportements sexualisés et de demandes intrusives de la part de Monsieur). A ce jour Monsieur n'a pas encore été entendu par la police. 

J'ai besoin d'écrire pour ne pas ressasser, pour continuer à voir le positif. Celui-ci étant que W. est en sécurité physique même si son intégrité psychique est à nouveau mise à l'épreuve par ce jugement. Sa santé mentale est laissée à ma charge et à celle des professionnels qui l'entourent à savoir sa psychologue et celles de l'association l'enfant bleu. Il y a quelques jours nous avons fait une bataille de boule de neige même si son occupation principale est de manger de la neige. 

"Courage super maman" voilà comment Merle-Anne le dernier message qu'elle m'a envoyé. Après les filles mères, les mères courage voici le temps venu des super mamans protectrices. 

A toutes les mamans dans ma situation, ou pas... N'oubliez pas, mal grès les violences sexistes, la charge mentale, les violences conjugales, et toutes les petites contrariétés  :  vous êtes les héroïnes de vos enfants. Ils sont les adultes de demain. 

Mon fils a été mis en sécurité par mes soins mais il n'est pas protégé. Que devons nous penser d'une société qui ne protège pas ses enfants? C'est une société malade. Malade de pas être capable de penser l'inceste comme une pratique répandue qui n'est aujourd'hui toujours pas condamnée. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.